Par DDK | 19 Aout 2018 | 1007 lecture(s)

SCULPTURE - Mohamed Demagh inhumé à Batna

Celui qui «maintenait le bois en éveil» est parti !

L'artiste sculpteur algérien de renom, Mohamed Demagh, est décédé jeudi soir à l'âge de 88 ans.

Le défunt a été inhumé avant-hier, vendredi, dans sa ville natale Batna. L’artiste était une figure marquante de la sculpture en Algérie. Il a eu plusieurs prix de renom, dont celui du Panaf 1969 avec ses deux célèbres sculptures (L'Etonnement et La mère et l'enfant). L'une de ses œuvres les plus célèbres porte le titre de "Napalm". Très proche du célèbre écrivain algérien Kateb Yacine et du peintre Mohamed Issiakhem. Avec la disparition de Mohamed Demagh, l'Art algérien perd une de ses figures emblématiques. Il était aussi Moudjahid dans la "Wilaya I" historique (Aurès-Nememcha). Il fut le dernier survivant d'un groupe de choc de 17 combattants qui ont eu à opérer dans les maquis de l'Armée de libération nationale de cette région. Né le 4 juillet 1930, Mohamed Demagh, dont le père était instituteur, fréquenta l'école technique d'ébénisterie d'Hussein Dey. Mohamed Demagh survit, le 24 juin 1956, à un bombardement de l'aviation française, où périrent 35 de ses compagnons, au maquis dans les Aurès, sous le commandement d’Abdelhamid Boudiaf. Il avait refusé de participer à la guerre d'Indochine. Mohamed Demagh débute dans la vie artistique dès 1966. Il a présenté plusieurs expositions personnelles (Alger, 1992; Mâatkas, 2000) et participé à des manifestations collectives en Algérie (1969, 1974, 1983, 2006) et à l’étranger. Il a notamment réalisé deux sculptures (L'étonnement et La mère et l'enfant) pour le Festival panafricain d'Alger en 1969 où il obtient le premier prix. Après les attentats du 11 septembre, Mohamed Demagh, en hommage aux victimes, a créé une œuvre à partir de débris de bombes qui datent de la Guerre d'Algérie. Tahar Djaout, lui consacra un portrait complet intitulé «Mohammed Demagh, Les métamorphoses de l’arbre», paru dans l’hebdomadaire Algérie-Actualité, n° 780, Alger, 25 septembre-1er octobre 1980. «Dans son atelier de Batna, Mohammed Demagh maintient le bois en éveil. Il le moule pour libérer l’élan qui sommeille sous la gangue pesante de l’écorce. Bois abattu auquel le sculpteur infuse une nouvelle vie, communique une autre dynamique, pour le lancer à la conquête de nouvelles formes et de nouvelles significations. La sculpture de Mohammed Demagh est à la fois une sculpture charnière et une sculpture-témoin. De la gravure populaire sur bois, elle a gardé la spontanéité et l’état quelque peu brut, des conquêtes plastiques actuelles, elle a adopté la liberté des formes et l’audace des expressions. Le corps de l’objet sculpté devient un champ de cris et de signes, où chaque observateur peut loger ses propres visions et sa propre lecture.», a écrit Tahar Djaout.

Synthèse M. A. T

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