Par DDK | 18 Février 2009 | 2683 lecture(s)

“ Une révolution éthique et démocratique s’impose ”

Par Djamel Ferdjallah

Le RCD vient de boucler ses 20 ans d’existence en se distinguant par deux résolutions majeures prises lors de la session du conseil national du 15 janvier 2009, à savoir le boycott de l’élection présidentielle et le gel des activités du parti. Le fait tangible est que pour la première fois, le rejet des élections de 2009 a consacré la victoire de la base militante contre l’autisme du chef qui ne cesse de confondre sa tour d’ivoire avec les intérêts historiques du peuple algérien. Il reste qu’avant d’aboutir à cette embellie libératrice, il a fallu au collectif militant parcourir les chemins tortueux d’un fonctionnement miné par des années d’autoritarisme. A ce titre, il faut remonter jusqu’au congrès de 2007 pour voir la personne du président, incontestée jusqu’alors, subir une remarquable rupture de son charisme avant que la déchirure ne devienne plus béante. Dans cette évolution, trois repères essentiels sont à considérer :

1. Le processus d’érosion de l’autorité du premier responsable du RCD est le fait de ses méthodes antidémocratiques et contraires à l’éthique politique, lorsqu’il a tenté de sévir contre la proposition des congrès régionaux d’Alger et de Béjaïa en 2007, de substituer l’élection à la cooptation des instances du parti, après savoir pris le soin d’étouffer toutes les voix discordantes émanant d’autres wilayas, notamment celles de Tizi-Ouzou, Bouira et Boumerdès, ce qui a provoqué un vent de contestation démocratique qui a soufflé dans les travées du Rassemblement.

2. Une résistance sourde, mais résolue s’est installée dans le parti, suivie d’une posture hostile et ouvertement assumée par le collectif militant contre les velléités de participation du chef au scrutin de 2009. Cet état de fait constitue un autre moment privilégié, même si encore une fois, cela a précipité les désagréments organiques subis par les responsables que nous sommes.

3. Le mouvement de ressourcement et de renouvellement du RCD a été couronné par la décision de boycott de l’élection présidentielle prise par le conseil national du 15 janvier 2009. Par contre, il y a lieu de déplorer que la victoire éclatante du collectif militant, lors de la dernière session du conseil national, a été aussitôt polluée par un mot d’ordre non identifié, mais surtout dangereux, décidé en solo par le président en exercice du RCD, à savoir le gel des activités du parti. Pour l’histoire, l’opinion citoyenne a le droit de savoir et nous avons le devoir de dire que cette instance politique n’a jamais décidé d’une résolution qui aurait abouti à la mise en veilleuse des activités officielles ou publiques du RCD, encore moins de son groupe parlementaire. En vérité, la proposition de gel a été défendue depuis plusieurs semaines par le président devant le groupe parlementaire sans succès. Devant le refus des députés de l’accompagner dans cette voie, la proposition a été reprise lors du conseil national par le biais de deux interventions au verbe très radical. Une fois de plus, d’autres membres ont rejeté cette perspective, qui est restée finalement au stade de proposition. A ce sujet, nous défions le premier responsable du parti de rendre public le film des travaux de la session et l’opinion publique aura tout le loisir de constater que la suggestion de geler les activités n’a jamais été soumise à adoption. Cependant, le président du RCD qui n’a jamais douté de ses droits absolus sur le destin du parti a pris sur lui de transformer une proposition minoritaire en position officielle du parti. C’est ainsi que puisant dans son registre habituel, celui-ci a décidé unilatéralement et contre la volonté des militants de mettre en sourdine les instances les plus importantes du Rassemblement. Pour justifier sa décision, le premier responsable du RCD avance trois raisons essentielles qui sont la fermeture du champ politique, l’effet du 12 novembre et le souci de ne pas se laisser entrainer par un clan ou un autre du régime. Ces arguments appellent de notre part les réponses suivantes :

- Sauf à vouloir manipuler l’opinion, il n’est pas perspicace d’exagérer les divisions du régime ; car celui-ci a toujours fait la preuve de son homogénéité lorsqu’il s’agit de sa survie ou de ses intérêts supérieurs.

