Par DDK | 8 Novembre 2018 | 853 lecture(s)

Matthew Connelly, professeur américain d’Histoire

«Voilà pourquoi j’ai écrit sur la guerre d’Algérie»

En marge de la conférence qu’il a animée à Alger, Mattew Connelly livre à la Dépêche de Kabylie les raisons qui l’ont motivé a écrire son livre publié en 2002 aux états-Unis, paru en France en 2011 (Payot), sous le titre «L’arme secrète du FLN, comment De Gaulle a perdu la guerre d’Algérie».

La Dépêche de Kabylie : Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
Matthew Connelly : Quand j’étais doctorant en histoire à l’université, il y avait des dossiers secrets et d’autres ouverts aux chercheurs. Et dans les années 90, beaucoup de documents secrets ont été ouverts pour la première fois aux Etats-Unis, en France et aussi en Algérie. Et comme j’étais à la recherche d’un dossier intéressant, je pus enfin écrire ce livre dont l’idée me taraudait depuis longtemps. Au début, mes motivations étaient plutôt scientifiques, mais au fur des années, j’ai compris qu’il y avait une autre raison : toute ma famille est d’origine irlandaise, et il y a beaucoup de gens qui font la comparaison entre l’Irlande et l’Algérie, il y a beaucoup similitude. L’Irlande était une colonie anglaise et l’Algérie une colonie française, il y avait beaucoup de colons en Irlande comme en Algérie. L’Irlande était aussi une partie intégrale de la Grande Bretagne, tout comme l’était l’Algérie par rapport à la France. Je me suis senti proche des Algériens et de leur lutte pour l’indépendance. Ma mère a grandi en Irlande et tous mes grands-parents sont irlandais, nous avons toute une histoire familiale datant de l’époque révolutionnaire d’Irlande, tout comme chaque famille algérienne a des stigmates de l’époque coloniale française. Les raisons initiales d’un livre scientifique, basé sur des données scientifiques et des documents déclassifiés, se sont transformées en une personnelle.

Est-ce votre première visite en Algérie ?
C’est la troisième fois que je viens en Algérie. La première fois, c’était il y a dix-huit ans. J’étais venu faire des travaux de recherches aux archives et des interviews pour finir le livre. Je suis revenu à l’occasion du cinquantième anniversaire de la révolution en 2012 et là c’est ma troisième visite. J’espère revenir encore.

Est-ce que vous avez trouvé des difficultés pour rassembler les archives pour écrire votre livre ?
Oui. J’ai trouvé beaucoup des difficultés, surtout en France. Certain disent qu’il est difficile de travailler aux archives en Algérie, mais j’ai eu accès à tous les dossiers concernant l’histoire du GPRA et même avant. Il y avait certains sujets, comme les questions financières, qui étaient encore secrets, mais en comparaison avec la France, les archives étaient bien plus ouvertes en Algérie.

Avez-vous d’autres projets de livres, particulièrement sur l’Algérie ?
J’ai écrit un livre sur l’histoire de la planification familiale qui fut publié il y a dix ans aux Etats-Unis. Concernant mes projets, ils ne concernent pas l’Algérie pour le moment. Je travaille actuellement sur l’histoire des secrets d’Etat aux Etats-Unis.
Entretien réalisé par Sonia Illoul.

Qui est Matthew Connelly ?
Spécialisé dans l’histoire internationale globale, il a étudié au Royaume Uni (Cambridge, 1988-89) et aux Etats-Unis (Columbia et Yale). Son intérêt pour l’Algérie remonte à son Ph .D soutenu à Yale sur le thème «La guerre d’indépendance algérienne ; une histoire internationale»(1977). Pratiquant également le français, il a suivi une formation en langue arabe à l’université américaine du Caire. Son ouvrage sur la révolution diplomatique algérienne lui a valu cinq prix prestigieux et il a reçu en outre de nombreuses distinctions et bourses de recherche. Auteur de contributions remarquées dans les publications spécialisées du monde, son deuxième ouvrage s’intitule une fausse idée fatale : la lutte pour le contrôle de la population mondiale(2008).

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