Par DDK | 29 Juin 2017 | 13241 lecture(s)

Malika Matoub, présidente de la Fondation Matoub Lounès

«Si Lounès était encore là…»

Au lendemain du 19e anniversaire de l’assassinat du Chantre, sa sœur fait le point sur diverses questions ayant trait au souhait de la famille de rouvrir le procès, le développement de ses relations avec sa belle-sœur Nadia, la suspension de la procédure du classement de la demeure du Rebelle en patrimoine culturel national et plein d’autres sujets de l’heure…

La Dépêche de Kabylie : Votre maman Nna Aldjia est, dit-on, depuis quelque temps malade. Comment va-t-elle aujourd’hui ?
Mme Malika Matoub :
Elle est très fatiguée et elle a toujours besoin d’assistance. Je m’occupe d’elle, elle rentre à Béni Douala et repart sur Paris avec moi.

Elle vit comment l’anniversaire de l’assassinat de son fils ? Est-ce que sa douleur s’est apaisée avec le temps ?
Très mal ! C’est toujours avec la même intensité, surtout depuis deux ans qu’elle est alitée. C’est une frustration pour elle de ne plus pouvoir sortir et accueillir les visiteurs. Elle subit en silence. Son souhait reste bien sûr de voir l’assassin de son fils derrière les barreaux avant sa mort. Elle brûle intérieurement, elle ne cesse de le répéter ces derniers jours.

19 ans après l’assassinat de Matoub, la Kabylie n’oublie pas… Sa présence est constante chez différentes générations…
On ne peut oublier, on ne peu pas parler d’oubli, ça fait 19 ans certes mais Lounes vit toujours avec nous. Tout ce qu’on fait à longueur d’années et à longueur de journées est rattaché à lui. C’est un devoir, c’est mon devoir, je ne travaille pas, je vis pour ça et je ne fais que ça. J’y ai consacré ma vie et celle de ma petite famille. On s’est tous investis dans ça. Depuis 19 ans, mes deux enfants n’ont jamais eu une scolarité normale, je demande une dérogation pour les ramener en Algérie avant chaque fin d’année. On a un événement à préparer, c’est notre devoir. Il n’y aura jamais d’oubli. Quand on est en plein dedans, ça nous arrive carrément d’oublier qu’il est mort ! On parle de lui au présent. Pour cette année, ce qui est extraordinaire, c’est la nouvelle génération de jeunes qui n’ont pas connu Lounes, ils n’étaient même pas nés en 1998 et ils étaient là. Notre devoir en tant que famille est d’accueillir tout ce monde.

Dans vos déclarations, vous soutenez que l’affaire de son assassinat n’a pas encore été élucidée. Après toutes ces années, vous considérez toujours que l’affaire est au point de départ ?
Tout à fait ! Le dossier de l’assassinat de Lounes reste pour nous jusqu’à maintenant ouvert, malgré la mascarade de 2011 avec la présentation des Chenoui et Medjnoun.

En parlant de cette affaire Chenoui et Medjnoun, Nordine Aït Hamouda avait déclaré, sur BRTV, que c’était là l’affaire de l’assassinat de Lounes…
Non, pour nous ce n’était pas le cas. D’ailleurs, lors du procès, en aucun cas le non de Matoub n’a été cité. Nous, on demande à ce qu’il y ait une véritable enquête. On a remis une liste de 52 noms, un nouveau rapport d’expertise et il y a pas mal de nouveaux éléments. Nos avocats vont les remettre à la justice pour réclamer la réouverture du dossier.

Mais le dossier a été clos en 2011…
Au fond, il n’a jamais été réellement ouvert pour qu’il soit fermé. La famille a demandé l’audition de 52 personnes et ça n’a pas été fait. L’étude balistique, la reconstitution des faits n’ont pas été faites, ou si vous voulez ont été faites d’une manière, disons, artisanale. Le dossier a eu un grand traitement médiatique, mais juridiquement il n’y a pas eu un travail de fond de fait. Aujourd’hui, 19 ans après, il y a une décantation qui commence à se faire. On exige que ce dossier connaisse une issue adéquate. On ne sait même pas comment il est mort. Des questions restent toujours posées : Qui a tiré ? Qui a tué ? Comment ? Pourquoi ?... Autant d’interrogations qui restent pour nous sans réponses.

