Par DDK | 15 Novembre 2017 | 766 lecture(s)

Dahmani Nadia, coordinatrice de wilaya et tête de liste MPA à l’APW de Bouira

«Il faut savoir écouter le citoyen»

Dans cette course aux élections APC et APW, de nombreux candidats promettent monts et merveilles aux électeurs. Pour la candidate du MPA, le ton est beaucoup plus pragmatique, d’autant que lors du précédent mandat à l’APW, les élus de cette formation politique se sont distingués en demeurant à l’écoute des citoyens.

La Dépêche de Kabylie: Quel bilan faites-vous de la dernière mandature au sein de l’APW ?
Dahmani Nadia: Lors de notre dernier mandat, nous avions décroché six sièges à l’APW de Bouira, dont deux occupés par des femmes. Notre équipe a fait preuve d’une coordination sans précédent pour les deux commissions qui nous ont été attribuées, à savoir celle de l’aménagement du territoire et celle des télécommunications. Cela en plus d’avoir assuré une vice-présidence détachée. Par ailleurs, nous avons eu des échos auprès de la population que notre bilan est très positif. Il faut dire que nous avons fait nos preuves sur le terrain, aussi bien dans les commissions dans lesquelles nous siégions qu’auprès des citoyens qui nous ont remerciés pour le travail accompli par les élus APW du MPA. D’ailleurs, les registres de doléances de l’APW témoignent de nos efforts durant les cinq dernières années et permettent d’avoir un récapitulatif de notre travail, de nos activités et notamment des appréciations favorables des citoyens qui nous ont vus à l’œuvre. Chaque jour, de 9 heures à 17 heures, notre bureau était ouvert au public et nous recevions des citoyens pour qui nous étions en permanence à l’écoute. Je tiens à préciser que le MPA de Bouira est le seul parti politique qui n’a jamais fermé son bureau à l’APW au cours de notre précédent mandat. Pour les élections du 23 novembre prochain, nous présenterons des listes communales auprès de 19 APC en plus de la liste APW de Bouira. Nous sommes structurés dans 38 communes mais nous n’avons pas pu fournir de listes dans certaines APC par manque de temps. Nous avons eu des empêchements de dernière minute, mais nos militants demeurent toujours mobilisés et nous soutiennent dans toutes nos sorties de proximité au cours de cette campagne électorale.

Quels sont les grands axes de votre programme ?
La citoyenneté avant tout. Nous privilégions le relationnel avec le citoyen et sommes toujours à l’écoute des doléances soulevées. Doléances citoyennes pour lesquelles nous accordons une attention particulière et nous essayons de faciliter les démarches des citoyens en les écoutants d’abord, en les orientant ensuite, et en les accompagnants dans la mesure du possible. Vous savez, le citoyen est très heureux lorsqu’il a une oreille attentive devant lui, surtout lorsqu’on lui prodigue des conseils, il se sent vraiment soulagé. Il ne demande pas et ne s’attend pas à ce que son problème soit solutionné en un claquement de doigt, mais il fait preuve de satisfaction en s’apercevant que ses doléances font preuve d’une attention particulière par nos élus qui l’assistent ou l’orientent. Vous savez, en tant qu’élus à l’APW on ne peut pas régler tous les problèmes. On en règle certains, on tente d’améliorer les choses à notre niveau, aussi bien avec nos relations qu’avec l’administration. Je suis élue du peuple mais également fonctionnaire de l’administration et c’est ainsi que de nombreux problèmes ont pu être réglés. Lorsqu’on s’attaque à un problème qui peut se résoudre au niveau local, on le fait, sinon nous avons nos députés qui prennent le relais à l’APN et qui s’en charge. Vous savez, le citoyen déteste qu’on lui mente en lui promettant monts et merveilles ou en lui faisant de fausses promesses. Lorsqu’un problème nous dépasse, nous sommes francs et nous disons la vérité. Cependant, nous ne nous arrêtons pas là. Nous soulevons le problème, le portons en haut lieu en espérant une solution rapide. Les préoccupations citoyennes sont d’ordre assez terre-à-terre. Trouver un emploi pour faire vivre sa famille est déjà une préoccupation majeure au sein de la société. Alors, lui faire miroiter des activités touristiques même à quelques kilomètres de chez lui, c’est son dernier souci. Au MPA, nous respectons la base citoyenne et ses préoccupations qui sont de se procurer de l’eau potable et une alimentation saine avant tout.

