Par DDK | 20 Janvier 2007 | 1568 lecture(s)

Le précurseur

Il est le père fondateur de la première chaîne de radio amazighe, Radio-Kabylie, (précurseur de la Chaîne II) située à la rue du Dr Saâdane (ex-Berthèzene), Radio qui a pour la première fois diffusé les voix féminines de Lla Zina, Lla Yamina, Chérifa, Djamila et autres pionnières de la chanson kabyle.

Il a produit de nombreuses émissions radiophoniques qu’il a menées de paire avec un parcours d’acteur dans le cinéma algérien. Il décroche tour à tour des rôles dans Les hors-la-loi de Tewfik Farès (1968), Patrouille à l’est de Amar Laskri (1970), El Chebka de Ghaouti Bendedouche (1976), la Dernière image de Mohamed Lakhdar Hamina (1983) et Tahia ya Didou de Mohamed Zinet (1973). Les Enfants de Novembre, les Chevaux du soleil tourné en Espagne aux côtés de la regretté H’nifa, relatant la vie d’El Mokrani (non projeté à ce jour en Algérie), Elise ou la vraie vie de Michel Drach (1974) aux côtés de Marie-José Nat et Mohamed Chouikh et Chant d’automne de Meziane Yala (1982) avec Rouiched et Hassan El Hassani.

Il est l’un des acteurs fétiches de Mohamed Lakhdar Hamina qui lui donne un rôle dans Chronique des années de braise primé à Cannes en 1975. Ccix Nourdine, de son vrai nom Meziane Nouredine, est né en 1918 au village Aguemoun, dans la commune de Larbaâ Nath Irathen, village natal qu’il quitte en 1936 pour s’installer à Alger. Dans la capitale commence pour lui une nouvelle aventure, un voyage dans le monde artistique. Dans cette place très fréquentée de Port-Saïd (square Bresson) où il tient une échoppe, ce jeune homme, la vingtaine entamée, fredonne des airs du terroir tout en travaillant. Un jour d’automne, le 4 septembre 1938, il est remarqué par M. Finkel, directeur de la célèbre maison de disques “Pathé Marconi”, qui lui propose d’enregistrer ses premières chansons Allo triciti, Ayellis n’tmurth, Axati xati, Anfiyi adhrugh et d’autres encore. Doté d’un génie musical et d’une verve poétique lyrique, il crée alors le premier orchestre populaire kabyle avec Namus, Sidah, Ahmed Medjoul, Hadj Menaouar.

Un groupe d’artistes qui permet à plusieurs chanteurs tels que Kamel Hammadi, Youcef Abdajoui, Mohand Rachid, Rachid Meziane de se former et de s’affirmer. Leurs enregistrements viennent enrichir la discothèque de la chaîne kabyle. Férus du style chaâbi, Ccix Nouredine enregistre plus de 500 chansons. Il écrit et compose pour Hadj M’rizek le tube de l’époque, dédié au Mouloudia d’Alger. Homme de culture amazigh, il côtoie les grands noms du monde artistique tels que Hadj M’hamed El Anka, Sadek Abdjaoui, Mokrane Agawa. Dans le théâtre, Méziane Nourdine, fidèle à son lyrisme, joue durant des années le rôle d’une vieille dans plusieurs pièces de théâtre où il foule les planchers aux côtés de Mohamed et Saïd Hilmi, Ali Abdoun, Saïd Zanoun, Ahmed Aimène, Amar ou Yaâcoub et beaucoup d’autres comédiens.

Il est l’auteur de nombreuses émissions radiophoniques, notamment celle consacrée à une formation de chant religieux berbères “Mahmoudia”, la très précieuse “Khalti Adouda” et une émission consacrée aux chanteurs amateurs qu’il a créé en 1956 (appelée aujourd’hui Chanteurs de demain).

En 1972, Ccix Nourdine s’en va à Paris où il rencontre Slimane Azem et collabore avec lui, collaboration qui donne naissance à l’enregistrement en duo de 96 chansons à thèmes satiriques et de critique sociale, en conséquence de quoi il est rayé en 1981 de la liste des médaillés pour services rendus à la culture. Monument de la culture algérienne, poète, comédien, musicien, chef d’orchestre, producteur et hommes de culture amazighe, Ccix Nourdine mérite tous les hommages pour son œuvre, son verbe, sa modestie et son sens de la transmission des valeurs ancestrales aux générations montantes.

Rezik Mokrani

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