Par DDK | 13 Mars 2018 | 6752 lecture(s)

BOUDJMÂA AGRAW, chanteur et compositeur

«La Kabylie n’est pas rassasiée de Matoub»

Dans cet entretien, le chantre de la chanson kabyle, Boudjmâa Agraw, livre ses impressions sur sa propre carrière et sur la chanson en général.

La Dépêche de Kabylie : Vous étiez l’invité d’honneur du Festival de poésie d'Adrar n Fad. Que pouvez-vous nous en dire ?
Boudjmaa Agraw : Que de bons moments. Ce Festival prend de plus en plus d’ampleur. Ses organisateurs font un travail formidable. J'espère que la manifestation deviendra un Festival national.

Votre prise de parole avait ému tout le public...
Oui, j’y ai notamment parlé de Matoub. Et évoquer le Rebelle ne laisse personne indifférent. Il nous a quittés trop tôt, il était au sommet de son art. Ce qui fait que son public, enfin toute la Kabylie, n'est pas rassasiée de lui. On a de la nostalgie pour sa personne et pour ses œuvres.

À une certaine époque, les groupes étaient derrière la réussite de plusieurs artistes. Pensez-vous que ça pourrait marcher actuellement ?
Nous vivons une époque où c'est la médiocrité qui règne. Il y a à peine trois ou quatre artistes qui font de la bonne poésie et de la belle musique. La jeunesse a été abrutie par l'école. C'est l'école qui a fait d'elle ce qu'elle est maintenant. Quant à la réussite des groupes, ou des bons chanteurs en général, il faut d'abord que les médias lourds fassent un effort de façon à ce qu'ils promeuvent ces artistes, en faisant passer de la bonne musique et des bons textes. Les médias ont aussi un grand rôle à jouer dans la formation du public, qui doit être habitué à n'écouter que la chanson de qualité.

La chaîne 2 de la radio était pour beaucoup dans le lancement de votre carrière…
C’est complètement vrai. À l'époque, la radio chaîne 2 était pour l'artiste le seul moyen pour se faire connaître. Durant les années 1970, il n'y avait rien d’autre. On y allait pour enregistrer des émissions ou être écouté tout simplement. Même si les artistes engagés n’y avaient pas du tout accès. Mais c’était à cause de la censure politique de l'époque.

Durant votre carrière, vous avez beaucoup chanté pour la JSK. Quel est votre regard sur la situation actuelle du club ?
Ils l'ont tellement détruite, la JSK, que pour la reconstruire il faudra un peu, voire beaucoup, de temps. Avec la nouvelle direction, et à partir du moment où il va y avoir la vente des actions, la JSK retrouvera ses beaux jours. Je demande aux supporters de patienter et de rester mobilisés derrières elle.

Avec plus de 36 albums, que diriez-vous de votre carrière ?
Sincèrement, je n'ai jamais eu pour but de devenir une vedette de la chanson kabyle. Ce qui m'a amené à la chanson, c'était de pouvoir dire tout haut ce que les gens pensaient tout bas. J’avais la chance d'avoir une voix, de savoir faire rimer les mots et composer de la musique, et je voulus revendiquer mon identité plus qu'autre chose. J'ai été éduqué dans ce sens par l'Académie berbère où j'étais militant dès les années 1970. Dieu merci, bien que nous ayons été traités de tous les noms, nous avons atteint notre objectif. Tamazight est désormais langue nationale et officielle. Et ce n’est pas fini, elle est sur la voie d'être généralisée à travers tout le territoire national. C'est une grande victoire.

L'association Itri Iburayen vous a rendu hommage dernièrement. Quel était votre sentiment ?
Vous savez, quand on exprime à un artiste de la reconnaissance, ça ne peut que l'enchanter. Tous les hommages qui m’ont été réservés resteront à jamais gravés dans mon cœur. J'ai eu également des prix de militantisme, à l'instar du prix Matoub Lounes à Draâ El Mizan, ce dont je suis très fier.

Vous êtes invité au Festival d’Iburayen, où un hommage sera rendu à Athmani...
Oui, Hemmich (Alias Athmani, ndlr) est un ami. On s'est rencontrés récemment lors d’un gala de solidarité à Ath Mellikeche. C'est avec plaisir que j’irai là-bas fin mars. Je remercie l'association d'Iburayen d'avoir pensé à lui.

Du nouveau en préparation ?
Effectivement. Je suis en train de faire un album qui devrait sortir le mois de juin prochain. J'ai pris du retard car j'étais malade. L'album comprendra entre 8 et 10 chansons. J'espère qu'il va plaire au public. En tous les cas, j’ai pris tout le temps qu’il faut pour faire du bon travail.

Un mot pour finir ?
Pendant cette période relativement difficile, je souhaite beaucoup de courage et de santé à tout le monde.
Entretien réalisé par M. K.

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