Quels sont vos projets prioritaires?
Nous avons des projets avec nos jeunes militants, et ce, dans tous les secteurs. Nous avons établi une batterie de propositions que nous allons formuler auprès de l’Assemblée populaire de wilaya, notamment dans le cadre de l’investissement, du tourisme également, de l’agriculture, du sport… Mais pouvons-nous les appliquer au niveau local ? Bien dès fois, le problème ne se pose pas au niveau de l’APW mais à haut niveau, auprès des différents ministères. Dans mon esprit, je souhaite vivement que les choses changent et évoluent, mais dire que les élus APW pourront résoudre tous les problèmes soulevés, j’en doute fort, même si nous nous y attelons. Je vous donne un simple exemple, le président de l’APC actuellement ne fait pas le poids devant son Secrétaire général. C’est vous dire que les élus sont logés à mauvaise enseigne et que nos prérogatives sont très limitées. Nous avons notre conscience qui nous guide et nous ne ménageons aucun effort, mais bien souvent nos multiples rapports restent lettre morte sans aucune réponse des instances interpellées. Je vous rassure, nous faisons des propositions dans tous les domaines et tous les secteurs et même au niveau national, pas uniquement sur le plan de notre wilaya. Nous rédigeons régulièrement des propositions à nos députés qui eux à leurs tours les exposent à l’APN pour être débattues lors des plénières. Nous au MPA, nous faisons des propositions concrètes, mais ne faisons aucune promesses aux citoyens, surtout lorsqu’on sait pertinemment qu’elles risquent de devenir des promesses de Gascon car les citoyens en sont blasés. Je vais vous donner un exemple, hier (lundi, ndlr), dans une rencontre de proximité citoyenne nous étions dans le petit village de Zaknoun, commune d’El Adjiba. Une localité qui n’a, jusqu'à aujourd’hui, pas encore été raccordée au réseau AEP, malgré sa proximité du barrage de Tilesdit. Un comble, lorsqu’on sait que les ressources hydriques de la wilaya de Bouira permettent l’alimentation en eau potable à plusieurs communes des wilayas de Tizi-Ouzou, Médéa, Sétif et Bordj Bou Arreridj. Nous alimentons 5 wilayas et un village se trouvant à un jet de pierre du barrage de Tilesdit n’est toujours pas raccordé à l’AEP. C’est inconcevable ! Cela va faire 24 mois que ces wilayas bénéficient de l’eau de Bouira, alors que nos propres villages sont dépourvus de cette denrée vitale. On voit clairement que les élus qui se sont succédé à la tête de cette APC n’ont pas tenu leurs promesses pour prendre en charge le raccordement de cette localité, et je peux vous dire que les habitants de ce village ont été déçus par l’attitude de leurs élus car ils auraient dû avoir le sens des responsabilités.

Quelle est la part de l’investissement dans votre programme?
Nous avons beaucoup de propositions, notamment dans le secteur de l’investissement qui doit être revu dans le fond et dans la forme. Je prends l’exemple de l’extension de la zone industrielle. Une de mes propositions que j’avais faite au président du parti MPA lorsqu’il était ministre chargé de la promotion de l’investissement. Par la suite, M. Benyounès était venu à Bouira lors d’une visite officielle et il nous a accordé l’extension de cette zone. Si on fait un petit récapitulatif depuis sa visite sur le site d’Oued El Berdi jusqu’à aujourd’hui, c’est vrai, on voit que la zone s’est développée, les investisseurs affluent et certains sont déjà entrés en production. Cependant, je déplore que le citoyen de Bouira ne tire pas vraiment profit de cette zone. Vous prenez l’usine de ciment de Sour El Ghozlane, ou du Complexe des détergents de l’ENAD pour ne citer que ceux-ci, le citoyen de la localité bénéficie uniquement des retombées néfastes de ces industries, à commencer par les multiples cas de cancer du poumon recensés dans cette région. Il faut savoir qu’il y a un taux très élevé de cancers de poumons à Sour El Ghozlane, El Hachimia et Bouira sans que la wilaya ne perçoive une contrepartie fiscale. Le taux de cancéreux à travers la wilaya de Bouira dépasse tout entendement surtout avec l’amiante. Cette manne qui nous échappe pourrait servir à réaliser plusieurs projets d’envergure à Bouira, comme des espaces verts, des forêts récréatives. J’ai assisté à de nombreux débats où des gens remerciaient des gros investisseurs qui ont choisi la wilaya de Bouira pour implanter leurs projets. Personnellement, je ne vois pas pourquoi les remercier car si l’assiette recevant leurs projets est située à Bouira, leurs impôts sont versés la plupart du temps à Alger où se trouve le siège social. C’est triste à dire mais c’est un constat, la wilaya de Bouira ne bénéficie d’aucun avantage sur la fiscalité qui est reversée hors wilaya. La loi stipule que pour plus d’un million de dinars, les impôts sont reversés dans la ville où se trouve le siège social de la société. Nous sommes contre cette loi et nous allons faire des propositions pour que les impôts soient reversés dans la ville où est implantée l’activité industrielle polluante.

Quelles sont vos consignes pour les candidats MPA au niveau des APC ?
Les consignes données aux candidats MPA briguant les mandats des APC sont claires : ne pas mentir au citoyen. Au MPA, on ne ment pas. Tous les candidats des partis politiques en lice disent «votez pour nous le jour J», moi je dis simplement allez voter pour la personne qui vous inspire confiance. L’essentiel est d’aller voter, de ne pas laisser des gens choisir à votre place. Il faut donner sa voix à la personne qui la mérite et qui peut assurer un changement positif pour éviter de revenir en arrière. Il est temps de renouveler et de rajeunir les têtes au niveau des APC. Il y a des élus qui ont 5 ou 6 mandats derrière eux. Si un élu ne fait pas preuve d’efforts à ses débuts, il n’en fournira jamais. Sur nos listes au MPA nous avons 50% de femmes et 30% de jeunes. Des cadres dynamiques compétents et disposant d’une expérience avérée au service de la société. Le plus âgé de nos candidats est un quinquagénaire et c’est le seul. Le reste est composé d’enseignants, intellectuels, directeur d’établissements, des chefs d’entreprises, un cocktail de la société, en quelque sorte, avec des gens cultivés, respectés et respectables qui sauront prendre en charge les doléances citoyennes et gérer les affaires de la cité.

Entretien réalisé par Hafidh Bessaoudi

0