Par DDK | 17 Juillet 2017 | 654 lecture(s)

AMAR SALMI, directeur du tourisme et de l’artisanat de Bouira

«En plus du tourisme de montagne, on a aussi le thermal à développer»

Le directeur du tourisme et de l’artisanat de la wilaya de Bouira, M. Amar Salmi, évoque dans cet entretien les projets de son secteur et les contraintes, notamment du foncier, auxquelles il est confronté.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous présenter le secteur que vous gérez ?
Amar Salmi : Le secteur du tourisme dans la wilaya de Bouira compte huit établissements hôteliers, d’une capacité d’hébergement de 1 120 lits, dont trois sont classés. Ce parc hôtelier emploie environs 513 personnes. Il faut signaler qu’en 2003, les capacités d’hébergement ne dépassaient pas les 350 lits et le nombre des structures était seulement de trois (03). Le secteur a beaucoup évolué ces dernières années et de nouveaux investissements ont été réalisés. La wilaya compte aussi 17 agences de voyages, 13 associations touristiques, dont 2 offices. Bouira recèle de nombreux sites touristiques dont un bon nombre est situé en montagne. Le plus connu reste celui de Tikjda. En plus du tourisme de montagne, la wilaya recense également un site thermal, celui de Hammam Ksana dans la commune d’El Hachimia. En 2016, le complexe a accueilli près de 87 372 visiteurs. Sur le plan du foncier, la wilaya dispose de cinq (05) zones d’expansion touristiques (ZET), susceptibles d’accueillir des projets. Il s’agit de Toumliline 1 et 2, Errich, Hammam Ksana et Tala Rana. Les études de ces ZET ont d’ores et déjà été achevées. Le dossier du classement de la ZET de Hammam Ksana est en bonne voie et il y a beaucoup de chances qu’elle soit classée très prochainement. Par ailleurs, nos services ont entrepris des démarches et ficelé des dossiers pour proposer quatre (04) autres sites pour étude. Ces sites sont localisés à Sour El Ghozlane, Ahnif, Ain Lahdjar et Aïn Bessam. Ils totalisent près de 108 hectares. Pour le segment de l’artisanat, la wilaya compte 6 000 artisans qui exercent différentes activités traditionnelles, telles que la poterie, le tissage et la bijouterie. Dans la wilaya, on peut distinguer les artisanats de l’art de la production et des services.

Qu’en est-il de l’investissement touristique ?
Douze projets d’investissement dans la branche de l’hôtellerie sont actuellement en cours de réalisation à travers la wilaya de Bouira, pour un coût de 2,5 milliards de dinars. Ces projets vont garantir 1 177 lits supplémentaires et générer 530 postes d’emplois. Le taux d’avancement des travaux de réalisation de ces structures hôtelières avoisine les 66%. En outre, nos services ont reçu 20 demandes d’opérateurs désirant investir dans le domaine hôtelier. D’un montant de 10 milliards de dinars, ces projets visent la réalisation de 1 757 lits et la création de 928 postes d’emplois.

Vous avez évoqué le projet des cinq ZET proposées à la classification. On en parle depuis un bon bout de temps, mais sa concrétisation tarde à voir le jour. Pourquoi ?
Comme je l’ai précédemment dit, une ZET pourrait être classée très prochainement et il s’agit de celle de Hammam Ksana. Le dossier est en bonne voie. Pour les autres ZET, nous étions et nous sommes toujours confrontés au problème de la nature juridique des terrains d’assiettes. Les assiettes en question relèvent soit du domaine des forêts, soit du parc national du Djurdjura (PND). La nature juridique des assiettes constitue un blocage et une contrainte de taille. Déjà avant mon arrivée à la tête du secteur, ces mêmes ZET étaient proposées à la classification mais le dossier n’a pas abouti. À chaque fois que des dossiers atterrissent au niveau des services du ministère de tutelle, l’on émit un avis défavorable. Sur cinq dossiers soumis par mes services initialement, un seul seulement est à l’étude. On a commencé avec cinq (05) dossiers de ZET et après le rejet de deux (02), on s’est retrouvés avec trois dossiers pour arriver finalement à un seul dossier. Pour ce dernier dossier, le terrain ne pose pas de problèmes, car il relève de la commune.

