Par DDK | 31 Janvier 2007 | 877 lecture(s)

L’Algérie du pardon et non de la haine

En dépit des “gestes” gaulliens, la répression continue, avec moins d’éclat qu’avec Massu sans doute, mais quant au fond, sans modifications fondamentales. Assez symbolique de la volonté du général d’affirmer sa détermination alors que par ailleurs, il peut aussi prendre des mesures de libération à l’égard de certains prisonniers et sa décision de refuser la grâce de trois patriotes algériens condamnés à mort et exécuté la veille même de son départ pour l’Algérie (Hamou Boucetta et Belhadj Abdelkader, guillotinés à la prison de la Santé, Belmokhtar Slimane à la prison d’Alger) Cela, c’est le côté bâton. Côté “carotte” on construit, comme jamais auparavant, des écoles et des logements où de nombreuses familles s’installent. On bâtit aussi beaucoup de gendarmeries et de locaux de SAS puisque l’Algérie ne doit jamais plus être “sous-administrée”. Parallèlement, il est fait un gros effort de “promotion musulmane” dans l’encadrement administratif et plus spécialement dans les services d’inspection de la santé et de l’enseignement.

N’est-ce pas dans ces couches sociales nouvelles qu’on se promet de trouver l’indispensable “troisième force”. Le désir de paix est immense. L’ennemi spécule sur une certaine lassitude dans divers milieux. C’est cet immense désir de paix, cette certaine lassitude qui peut laisser croire que dans les masses urbaines, le ressort est brisé tentre elles et la rébellion. Entre elles et les moudjahidine, le lien est définitivement rompu. Erreur grossière. Le sentiment le plus fort est qu’il faut tenir. Il faut remarquer aussi, que c’est dans les milieux qui ont le plus souffert de la guerre qu’on entend généralement dire “il faut tenir après tous les sacrifices et après cinq années de souffrance, ce n’est pas maintenant que nous céderons”.

Plus rudement, un vieux fellah expulsé de sa terre dira : “Même nos chiens ne se rendront pas”.

Mais cela, les spécialistes de la guerre psychologique, ne l’avaient pas compris, l’Algérie vaincra, un seul héros, le peuple.

Une assemblée constituante est élue le 20 septembre 1962. Ahmed Ben Bella devenu secrétaire général du FLN sera élu président de la République. Le premier gouvernement de l’Etat algérien est formé. Revenant de loin, un Etat vient au monde, le 8 octobre 1962, il prendra sa place parmi les Nations unies. La guerre française d’Algérie : Guerre de répression contre la lutte de libération algérienne entre dans le passé. Une autre page s’ouvre sur une autre histoire. C’est désormais et à jamais, l’histoire de l’Algérie libre et indépendante.

La prédétermination

ou l’autodétermination

Le 11 décembre 1960, s’il fut le mouvement ayant tranché sur toutes les questions, il n’en restera pas moins que c’est, l’événement qui de la guerre est, celui de la confrontation entre le Front de l’Algérie française et le Front de l’Algérie algérienne. Cependant, il ne suffit pas d’évoquer à chaque occasion les évènements historiques de notre pays, pour se suffire de leur éloquence. Car lorsque tous les stratèges du général de Gaulle, président de la République française eurent établi leur plan, de “paix en Algérie” ils s’avéraient n’être en réalité qu’un plan, d’une prédétermination de l’autodétermination. Et c’est ce même plan qui devait faire aboutir à l’indépendance de l’Algérie dans l’interdépendance de la France. Et c’est à cet effet que les manipulations des services spéciaux, sous le slogan de l’Algérie algérienne (vision du général) activèrent sans répit. Par ailleurs, les stratèges du FAF (Front de l’Algérie française) tendaient à vouloir mobiliser pour des manifestions contre le général de Gaulle et poussaient les populations à manifester contre lui et pour l’Algérie française. Pendant que l’Algérie authentique observait ce qui se tramait contre elle, il y a eu ce qu’il est convenu d’appeler les vrais patriotes (les Algériens authentiques) lesquels en ayant tout compris, firent d’une pierre deux coups. Et entraînèrent la quasi majorité du peuple avec eux.

Ceux-ci n’étant pas d’accord avec l’Algérie algérienne, “vision de de Gaulle”, et encore moins “vision FAF” alors ils eurent le génie de recourir à la seule définition qui leur restait pour signifier leur désapprobation avec l’un et l’autre camp, dans ce qu’il suggèrent. Ce peuple de patriotes authentiques pour se démarquer, comme un seul homme cria : “Non” aux visions étriquées de l’Algérie française du FAF et de l’Algérie algérienne du général de Gaulle et dit “oui” à l’Algérie musulmane, une indivisible.