Vous dites que l’affaire n’a jamais été traitée. Quels sont les arguments qui vous font dire cela et quelles en sont les raisons selon vous ?
Si le dossier n’a pas été traité, cela ne veut pas dire que c’est la faute de la justice. On a des magistrats, l’appareil judicaire existe et fonctionne, mais il y a un manque de volonté politique pour faire aboutir le dossier. Il faut un courage politique, pour ouvrir ce dossier comme il se doit. Nous, en tant que famille, on ne peut pas laisser passer un tel déni sous silence. Lounes ne peut pas reposer en paix tant que la vérité n’est pas connue. Les tueurs et les commanditaires doivent payer pour leur crime. On a envie qu’il repose en paix et que sa famille et la Kabylie fassent leur deuil. Au jour d’aujourd’hui, personne n’a fait son deuil.

Ne pensez-vous pas que si Nordine Aït Hamouda a affirmé que l’affaire Chenoui et Medjnoun était celle de l’assassinat de Matoub, c’est qu’il aurait peut-être des éléments qui le poussent à affirmer une telle chose ?
Cela n’engage que lui. Maintenant s’il a des éléments, et puisqu’il a dit publiquement «si la justice m’appelle je suis prêt à témoigner», je pense que c’est à cette dernière de faire appel à lui. Et cela ne peut que nous soulager et nos portes sont grandes ouvertes à toute démarche qui va dans le sens de la quête de la vérité. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a eu la rencontre de l’année dernière avec lui. Il a des choses à dire dans cette affaire.

Quel genre de choses ? Vous a-t-il fait des révélations ?
Oui, par exemple qui l’avait informé de la mort de Lounès cinq minutes après.

Qui l’a informé ? Vous l’a-t-il dit ?
Oui à moi il me l’a dit, mais il doit le dire à la justice.

C’est qui, qui lui a dit ?
Ce n’est pas à moi de le dire. Et c’est un des éléments mis en avant pour réclamer la réouverture de l’enquête. Pendant 19 ans, je me suis posé cette question, aujourd’hui je le sais enfin. Nordine a répondu à la question et il est prêt à y répondre aussi devant la justice.

Revenons à l’enquête. Vous avez engagé un cabinet d’expertise français. Avez-vous eu les résultats de cette étude ?
On a effectivement enclenché une enquête par le biais d’un bureau d’étude privé. Il a fait un constat des lieux et il a eu à examiner le véhicule. Le bureau a fait également une reconstitution des faits, une étude balistique... Tout a été fait dans les normes. Avec ce dossier on compte justement demander la réouverture de cette affaire. Ce qui n’a pas été fait par la justice algérienne a été fait par ce bureau. Maintenant, la justice algérienne a le droit de refuser cette expertise, mais qu’elle fasse la sienne. C’est ce que nous demandons depuis 19 ans.

Justement, lors de la dernière commémoration, vous avez annoncé le lancement d’une pétition pour exiger la réouverture du procès…
Lounes est un repaire, les milliers de personnes qui viennent ici (Ndlr à la demeure de Matoub Lounes) le revendiquent chacun à sa manière. C’est un symbole de tout un peuple. En tant que petite famille, j’associe sa grande famille à cette quête de vérité. Avec la mobilisation des siens, le pouvoir judicaire doit répondre. C’est la revendication de tout un peuple. Les pétitions se font à travers le monde. Et à travers la démarche, le but est de formuler ce souhait de tous, publiquement, de la manière la plus solennelle et partant éviter toute éventuelle récupération politicienne de l’assassinat. Nadia soutient d’ailleurs l’action. On peut dire que c’est une démarche qui émane de la famille et Nadia en fait partie.

Vous faites allusion à qui, quand vous évoquez la récupération politicienne ?
Des organisations politiques et des groupes qui disent qu’ils sont pour la vérité, mais juste par la parole. Cette pétition est un moyen de pression, nous comptons la joindre au dossier comme appui pour la demande. Les avis des uns et des autres, je n’en tiens pas compte. Ca reste le meilleur moyen pour amener les autorités judicaires à la réouverture du dossier.