À Tikjda, il est question d’insuffler une nouvelle dynamique à l’investissement touristique. Des démarches ont été entreprises récemment dans cette optique, peut-on en savoir un peu plus ?
Effectivement, on mise beaucoup sur l’investissement touristique dans la région de Tikjda qui, faut-il le souligner, dispose d’énormes potentialités. L’ex-wali avait demandé à ce qu’un cahier des charges soit élaboré pour la mise en valeur du site et aussi en vue du lancement des investissements privés. L’objectif étant de promouvoir le tourisme de montagne avec notamment la réalisation de structures d’accueil et de loisirs, tout en préservant le site. Le cahier des charges en question sera transmis aux services du ministère pour appréciation. Si les propositions de sites contenues dans le cahier des charges venaient à être retenues, il y aura de nouvelles assiettes foncières qui seront dégagées au profit des investisseurs privés. Des sites comme Tisserguine, Toumliline et Mimouna pourraient servir à accueillir des espaces récréatifs et loisirs.

Y a-t-il des projets pour promouvoir le tourisme thermal et le site de Hammam Ksana ?
Déjà, il y a une proposition pour créer une zone d’expansion touristique à Hammam Ksana dont le dossier est en bonne voie. On vise aussi à implanter un ou deux projets dans l’activité thermale, et ce, en plus du complexe thermal déjà en activité. À côté de cela, il y a un projet de forêt récréative. Comme vous le savez, au niveau du site de Ksana, on a rencontré quelques contraintes, entre autres, la présence des marchands de l’informel à proximité du complexe thermal. Le wali a proposé à ce que ces jeunes soient pris en charge. Il a suggéré de les installer dans des locaux qui seront bâtis sur le site. Ces locaux seront gérés par l’APC d’El Hachimia. Il y a aussi le conflit autour de l’assiette située devant la station thermale. Selon mes informations, la justice a tranché en faveur de la commune. Le gérant du complexe peut désormais parachever son projet, d’autant plus que sa situation administrative, en particulier le permis de construite, a d’ores et déjà été assainie. Ceci d’une part, d’une autre part, on cherche à implanter d’autres projets dans le thermal et développer les capacités d’hébergement et certaines activités artisanales.

Quels sont les objectifs du secteur à moyen et long termes ?
Vous savez, nous travaillons selon le plan de travail fixé par le schéma du développement et d’aménagement touristique (SDAT). Ceci dit, nous travaillons pour augmenter les capacités d’hébergement hôtelier dans la wilaya. À court terme, nous tablons sur des capacités de 2 200 lits et c’est cela notre objectif. Nous visons aussi la barre des 200 000 touristes à l’horizon 2020. Et si on compte les projets en cours totalisant 1 700 lits en chantier et ceux existant, soit 1 200 lits, on arrivera à 3 000 lits. Si on arrive à réaliser tout cela, on aura réussi un saut qualitatif en termes de capacités d’hébergement. Notre mission est aussi de concrétiser les nouvelles demandes d’investissements et de diversifier les projets dans les créneaux thermal, hôtelier et climatique. Nous espérons également que l’activité des agences touristiques se développe et se concentre plus sur le tourisme à l’intérieur de la wilaya. Car, le développement du touri sme local peut contribuer à l’essor des produits artisanaux locaux et redynamisera l’emploi et l’activité commerciale. Enfin, notre dernier objectif c’est d’en finir avec le problème du foncier qui pose un sérieux problème à Bouira et freine son développement.

Entretien réalisé par Djamel Moulla

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