Par L. Beddar. | 14 Novembre 2013 | 7382 lecture(s)

Elle fait partie, pourtant de celles et ceux qui ont donné un souffle à la chanson traditionnelle

Djida, une artiste oubliée

Il est du devoir de chacun de faire connaitre à la génération actuelle et celles à venir, les artistes qui ont donné à la chanson Kabyle traditionnelle son premier souffle.

Parmi eux, Djida, dont le nom semble être oublié et qui mérite bien d’être ressuscité pour ce qu’elle a donné à la chanson Algérienne. Sa voix raisonnait comme les pierrailles de la montagne de Ras Tala Ntsinzar, village d’Ath Chebana dans la wilaya de Sétif qui l’a enfanté, et ses mains agiles tambourinait avec brio, accompagnant des mélodies agréables à écouter. La chanteuse Djida a marqué son temps en envoutant par son riche répertoire les mélomanes de l’époque. Djida, Hini Marbouha de son vrai nom, est née le 04 juillet 1912 et vécut une dure enfance dans son douar en Kabylie. Comme toutes les femmes, elle s’acquittait des tâches ménagères quotidiennes tout en ayant, dés son jeune, une grande passion pour les mélodies et les poèmes qu’elle aimait écouter lors des cérémonies et fêtes familiales.Dès l’âge de 12 ans, la musique s’est incrustée dans ses veines. Elle commençait déjà à animer des fêtes de femmes (Ourar), au grand bonheur de la gente féminine locale qui aimait entendre sa voix suave. C’est au début des années 1940 qu’elle quittera son village pour s’installer à Alger. Elle épousera un homme qui comprenait son amour pour la chanson et qui l’encourageait à faire éclater son talent. Elle intégrera le groupe de femmes qui chantaient dans une émission de la Radio de l’époque, animée par Cheikh Noureddine. Elle chantera en duo avec ce dernier, en plusieurs ses. Son riche parcours est jalonné de succès, avec à la clé une centaine de chansons, dont les plus célèbres sont Amidh Amas (jour et nuit), Thanina Idhourar (chouette des montagnes), Chedhedh Ghligh (je suis tombée), Erras Thili (fait de l’ombre). Cette notoriété qu’elle a acquise la poussait toujours à aller de l’avant et durera jusqu’à l’indépendance. La mort de son mari dés les premières années de l’indépendance l’a poussée à se consacrer entièrement à ses quatre enfants. Elle mourut dans l’indifférence au quartier de Belcourt où elle habitait depuis son installation à Alger. C’était en 1992, à l’âge de 80 ans. Son village s’apprête à lui rendre un vibrant hommage, elle qui était connue pour son talent, mais également pour courage, sa générosité et sa modestie.

L. Beddar.

0