Par DDK | 21 Juin 2018 | 4023 lecture(s)

Matoub Lounès géant de la chanson kabyle

Un poète peut-il mourir ?

L’artiste restera immortel, car son œuvre est perpétuelle tant ses chansons demeurent un héritage épuisable pour la culture berbère.

Matoub Lounes assassiné, il y a 20 ans sur la route de Béni Douala, sa région natale, reste l’un des repères incontestables de la revendication identitaire. Ainsi, et pour que nul n’oublie cet artiste infatigable, des hommages sont organisés chaque année pour marquer l’anniversaire de sa disparition. Bientôt deux décennies après sa mort, rien n’a changé de sa popularité, notamment chez les jeunes qui voient en lui l’un des jalons de la lutte pour la liberté et pour «une démocratie majeure» dans une «Algérie meilleure». Lounes Matoub est né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa, un village de la commune d’Ait Mahmoud, de la daïra de Béni Douala. Dans son premier album «A yizem anda tellid», il rend hommage aux martyrs de la guerre de libération nationale. Le petit Lounes, contraint de vivre loin de son père parti en exil, deviendra ainsi «l’homme» du foyer, aux cotés de sa mère et de sa grand-mère. La mère de Lounes devait supporter toutes les charges et élever son enfant, qui était d’un tempérament pour le moins difficile. Comme pratiquement toutes les femmes kabyles, la mère de Lounes chantait, ou plutôt extériorisait sa souffrance par des airs de complaintes bien connus, mais qui suscitaient la curiosité de son enfant, ce qui sans aucun doute est pour quelque chose dans la voie qu’il se choisira plus tard. Fidèle à la tradition orale de notre culture, la mère racontait à son fils, des contes Kabyles desquels le futur chanteur puisera un lexique d’une remarquable richesse. Par ailleurs, la vie du «rebelle» était émaillée de beaucoup de troubles. Matoub a été enlevé le 25 septembre 1994, par un groupe armé à Takhoukht, près de Tizi-Ouzou, avant d’être libéré par ses ravisseurs, après 15 jours de captivité, suite à une importante mobilisation populaire en Kabylie. Aujourd’hui, un carrefour a été baptisé en son nom, dans la ville des Genêts, ainsi qu’un centre culturel à Ain El Hammam, qui arbore fièrement le nom de ce poète engagé. L’université Mouloud Mammeri l’a aussi honoré à titre posthume. Ces jours-ci, un colloque international sur sa vie et son œuvre a lieu à l’université de Béjaïa coïncidant avec les journées commémoratives de sa disparition.
Lyes Mechouek

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