- La question du verrouillage politique et institutionnel étant une constante du régime, nous avons toujours fait avec. Ce constat ne peut justifier quoi que ce soit, dès lors qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

- Invoquer la révision constitutionnelle du 12 novembre pour expliquer l’immobilisme condamnerait le RCD à l’apathie politique pour longtemps, car même dans le cas improbable d’une défaite de Bouteflika, cette Constitution restera en vigueur au minimum pour le moyen terme, compte tenu des rapports de force actuels. Dans cet ordre d’idées, le RCD se taira-t-il jusqu’à ce que l’ange Gabriel remette la Constitution à l’endroit ? Soyons sérieux, les vraies raisons sont à chercher ailleurs. Le militant qui est habitué à des positions électorales tranchées, à savoir boycott ou participation, mais activement ou gaillardement assumées s’interroge :

Le silence imposé au RCD ne profite-t-il pas au pouvoir? A quel clan appartient-il, pour reprendre les termes du président du parti ? A celui censé être contre la réélection de Bouteflika et qui ne voudrait pas que l’on parasite son discours? Au camp du chef de l’Etat pour lui laisser les mains plus libres afin de réduire les oppositions endogènes à sa réélection?

Ou bien au système en place pour lui permettre de régler ses comptes internes, ou d’accorder ses violons ?

Par ailleurs, s’il s’agit d’une décision négociée, nous sommes en droit de savoir avec qui, par qui et en contrepartie de quoi cette transaction étrange a été contractée.

Il semble qu’en refusant de s’opposer publiquement et activement à cette élection, le président du RCD veut éviter de s’exposer aux rigueurs du débat qui pourrait conduire à des révélations sur le fonctionnement et l’organisation anachroniques du RCD.

Il faudrait attendre certainement l’après-avril 2009 pour espérer lever le voile sur cette affaire aux relents malodorants. Paradoxalement, depuis la tenue du conseil national, nous constatons que le gel imposé à différents niveaux de la hiérarchie organique ne semble pas s’appliquer au président et à ses inconditionnels, puisque le premier à violer cette règle est le numéro 1 du RCD qui a donné, aussitôt après, une interview à TSA pour appeler le FFS à l’union, après avoir oublié de le faire avant le 12 novembre. A quoi donc obéit cette option d’adresser cet appel uniquement au FFS, si ce n’est de répondre à un reflexe de repli communautariste ou bien de parasiter les actions ultérieures de boycott actif de ce parti ?

A l’évidence, l’omnipotence et l’affirmation de l’autorité du chef ne peuvent pas souffrir d’élargir le cadre de la mobilisation patriotique à d’autres forces politiques, notamment les syndicats autonomes et les organisations des droits de l’Homme, des femmes, de la jeunesse et des étudiants.

D’ailleurs celui-ci considère que le label de démocrate ou d’opposant ne se mérite qu’à la condition de faire allégeance à son leadership. En outre, nous sommes persuadés que "ce silence politique" est destiné aussi à museler les voix autonomes qui émergent au sein de l’encadrement du parti au détriment des hommes du président, sachant que celles-ci risquent de contrevenir au deal secret de celui-ci. En fait, il s’agit de faire taire les militants qui veulent poursuivre le combat politique pacifique dans et hors des institutions, et par là même, cacher l’état de délabrement avancé de l’appareil du parti gagné par l’opacité et l’autoritarisme. Ce mot d’ordre incohérent cache en réalité de sombres desseins, dont seul le premier responsable connaît le secret. Or le RCD est un instrument au service de la volonté du collectif militant.

Acquis fondamental du courant démocratique et du peuple algérien, il ne peut être la propriété privée de personne. Aucun dirigeant, fut-il son président n’a le droit d’en faire un outil de satisfaction de ses envies ou de ses ambitions personnelles.

