Par Bouadi Mustapha | 30 Mai 2005 | 1072 lecture(s)

Une commune qui sommeille

Les routes, l’éclairage public, l’environnement, l’assainissement, l’entretien de la ville laissent à désirer. Des décharges d’ordures partout, même à l’intérieur du square au centre de la ville. C’est l’insalubrité et la léthargie.

Aucun nouveau projet digne de ce nom n’a été lancé à ce jour. Les importants projets lancés auparavant sont carrément abandonnés malgré l’avancement des travaux dépassant les 60%, et l’investissement de plusieurs milliards. La déliquescence a gagné tous les secteurs. Nos beaux villages sont délaissés à leur sort et la mal vie s’installe.La situation sociale est également dramatique. Tout se traite en catimini. Le népotisme, le clanisme, le favoritisme qu’on croyait à jamais révolus ont réapparu.Même le personnel communal n’est pas épargné. De l’aveu des employés, nombreux sont ceux qui sont continuellement blâmés à tort, humiliés volontairement.Des cadres, architectes, ingénieurs, techniciens supérieurs etc… sont écartés sans motif et parfois mis sous l’autorité de leurs subalternes jouissant des faveurs du clan. De brillants fonctionnaires ont préféré démissionner, partir en disponibilité ou, carrément faire recours au certificat médical de longue durée pour échapper à l’acharnement de ces oligarchies en attendant leur départ salutaire.De connivence avec l’administration locale, l’équipe en place a purement et simplement mis en veilleuse les projets combien judicieux de l’ex-APC. En contrepartie, elle n’a engagé que quelques bricolages qui ne répondent nullement aux vœux de la population. Pourtant des enveloppes financières existent sur le fonds communal et des milliards dorment en caisse. Pour illustrer cette prévarication, il convient de résumer quelques projets lancés par l’ex-APC, aujourd’hui abandonnés ainsi que ceux qui émanent du bricolage actuel destinés seulement à consommer passivement les crédits. Le centre culturel, un joyau d’architecture, classe second au niveau national, destiné à occuper sainement notre jeunesse a été carrément abandonné. Bien que l’avancement des travaux dépasse les 60% et que des milliards ont été investis, son achèvement est exclu. l’édifice inachevé recèle maintenant des délinquants de tout bord où se rencontrent dealers et drogués.Certains compartiments de ce magnifique bâti sert de hangar pour stocker le fourrage d’un riverain.Pour fuir leurs responsabilités dans ce grave gâchis, on attribue cet abandon au ministère de la Culture auquel on a soit-disant transféré la continuité du projet. Evidemment, l’inculture ne peut produire.Quant à la nouvelle mairie, le projet est totalement ficelé, étude et choix du terrain effectués, enveloppe pour la réalisation de la première tranche prévue, maquette exposée. Ce projet splendide consistait à réaliser une mairie digne de ce nom, fonctionnelle et répondant aux normes. La ville d’Azazga très important chef-lieu de daïra aspirant légitimement à devenir chef-lieu de wilaya dans le futur découpage mérite un Hôtel de ville à sa dimension.Malheureusement, pour des raisons de courte vue, la construction de cet édifice public a été reportée aux calendes qrecques. Le terrain d’assiette est mis à la disposition d’un promoteur privé.D’ailleurs, tous les choix de terrains prévus pour installer les équipements publics (hôtel des Finances, poste P et T, institut de formation professionnelle, réalisation de piscines etc…) ont été affectés au profit de ces promoteurs alors que des terrains appropriés existent pour ce genre d’opération.La gare routière dont les travaux d’aménagement ont été entamés par l’agence foncière sont laissés à l’état initial. Ce centre urbain très important recevant des milliers de passagers et comportant de très belles constructions est laissé pour compte et exhibe un désordre désolant.Pour le foncier, la précédente APC a acquis 36 hectares pour lancer la zone d’activités. Elle a acquis également grâce à sa clairvoyance. L’assiette du lotissement de Tadert. L’assiette des cités nouvelles a été également acquise, pour pouvoir installer légalement et confortablement