Nadia Matoub, votre belle-sœur, a déposé une plainte contre Hattab. Selon elle, la déclaration de ce dernier est un moyen judiciairement exploitable. Qu’en pensez-vous ? Pourquoi vous ne vous associez pas à cette démarche ?
Je pense que les avocats ont conseillé à ma belle sœur d’attaquer Hattab, mais moi personnellement je pense que la version Hattab est la version officielle qui a d’ailleurs été refusée par le peuple.

Vous-même aviez déclaré juste après la mort de votre frère que c’est le GIA qui l’avait tué…
Oui c’est vrai, je l’ai déclaré le jour même, une heure après, suite aux appels que j’ai reçus m’affirmant que c’était le GIA. Sous l’effet du choc. Avec le recul, j’ai retrouvé de nouveaux éléments et j’ai demandé l’ouverture d’une enquête, ce qui n’exclut pas le GIA. Je ne dédouane ni le GIA, ni le pouvoir, ni aucune autre partie. Nadia a jugé que cette démarche peut aboutir à la réouverture de l’enquête, si ça aboutit c’est bien, pourquoi pas !

Nadia s’est aussi distinguée ces derniers jours en effectuant un retour médiatisé chez elle à Taourirt...
Nadia fait partie de la famille, elle est partie de son plein gré et elle est revenue de son plein gré. Nous respectons sa volonté. Il est évident qu’il y a plus de choses qui nous lient que celles qui nous divisent. Elle était une jeune veuve, aujourd’hui, c’est une adulte. Je pense qu’elle a eu le temps et le recul nécessaires pour rejoindre sa belle-famille.

C’est une invitation à conjuguer vos efforts pour mener ce combat ensemble ?
Moi je l’ai toujours dit, ma mère aussi. Il vaut mieux qu’on soit à trois qu’à deux. L’union fait la force. Ce qui nous lie est plus fort. La mémoire de Lounes a besoin de tous les siens. Elle vient quand elle veut, elle est chez elle.

Son retour même furtif dernièrement suggère une sorte d’apaisement dans vos relations. C’est le cas ?
Elle n’a jamais pas été empêchée, elle est chez elle, elle n’a pas besoin d’accord pour revenir. Elle avait dit en 1998, qu’elle ira se recueillir sur la tombe de son mari quand elle le voudra, elle a pansé ses blessures, il lui a fallu du temps, mais elle est revenue. Il est de notre devoir de bien l’accueillir, c’est la veuve de mon frère. Elle est la bienvenue. Maintenant elle aussi a un rôle à jouer, des choses à dire et à faire.

Elle semble ne toujours pas digérer le fait que certaines voix lui avaient presque reproché de s’en être sortie, alors qu’elle a été touchée, tout comme ses sœurs d’ailleurs…
Quoi qu’on ait dit, elle reste une victime, elle était dans l’attentat elle et ses deux sœurs. Cela dit, c’est toujours logique de dire qu’il y a eu un seul mort, mais ce n’est pas un reproche. Ils ont ciblé une seule personne. Elle a subi l’intox et beaucoup de choses, c’est une victime, mais j’espère qu’aujourd’hui la raison l’emportera sur le reste. Ce qui nous intéresse c’est la mémoire de Lounes.

Etait-elle présente le jour de la commémoration ?
On aurait aimé qu’elle soit là avec nous. Sa présence aurait été un grand plus. Même Lounes aurait été content. On se serait recueillies ensemble même sur la tombe de son beau-père pour l’occasion de l’Aïd.

On comprend par là, qu’il n’y a pas une grande communication entre vous. Où en sont réellement vos relations ?
C’est en voie d’apaisement. Il faut laisser le temps au temps et laisser les choses se faire progressivement.

