Par DDK | 26 Juillet 2018 | 1523 lecture(s)

Évocation - Saïd Boubaghla, tombé au champ d’honneur à 28 ans

Parcours d’un vaillant combattant

26 juillet 1960 - 26 juillet 2018, il y a exactement 58 ans tombait au champ d’honneur le lieutenant Said Boubeghla dit Said N’Hmadouche à l’âge de vingt- huit ans armes à la main à Ath Boumaâza, de la municipalité de Frikat, dans une rude bataille livrée aux soldats français.

Deux de ses compagnons Abdelaziz Mahmoud originaire d’Arris (Batna) et Si Rezki d’Ighzer Amokrane (Béjaïa) tombèrent à ses côtés. Il fut déclaré à la mairie par le gendarme Secondé Guy, le 27 juillet de la même année. Said N’Hmadouche était le lieutenant de la région 1 zone 4 de la wilaya 3 historique. Il est né le premier juin 1932 à Tafoughalt relevant à l’époque du douar M’Kira. Il fit ses premiers pas dans le mouvement national encore très jeune aux côtés de Djemaâ Salemkour, Lounès Djebara, Rabah Meddour, Djemaâ Boubeghla et d’autres compagnons. Il était aussi initié à la politique par Amar Ouamrane, Ali Mellah et Krim Belkacem qui se croisaient à Tafoughalt ou dans toute la région. Le connaissant courageux, Amar Ouamrane le désigna aux côtés de Aomar Oudni dit Si Moh Nachid, Mohamed Belaouche dit Si Moh Oulhadj et d’autres premiers novembristes, pour annoncer le déclenchement de la guerre de libération nationale la nuit du 31 octobre au premier novembre 1954 à Blida, où ils s’attaquèrent aux biens des colons. Juste au début de l’année 1955, lui et son groupe incendièrent l’école Tighilt Oukerrouche d’Imkirène. Ils délestèrent Caïd Ramdane de sa griffe et de son cachet et extorquèrent l’argent de l’impôt au trésorier de l’époque avant de mettre le feu à la maison du Caïd. Krim Belkacem le désigna avec d’autres maquisards comme Mamache dit Oubelhadj, un jeune homme de 19 ans à l’époque, pour assurer la sécurité des congressistes au congrès de la Soummam «20 août 1956» . Ils étaient la garde rapprochée de futur négociateur des accords d’Evian. Avant d’être promu au grade de lieutenant, il participa à toutes les batailles qui eurent lieu dans le secteur d’Ait Yahia Moussa, de M’Kira et de Tizi-Gheniff où il donna du fil à retordre à l’armée française. On citera les batailles de Tachtiouine en mars 1959, de Tizi Guezgarène, de Bouaita, l’embuscade tendue à un convoi de l’armée française sur la route de Tamdikt (Tizi-Gheniff) au début de l’année 1956, la grande bataille du 6 janvier 1959 d’Ait Yahia Moussa où tombèrent au champ d’honneur 385 chahids, sans compter le nombre de civils réprimés par l’aviation française. A rappeler que lors de cette bataille, furent capturés vivants le lieutenant Chassin et le sinistre tortionnaire le capitaine Grazziani. Said N’Hmadouche, en fin stratège militaire, sortait toujours vainqueur de ces batailles. Parmi les actions spectaculaires du groupe de Said N’Hmadouche, on retiendra le désarmement du groupe d’auto-défense d’Ouled Mériem à la périphérie de Tizi-Gheniff en 1959 en dépit de l’installation de nombreux camps militaires dans la région de Tizi-Gheniff fortement quadrillée par l’armée française en raison des attentats et des sabotages que réussissaient les maquisards de l’ALN. «Le chahid Said N’Hmadouche était notre chef. Il commandait un vaste territoire allant de la frontière avec la wilaya 4 jusqu’à Ain El Hammam, l’ex Michelet , juste après sa nomination au grade de lieutenant parce qu’il était aspirant. Une fonction qu’il mena avec beaucoup de bravoure et de courage. Il était parmi les responsables les plus agiles et les plus respectés. En dépit de son jeune âge, il était compétent et meneur d’hommes. C’était un lion mais d’une modestie exemplaire. Sa mort provoqua un véritable séisme au sein de notre organisation alors que l’indépendance se dessinait déjà. Que Dieu l’accueille dans son vaste paradis», témoigna à son sujet feu Mohamed Hadj Ali dit Moh Ahniche, il y a quelques années. Said Boubeghla tomba au moment où la révolution avait tant besoin d’hommes de sa trempe pour prendre en main la destinée de l’Algérie indépendante. Aujourd’hui, le collège d’enseignement moyen de Tizi-Gheniff baptisé en son nom arbore le portrait et la biographie de ce vaillant chahid qui marqua son temps par de nombreuses victoires héroïques. Cette page d’histoire marquée par le sang des hommes de la trempe de Said N’Hmadouche demeurera un exemple à suivre pour les générations futures afin de sauvegarder cette indépendance chèrement acquise.
Amar Ouramdane.

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