C’est là le génie du vrai peuple algérien qui a su trouver la parade et les termes propres à la détermination qui mesurent tous les sacrifices pour la libération du pays. (Mais bien, sûr, il ne faut pas comprendre dans “l’Algérie musulmane une Algérie intégriste”, pour une réelle compréhension de cet état d’esprit, il faut se référer à la plate-forme de la Soummam).

Ceci étant et l’Indépendance de notre pays ayant coûté plus de un million de chouhada, rappelons pour la bonne compréhension des choses, qu’au soutien pour l’autodétermination de l’Algérie, il y a eu : 6 549 736 inscrits 5 992 115 votants ; 25 565 bulletins nuls ; 5 875 581 votants oui ; 16 534 votant non à l’indépendance de l’Algérie.

Donc, sur 6 549 736 inscrits, il y a eu 5 875 581 votants qui ont dit clairement “oui” à l’indépendance de leur pays l’Algérie, donc “oui” au FLN/ALN. D’un autre côté, il y a eu 674 155 personnes qui ont dit “non” à celle-ci, soit directement ou indirectement. Sur cette base, on peut dire sans grand risque d’erreur que le FAF, mouvement du Front de l’Algérie française, s’il prétendait avoir dans ses rangs plus de un million de membres dont 120 000 Français musulmans, avait certainement parlé de ces derniers, 674 150 personnes bénéficiaient de la complicité et alliance dans l’administration française. Quant à la complicité militaire, elle a été établie et son nombre n’est plus à démontrer.

Le FAF qui est issu de l’ex-Front national français, présentait diverses faces : L’officiel accès sur la défense de “l’Algérie française” et l’autre caché, que dirige un état-major avec ses diverses branches : “Renseignement, appuis, informations, finances et surtout action.

Le fait est là, plus d’un million d’hommes et de femmes étaient les membres actifs d’une organisation dite FAF et OAS ensuite, et qui après l’Indépendance de l’Algérie en 1962, sont restés nostalgiques de l’Algérie française et des gloires coloniales, et sur ce chapitre, beaucoup de faits et méfaits, depuis l’Indépendance de l’Algérie, prouve qu’il serait abusif voir dangereux de prétendre que cette race est désormais race morte. Et pour avoir une réelle idée sur l’ampleur des nuisances à l’Algérie libre et indépendante, par souci de vérité et de justice et non par envie de vengeance, posons la question de savoir combien de harkis avait recruté l’armée française ?

Combien parmi eux sont restés en Algérie ? Et combien sont partis rejoindre leur patrie, la France. Combien de collaborateurs de l’armée coloniale sont restés dans l’administration de l’Algérie indépendante ? Et qui plus est, ont été les premiers à gravir les échelons de la Fonction publique, dans laquelle ils étaient avant qu’elle ne devienne algérienne, accédant ainsi aux postes-clés du pays et ce, avec toute l’aide et la protection dont ils ont bénéficié.

Essayons aussi, sans rancune et sans haine, de nous rappeler tous les cercueils d’Algériens émigrés, assassinés en France, qui nous revenaient dans leur emballage de bois, durant les décennies passées. Le peuple algérien a beaucoup souffert du mal et des malfaiteurs, il faut le lui demander, et il n’y a aucune honte à le faire. C’est en égard à toutes les souffrances engendrées par “la guerre d’Algérie”, c’est-à-dire la guerre faite par la France à l’Algérie, qu’il faut que les forces du bien continuent à expliquer la nécessité d’une demande de pardon officiel par la voix des autorités française, afin d’exciser le mal à la racine et enterrer une fois pour toutes et à jamais notre malheur commun. Car comment croire en des regrets non exprimés ? Comment avoir confiance en un repentir non déclaré ? Comment pardonner à celui qui n’a pas eu le courage et la volonté de s’excuser ?

S’il n’y a pas cela, comment faire confiance ? Les conséquences de la guerre, des décennies après, germent encore dans les banlieues françaises, allumant les feux de détresse, et en Algérie faisant la décennie noire. Alors instruisons-nous de l’expérience. Il faut admettre que ce n’est pas de “traité d’amitié algéro-française” qu’il faut parler mais de “réconciliation”, et la réconciliation commence entre les membres de la même famille même s’il sont de “nationalité différente”, et même si leur parents étaient dans les camps opposés.

Chabane Nordine

Ecrivain (Ancien Moudjahed, membre ALN)

La vérité n’a pas d’heure, elle est de tous les temps précisément lorsqu’elle nous parait inopportune : (Albert Sweitzer).

Chabane Nordine

Ecrivain (Ancien Moudjahed, membre ALN)

Suite et fin

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