Récemment, la procédure du classement de la maison de Matoub comme patrimoine culturel local et national a été suspendue. Nadia parle d’une «victoire». Quel commentaire faites-vous ?
Moi je suis peinée que le classement n’aboutisse pas. Ce n’est pas une procédure qui a été initiée par le ministère ou la direction de la culture. C’est une démarche qu’avait souhaitée la fondation en 2006. On l’avait annoncé dans la presse. Nos motivations étaient toutes simples : Lounes a laissé un patrimoine matériel, les gens veulent le voir, mais on ne peut le mettre à leur disposition, de peur qu’il ne se dégrade. La demeure, si elle venait à devenir un bien des ayants droit, serait amenée un jour ou l’autre à changer d’appellation. Moi, je me bats pour que cette maison reste la «demeure de Lounes Matoub» et non celle de Malika, Aldjia ou Nadia Matoub. Et puis, en ma qualité d’ayant droit, dans 10 ans, mes enfants seront à leur tour mes héritiers, et franchement je ne peux garantir qu’ils ne procéderont pas à des changements ou autres. Mais avec le classement de la demeure en patrimoine culturel national, les choses resteront telles qu’elles sont. Et cela ne voudrait en aucun cas dire non plus que les pouvoirs publics pourront intervenir à leur guise. Dans le document qui consacrera éventuellement le classement, on va mettre des clauses qui seront comme des garde-fous sur la gestion de ce patrimoine. Et puis il y a la fondation qui veillera. On n’en fera pas une donation. Il y a plusieurs exemples de maisons et patrimoines classés, mais l’Etat n’interfère jamais. Nadia n’a pas compris la démarche.

Peut-être aussi que vous ne l’avez pas associée à cette démarche ?
C’est un manque de communication. En tout cas je reste ouverte, si cette démarche n’est pas la bonne, on doit penser à une autre. Le plus important c’est que le patrimoine de Lounes soit préservé. Il faut qu’on arrive avec cette dynamique à créer le musée Matoub, c’est l’objectif. Pour elle, la suspension de la démarche est une victoire, pour moi la victoire sera le jour où en préservera la mémoire de Lounes. Ni le pouvoir, ni les particuliers ni les partis politiques ne pourraient y toucher.

La fondation a décerné un Prix Matoub Lounes à Nna Nouara. Ce qui a été interprété par certains comme étant un clin d’œil au MAK, surtout avec les visites répétées de têtes connues du mouvement que vous avez reçues. Que dites-vous de ces informations relayées sur le sujet ?
Les gens savent qu’on reçoit tout le monde à la fondation et ça ne date pas d’aujourd’hui. Il n’y a aucun clin d’œil à qui que ce soit. Entre ceux qui viennent se recueillir, je ne fais aucune sélection. Aït Chebib venait chaque fois, d’autres représentants du MAK aussi. Les militants du MAK restent nos enfants, ce sont des Kabyles, on ne les a pas importés de quelque part. Leur coloration politique, je ne la leur demande pas. La condition, c’est de venir certes avec sa propre identité politique, mais sans l’imposer à l’autre. Cette maison, c’est un lieu fédérateur, de liberté et de rassemblement. On a reçu des gens du RPK, les délégués de l’Aarouch à l’époque… Pour Nna Nouara, j’ai beaucoup d’estime pour elle, elle était là pour chaque manifestation pour Lounes depuis 19 ans. Je l’ai toujours vue dans les manifestations, et comme ces derniers temps en Kabylie, il n’y a que le MAK qui manifeste, on la voit aussi s’y associer, elle aime les manifestations. C’est la mère de Kamira du MAK, mais aussi de l’artiste Amar Columbo. Elle a des enfants qui activent dans divers domaines. Elle représente toutes les mères. Elle était aussi active pendant la révolution algérienne. Rachida aussi vient régulièrement. Cette fois-ci, tous les militants l’ont compris, ils se sont organisés d’eux-mêmes, ils ont dit : on est venus chez Lounes. Ca s’est très bien passé. C’était le jour de l’Aïd et ils étaient tous là, je leur rends hommage.