ses habitants. La procédure pour acquérir la cité radieuse au bénéfice de ses habitants a été également entreprise. Tous les projets ne sont pas encore solutionnés alors que toutes les démarches ont été faites par l’ex-APC. Heureusement que la programmation du gaz de ville pour la commune a été faite à l’époque pour être réalisée aujourd’hui par les services publics sinon on pourrait encore attendre.L’infrastructure routière est désastreuse, les nouvelles routes ouvertes et ensablées à travers l’ensemble des villages n’ont pas reçu de revêtement en goudron. Les routes déjà existantes et programmées pour une réfection adéquate sont laissées dans un état lamentable, difficilement carrossables. L’ensemble des projets envisagés aussi bien l’éclairage public de la périphérie, la décharge publique, le réseau d’assainissement, les routes intercommunales, sont systématiquement abandonnées alors que 13 milliards sommeillent en caisse. Le développement s’est arrêté pour laisser place au bricolage. L’anarchie règne. En effet, au lieu de réaliser ces projets d’intérêt public, on s’est spécialisé dans la construction de clôtures, l’installation d’une multitude dos-d’âne, l’abattage des arbres de bordure des routes, de constructions de baraques commerciales et d’ordures en pleine agglomération, de distribution de camions de sable et de buses pour épuiser les fonds de la commune. A signaler que la réglementation concernant l’urbanisme a été bafouée.Parmi ces bricolages, le plus important concerne la clôture de la daïra et de ses jardins. La muraille édifiée très haute ressemble à celle du pénitencier d’El Harrach. D’autres clôtures très coûteuses et inutiles ont été également çà et là réalisées pour pouvoir consommer les crédits. L’autre initiative est l’installation anarchique d’une multitude de cassis et dos-d’âne à travers plusieurs rues de la ville. Ces cassis dangereux, semblables à des barrières obligent les automobilistes à emprunter le trottoir pour éviter la chaussée.Non réglementaires, ces cassis sont même installés sur les routes nationales et font le bonheur des marchands de pièces détachées. Si toutes les APC d’Algérie imitent l’exemple d’Azazga, l’automobiliste mettrait 6 mois pour faire le trajet : Alger-Oran. L’argent des contribuables a servi aussi à commettre un massacre écologique. De majestueux arbres centenaires bordant les rues de la ville et même devant la daïra ont été abattus dans l’unique but de récupérer les gros troncs très recherchés, spécialement dans un intérêt pécuniaire. Ce massacre écologique a saigné la ville dans son âme et a profané sa mémoire historique. La forêt d’Azazga-Yakouren a subi le même sort. Devenue décharge publique tout le long de la route, la déforestation s’opère au vu et au su de l’APC et des services publics. Les décharges d’ordures en pleine forêt sont très nuisibles à la faune (singes) dont le nombre commence à se réduire avant de disparaître complètement. L’environnement est désastreux. A l’entrée de la ville, l’édifice public en ruine, détruit et calciné depuis des années par la colère d’une jeunesse désabusée perpétue larmes et douleurs. Ni démoli, ni réfectionné pour faire un usage utile en conformité avec les vœux de la jeunesse. Ce saccage a été gardé en exposition et renseigne sur la situation catastrophique de la ville, sinon de toute la commune. Devant la présence de cet édifice administratif en ruine, l’organisation par la tutelle “Portes ouverte sur l’administration” n’a aucun sens.Au centre-ville, le magnifique jardin public, jadis recouvert de verdure et de fleurs est transformé en décharge publique rassemblant la nuit tous les chiens errants. De jour, ce jardin inaccessible aux citoyens paisibles est fréquenté par des ivrognes, des drogués et des travestis. La flore de ce jardin commence à disparaître. La coquette ville d’Azazga a perdu tout son charme et son éclat. Son épanouissement, son embellissement et son développement dans tous les secteurs ont été assassinés par la médiocrité. C’est la léthargie.Vivement le renouveau.

B. M.

(*) Ex-maire d’Azazga

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