Par DDK | 7 Décembre 2017 | 547 lecture(s)

MOHAMED ALLALOU, enseignant à la faculté des lettres de l’université Mouloud Mammeri

«Ce que je peux dire sur la traversée de Mammeri…»

Mohamed Allalou, enseignant à la faculté des lettres et langues de l’université Mouloud Mammeri, a soutenu l’année passée une thèse de doctorat en sciences du langage dans laquelle il analyse, en adoptant des modèles théoriques empruntés à l’approche sémiotique, «l’univers passionnel et le conflit des valeurs dans les récits de Tahar Djaout».

Il a aussi publié un ensemble d’études autour de l’œuvre du même auteur dans diverses revues scientifiques. Rencontré à l’occasion du colloque international autour de l’œuvre de Mouloud Mammeri, organisé du 3 au 5 décembre, l’enseignant propose une lecture sémiotique du texte romanesque La Traversée de Mouloud Mammeri.

La Dépêche de Kabylie : Quelle lecture faites-vous de La traversée, quatrième et dernier roman de l’écrivain Mouloud Mammeri ?
Mohamed Allalou :
Pour ce qui est du roman La Traversée, il peut être appréhendé en tant que système de valeurs, ou comme système de deux modes de pensées données explicitement à l’intérieur du texte. En marge de l’histoire que raconte La Traversée, il y a un effet de sens «conflit» entre la «pensée occidentale» et la «pensée musulmane», deux expressions ne m’appartenant pas, mais que je reprends du texte. Dans certains endroits de ce texte romanesque, cette opposition, ou bien cet antagonisme entre les deux pensées, est explicite. Il remonte à la surface du texte. Il y a toutefois des endroits où cet effet de sens «conflit» se traduit par des structures mises en place par l’énonciateur. Ce qui ne peut pas être le fait du hasard.

Comment les dessous de cet effet de sens peuvent-ils être décelés ?
Pour élucider les dessous de cet effet de sens, j’ai utilisé comme outil la théorie sémiotique. Car j’estime que c’est une approche qui est adéquate au corpus d’étude. Elle n’est en tout cas qu’un moyen d’analyse qui s’est déroulé précisément à deux niveaux. Il y a le niveau narratif et le niveau sémantique. Les résultats auxquels j’ai aboutis sont les suivants : au niveau narratif, l’effet de sens «conflit» s’explique par l’utilisation de la structure polémique. C’est-à-dire, j’ai repéré deux programmes narratifs : l’énonciateur a manifesté tout à la fois le programme narratif d’un sujet et l’anti-programme narratif de l’anti-sujet. Au niveau sémantique, j’arrive au résultat selon lequel les deux modes de pensées «occidentale» et «musulmane», qui sont abstraits, sont aussi à considérer comme des thèmes génériques manifestés par plusieurs thèmes spécifiques. Cela est à classer biens sûr au niveau abstrait. Au niveau concret, les deux modes de pensées en question sont investis dans des objets, dans des espaces, dans des acteurs (ou bien des personnages) et dans le temps constituant la structure parabolique.

Quelle en serait votre conclusion ?
Je dirais pour conclure que cet effet de sens trouve son explication au niveau narratif par l’exploitation de la structure polémique, au niveau sémantique par le thème générique et les thèmes spécifiques. L’effet de sens se trouve aussi véhiculé dans la structure parabolique que forment les espaces, les acteurs et le temps. Par ailleurs, je dois rappeler que la littérature est un discours figuratif en lien avec des choses perceptibles, concrètes, autrement dit, des objets qu’on peut entendre, qu’on peut toucher…, du moins d’un point de vue sémiotique. La littérature est par excellence un discours figuratif qui sert aussi à véhiculer des idées abstraites, des valeurs. Et dans La Traversée de Mouloud Mammeri, les objets, les espaces, les personnages et le temps sont convoqués non seulement pour produire ce que Roland Barthes appelle «l’effet de réel», mais aussi et surtout pour véhiculer ces deux modes de pensées dont on relève d’ailleurs plusieurs occurrences dans le dernier roman de Mouloud Mammeri, La Traversée.

Propos recueillis par

Djemaa Timzouert

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