Que pensez-vous, en toute transparence et honnêteté, du MAK et de l’indépendance de la Kabylie qu’il revendique ?
C’est un mouvement qui existe, il n’y a pas que lui d’ailleurs, il y a le MAK-Anavad, il y a le RPK des indépendantistes et des autonomistes, c’est ce qui est formidable en Kabylie. Il y a ceux qui revendiquent un Etat fédéral, la Kabylie a toujours été un carrefour d’idées. Il y a un débat qui est ouvert. Il y a toute une frange de militants qui revendiquent l’indépendance, mais il faut en débattre et trouver une solution pour cette Kabylie qui a beaucoup souffert. La Kabylie est en train de perdre beaucoup de ses repaires, elle est en train de reculer sur le plan identitaire, elle a besoin de se retrouver. Me concernant, je suis à la tête d’une fondation qui active principalement en Kabylie, les gens la fréquentent chaque année, ils viennent se recueillir sur la tombe de Lounes, ils viennent à 90% de la Kabylie. Je respecte les idées des uns et des autres, le plus important c’est d’arriver à avancer. Ce qui nous intéresse à la fondation c’est qu’il y ait une dynamique et qu’ils s’organisent pour faire face à cette idéologie néfaste qui est en train de prendre de l’ampleur.

Vous parlez de quelle idéologie exactement ?
Il y a l’islamisme et l’arabisme qui sont en train de piétiner nos valeurs et traditions. Nous avons une culture ancestrale et il faut qu’elle soit reconnue. C’et à nous de nous mettre à travailler.

Mis à part préparer les événements et festivités de commémoration, que fait concrètement la fondation pour préserver la mémoire du Rebelle ?
Notre travail principal tourne autour de la mémoire de Lounès, nous travaillons avec le tissu associatif de la région, les associations culturelles, écologiques ou humanitaires.

Concrètement avez-vous réalisé des avancées depuis la création de la fondation ?
Ce n’est pas évident. On a commencé une dynamique de rassemblement des associations. En 2001, il y a eu un raz de marrée. Depuis, la Kabylie a été disloquée. On commence à retrouver cette dynamique ces derniers temps. Mais il faut dire qu’on est très vigilants. On est prêts à travailler avec des associations, mais on regarde d’abord le CV, pour vérifier qu’elle n’est pas rattachée à un parti politique, si c’est le cas on évite.

Donc, la fondation s’interdit de faire de la politique ?
Oui, on se l’interdit. Pourtant Matoub Lounes faisait de la politique… Ce n’était pas de la politique partisane. Même nous, nous faisons de la politique, mais plus culturelle. Nous nous refusons de faire de la politique partisane.

Que diriez-vous à ceux qui tentent d’utiliser la mémoire de Lounes ?
Elle va leur exploser à la gueule ! Matoub a défendu des valeurs et c’est normal que des partis politiques les revendiquent, que ce soit des militants du RCD, du FFS, du MAK ou du RPK, c’est normal, ce sont des valeurs universelles. Mais, attention à la manipulation, la population kabyle n’est pas dupe !

Vous aviez promis un film documentaire et un enregistrement de 36 heures du Zénith de 95, pour 2015, mais rien de concret, du moins jusque-ici. Pourquoi ce retard ?
On n’a pas pu les réaliser par manque de moyens, on a fait appel à des gens mais on n’a pas réussi. Le plus dangereux c’est qu’on risque de les perdre. On risque de perdre 36 heures d’images de Matoub Lounes et ce sont les seules images qui existent en format professionnel. Si elles ne sont pas transcodées dans les normes actuelles, on risque de les perdre dans quelques mois. Je lance un appel à une prise de conscience par rapport à ça. Tous ceux qui aiment Lounes, ceux qui peuvent apporter un plus sont les bienvenus. Le film aussi c’est une question de moyen, c’est lié.

Si Lounès était encore de ce monde, tel que vous l’avez connu, quelle serait sa vision de la Kabylie d’aujourd’hui ?
Je suis déjà certaine que la Kabylie ne serait pas ce qu’elle est devenue.

Un dernier mot…
J’aimerais que ma carte d’identité me représente. Quand on parle d’une langue officielle, il faut qu’elle soit représentée sur ma carte d’identité. Pour un jeune de 18 ans en quête d’identité, voir sur la carte l’arabe et le français, sans tamazight, veut dire qu’il n’est pas représenté, ce sont deux langues étrangères pour nous. On ne peut pas reprocher aux jeunes de se radicaliser. Ces jeunes-là ne font que raviver ce qu’avait revendiqué Matoub Lounes.

Entretien réalisé par Kamela Haddoum.

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