Par DDK | 13 Février 2018 | 765 lecture(s)

RACHID ALI YAHIA au café littéraire de Chemini

«Ali Laïmech reste une éminente personnalité»

À l’initiative des associations Agraw et Azaghar de la commune de Chemini, Rachid Ali Yahia, l’un des pionniers de la question amazighe, a animé, la semaine dernière, un café littéraire sur le thème «Histoire, actualité politique et perspective», à la bibliothèque communale.

La rencontre a été marquée par la présence d’un large public, venu en masse. Avec humilité, le doyen du combat «une Algérie algérienne» a fait un exposé sur la question identitaire dans le mouvement national, en rappelant à l’assistance le souvenir de ses compagnons de lutte : Ali Laïmech, Amar Ould Aït Hamouda et Benaï Ouali. Des militants auxquels il a rendu un vibrant hommage. «Ali Laïmech reste une personnalité éminente, dont les idées nouvelles à cette époque dans le combat pour la libération nationale. On a tendance souvent à l’ignorer», a-t-il déclaré avant d’axer son intervention sur les idées qu’il défend depuis des années, plus particulièrement sur la place de la langue arabe classique. Le conférencier, qui s'engagea dès son jeune âge dans le PPA (Parti du peuple algérien) aux côtés de bon nombre de militants de la berbérité, dont Ali Laïmèche, Ouali Bennaï et Amar Ould Hamouda, reviendra dans son exposé sur l'historique du mouvement national depuis l'Étoile nord-africaine (ENA), avant d'arriver à la naissance du mouvement berbère. Avec un verbe acerbe et incisif, Rachid Ali Yahia n’est pas allé par le dos de la cuillère pour descendre en flammes les «arabo-baathistes», ayant pris en otage la langue amazighe depuis des décennies. «La langue arabe est une langue de l’aristocratie mecquoise. Elle n’a jamais été une langue de communication de la société», lance tout de go le conférencier. Ce dernier soutient qu’aucun pays arabe, ou dit arabe, ne comprend cette langue arabe classique qu’il a qualifiée au passage de «langue de ségrégation». «Les pays arabes et les pays dits arabes sont sous la domination de l’arabisme et du panarabisme», observe-t-il en se déclarant pour l’arabe populaire algérien et tamazight du fait que «l’Algérie est un pays binational.» Sur un autre volet, Rachid Ali Yahia a abordé la nature jacobine du pouvoir algérien, qui, selon lui, a montré ses limites. D’où sa plaidoirie pour la décentralisation du pouvoir. Fort de sa longue expérience dans le mouvement national, l’orateur affirmera que le fédéralisme s’imposera, tôt ou tard, comme unique solution politique en Algérie. «Un état fédéral, binational, qui mettra fin au jacobinisme, mais un état unitaire qui veillera à l’intégrité du territoire national comme à la prunelle de ses yeux», précise-t-il. Rachid Ali Yahia a évoqué dans le détail la crise de 1949 en puisant dans son vécu, étant au centre de cette douloureuse période. L’avocat de formation a dressé un constat catastrophique de la situation qui prévaut actuellement en Algérie. «La situation est grave. On assiste aujourd’hui à un recul tous azimuts, hypothéquant l’avenir du pays», déclare le conférencier. Dans le même ordre d’idées, l’intellectuel octogénaire tient à rappeler que la question de berbérisme était la pomme de discorde entre les pros et les anti-berbérisme. «Pratiquement, tous les militants qui se sont prononcés pour la cause identitaire étaient liquidés par la direction du comité central du PPA. Le seul rescapé de cette chasse à l’homme est moi», annonce R. Ali Yahia.
Bachir Djaider

0