La gestion et le fonctionnement du parti doivent être débattus sereinement.Par ailleurs, les tentatives de suspecter notre démarche par l’argument fallacieux de "la manipulation du pouvoir à la veille de l’élection présidentielle" ne tient plus.

C’est parce que des militants se sont tus hier sur les dérapages du mouvement national que l’Algérie en est là. Faut-il rappeler que la presse écrite indépendante nous a porté stoïquement, souvent à son corps défendant croyant de bonne foi rendre service au projet démocratique. N’avions-nous pas fait preuve pour notre part d’ingratitude, lorsque le président du RCD a décidé de publier la fameuse "Lettre à nos amis de la presse" ? Force est de le dire, le meilleur service que les médias rendraient au projet démocratique est d’en évaluer les hommes et les pratiques sans complaisance. Il serait souhaitable que les hommes de la presse mettent à l’ordre du jour le débat sur la démocratie dans les formations politiques.

En tant que militants et cadres du RCD, nous sommes interpellés pour préserver l’autonomie de notre cadre de fonctionnement, témoin du sacrifice des meilleurs d’entre-nous. A cet effet, le collectif militant doit se réapproprier la souveraineté de ses décisions.

Traiter autrui d’anti-kabylisme, quand on n’a pas réussi soi-même à sortir du ghetto régional après 20 ans d’exercice politique ne trompe personne. L’Algérie est un immense territoire de plus de deux millions de km2 et de 36 millions d’âmes, nul ne peut la régenter comme une petite commune. Le projet démocratique a besoin de maximum de cadres. Il est regrettable de constater que le RCD n’a même pas été capable de retenir ceux qui lui étaient spontanément acquis. Il est facile de jeter la pierre aux intellectuels en les accusant de "trahisons des clercs". Ne voulant pas leur offrir un cadre de mobilisation démocratique, le président du RCD en tire prétexte pour se découvrir une nouvelle vocation à faire du Rassemblement un parti plébéien. Il est clair qu’un système qui fonctionne par l’exclusion où l’allégeance à un zaïm ne peut mobiliser des intellectuels ou des cadres de conception. La fonction de zaïm au sens noble, exige une haute capacité d’arbitrage et d’équité. Elle ne peut se confondre avec celle de chef de clan. La culture du compromis dont font preuve les franges antagoniques de la mouvance islamiste contraste cruellement avec les départs et exclusions qui vident le RCD de sa substance essentielle.

On le dit avec beaucoup d’amertume : Il y a là, une preuve éclatante de l’échec lamentable de leaders comme celui du premier responsable du RCD.

On ne peut combattre un régime en reproduisant dans le parti les règles qu’on lui dénonce. Sinon cela s’appelle l’imposture des mots et des hommes. La perspective démocratique est suffisamment ternie par le zaïmisme, l’autocratie, la gestion solitaire et opaque des ressources humaines et matérielles mobilisées par les sacrifices citoyens. Une révolution éthique et démocratique s’impose dans le RCD pour lui faire retrouver sa place sur la scène nationale.

Il faut admettre aussi que des démocrates existent aussi hors du RCD et à travers toutes les régions du pays, un parti seul ne suffit pas. A ce titre, la réouverture des portes du Rassemblement à tous les cadres et militants partis, marginalisés ou exclus qui n’auront pas versé dans la compromission, est une exigence démocratique.

Cette ouverture salvatrice pourrait ensuite donner lieu à une convention nationale des démocrates républicains, laquelle pourrait aboutir à l’organisation d’un cadre de rassemblement des énergies patriotiques plus larges et porteur d’un projet démocratique novateur et crédible. C’est seulement à ce prix que les immenses potentialités démocratiques du peuple algérien reprendront confiance en notre idéal.

Alger, le 17 février 2009

Ferdjallah Djamel

Député

Ancien vice-président du RCD

Ancien président du groupe

parlementaire du RCD

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