Par DDK | 28 Mai 2007 | 2812 lecture(s)

Nina Bouraoui publie un nouveau roman

La romancière franco-algérienne Nina Bouraoui vient de publier aux éditions “Stock” un court roman de 90 pages intitulé Avant les hommes.

Avant cela, elle avait édité un roman à succès, Mes mauvaises pensées lui ayant valu le prix Renaudot.

Le livre est à large inspiration autobiographique. Nina Bouraoui y assume son homosexualité et raconte sa vie déchirée de femme déracinée. Nina Bouraoui est de mère française et de père algérien.

Elle dit—, sans doute s’adressant aux médias de l’Hexagone— se sentir plus française. Mais cette technique qui consiste à encenser la France et à cracher dans la soupe nourricière, du reste très répandue chez les écrivains d’origine maghrébine, ne diminue en rien du talent d’une écrivaine telle que Nina Bouraoui.

Déjà son premier roman La voyeuse interdite (Gallimard) envoyé par poste à son éditeur, a eu un succès retentissant. Nina Bouraoui avait 24 ans.

Actuellement, l’ecrivaine en a 40. La sortie de chacun de ses romans constitue un événement littéraire en France. Avant les hommes, son nouveau roman a été sélectionné cette semaine par le journal du dimanche et France Inter.

Au sujet de l’Algérie, Nina Bouraoui avoue que ce pays éclaire ses livres. Elle dit aussi qu’elle écrit depuis toujours. Connaître le succès littéraire peut tuer le germe du talent.

Dans le cas de Bouraoui, au contraire, il s’est aiguisé. La folie des grandeurs, ce n’est pas son truc. Elle qui avance dans les dédales de l’écriture avec une certaine assurance ! A son talent vient s’ajouter sa sincérité.

Nina Bouraoui ne croit pas en la chance. Elle croit au talent et au travail. Ses romans sont noirs, sensuels, lumineux, ambiguës et parfois heureux. Mais elle reste prisonnière de son homosexualité.

Elle assume cette dernière ; mais elle ne cache pas que celle-ci la fait souffrir. Elle narre ses blessures sans céder à la fatalité car, extrême-t-elle, même les hétérosexuels ont leur affliction.

Ils ont leurs joies et les même doutes. La violence de ses écrits contraste avec son amabilité. Elle est très influencée par sa famille. Pour elle, le style d’écriture passe avant le sujet. Nina Bouraoui estime que l’écriture est comme une activité physique. Il lui faut de la force, de l’endurance et de la volonté. Dans ses romans, l’amour. le désir, la folie, et l’ambiguïté se côtoient.

Après la sortie de son nouveau roman, elle affirme : “J’ai terriblement manqué de Dieu étant enfant. Mais il faut que je me montre raisonnable même si la mort demeure inacceptable : nous ne sommes pas éternels”.

Aomar Mohellebi

Résumé de Avant les hommes

n Cette fois, Nina Bouraoui a choisi de parler de l’adolescence. Dans ce nouveau roman, Nina Bouraoui essaye de répondre à cette question : Que se passe-t-il dans la tête d’un adolescent attiré par les garçons ? Il s’agit de Jérémie qui vit avec sa mère dans un pavillon. La cité proche, le père absent, les troubles identitaires, la solitude ardue, on est en été, Jérémie fantasme sur son amour pour Sami. Il fume des sticks de shit pour finir ce qu’il est. Ce livre raconte l’étape qui précède l’amour avant d’entrer dans la conscience de l’humanité et avant de devenir adulte. “La jeunesse est l’âge de tous les dangers, la drogue, la délinquance”. Tout est à la fois excitant et terrifiant. Jérémie est un garçon sensible. “Je me sens proche des cassés et des fragiles. J’ai peur que les gens abîmés ne tombent dans l’abîme”, confie la romancière à un journal français. Avant les hommes est une fulguration. On y attend, entre deux heures électriques, les coups de tonnerre de la vie. La romancière dit que chaque nouveau livre est pour elle comme un laboratoire. Elle parle vite et bien. Elle a des images fulgurantes, des effacements soudains, des sensibilités visibles : “Je ne mets pas de barrières entre moi et le réel”, dit-elle.

A. M.

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