Par DDK | 14 Septembre 2017 | 2369 lecture(s)

RACHID GHEDOUCHI, directeur du tourisme de Tizi-Ouzou

«Les tiraillements politiques bloquent l’investissement»

Saison estivale passée, le directeur de tourisme de la wilaya de Tizi-Ouzou, M. Rachid Ghedouchi, en fait le bilan. Il parle du tourisme dans la wilaya et de ce qui bloque l’investissement touristique.

La Dépêche de Kabylie : Pourriez-vous nous présenter le bilan de la saison estivale qui vient de s’achever ?
Rachid Ghedouchi : À vrai dire, la saison estivale n’est pas encore terminée, elle s’achèvera le 30 septembre. Je vous présenterai là un bilan provisoire du 1er juin jusqu’au 31 août, en attendant le bilan final. Il faut savoir qu’on a deux sortes de bilans. Le premier, communiqué par la Protection civile, concerne le nombre de baigneurs dans nos plages. Le second est celui de nos offices de tourisme au niveau de Tigzirt et Azeffoun, qui communiquent le nombre d’estivants (fréquentation des plages). Pour cette année, on a recensé 13 560 170 estivants. C’est un chiffre très important, vu qu’on a comptabilisé la fréquentation au niveau du pôle de plaisance de Tigzirt qui était très prisé, notamment durant les nuits de Ramadhan, puisqu’il a comptabilisé 2 532 140 visiteurs à lui seul. S’agissant du nombre des baigneurs, la Protection civile l’a estimé à 3 273 350. Pour le classement des plages, la grande plage de Tigzirt se classe première en matière de fréquentation, suivie de Tassalast. À Azeffoun, la première plage est celle du centre, suivie de Caroubier. Comparativement à l’an dernier, l’on a enregistré une hausse du nombre d’estivants. Ils étaient quelque 11 millions. Pour la fréquentation des onze hôtels balnéaires cette année, le nombre d’arrivées était de 8 021, dont 1 023 y ont passé la nuit. Ainsi, comparé toujours à l’an passé, l’on a enregistré une légère augmentation de 1 000 nuitées. S’agissant du nombre d’interventions au niveau des plages, celui-ci s’élève à 1 091. Le nombre des décès enregistrés est de deux.

Vous avez bien précisé dans vos statistiques qu’il s’agit d’estivants. Qu’en est-il des touristes ?
Est-ce qu’on peut parler de tourisme à Tizi-Ouzou? Il nous reste du chemin, mais on évolue. L’augmentation du nombre des estivants en est, déjà, un bon signe. Aussi, cela signifie quelque part qu’il y a une stabilité, qu’on se sent en sécurité... Ce son des éléments très importants. Il y a aussi des infrastructures qui ne sont pas tout à fait achevées, mais elles sont là. La nouveauté pour cette année, justement, en matière d’infrastructures touristiques, c’est l’autorisation de la réalisation de deux camps de toile d’une capacité de 960 lits. Un à Tigzirt et un autre à Azeffoun. Cela a drainé pas mal de personnes. On a aussi autorisé la location chez l’habitant. On a recensé à Tigzirt, par exemple, plus de 2 800 appartements. On a invité leurs propriétaires à se rapprocher de la direction du Tourisme pour avoir les autorisations de location. On en a délivré une quinzaine. Donc, pour revenir à votre question, au niveau balnéaire, le nombre des touristes étrangers enregistrés pour les deux mois de juin et juillet est de 149. L’an dernier, à la même période, on en était à 136. On n’a pas encore les statistiques du mois d’août, mais les touristes sont majoritairement des Français et des Italiens, puis en troisième et quatrième positions, des Turcs et des Tunisiens. Pour la wilaya entière, je suis certain que le bilan est positif. Il y a une augmentation d’année en année. On aura prochainement les statistiques. Il faut signaler que la commission interministérielle a constaté que l’état de nos huit plages autorisées à la baignade est satisfaisant.

Où en êtes-vous avec l’opération de réhabilitation des hôtels ?
En bonne voie. Pour les hôtels Lalla Khedidja, Le Balloua et Le bracelet d’argent, qui dépendent de l’ETK, les travaux ont déjà commencé. Ils sont en phase de démolition (démolir ce qui est à refaire). Pour ceux qui dépendent de l’UGT Centre, par contre : Amraoua, Tamgout et Tala Guilef, on a connu une paralysie, car une entreprise a abandonné le chantier d’Amraoua. Celui de Tamgout est en cours. Et pour Tala Guilef, on attend l’arrêté. Le terrain est forestier, il faut le déclasser, et la procédure est en cours. L’entreprise sera normalement installée en ce mois de septembre.

Plusieurs projets relevant de votre secteur seraient gelés. Vous confirmez ?
On n’a pas beaucoup de projets gelés. On a l’étude pour la réhabilitation de la station de Tala Guilef. Elle date de 2012. Il s’agit de la câblerie du télésiège. On nous a donné un montant de 10 millions de dinars à cet effet. On a demandé une réévaluation pour pouvoir lancer un appel d’offres international, mais il a été gelé. Toutefois, on a décidé d’attribuer le projet à un privé en concession. La décision a été prise par le wali. Le deuxième projet a trait à la réalisation de sites autour du barrage de Taksebt. Les études sont presque achevées, et on a les données de la première et de la deuxième phase. Le bureau d’étude a malheureusement abandonné la troisième phase. Le temps de le relancer, le projet a été touché par le gel. On va aussi recourir à la concession. Concernant la maison de l’artisanat, le projet est achevé. Celle-ci sera inaugurée le 24 septembre si la visite du ministre est maintenue. Cette structure est composée de 37 locaux. Pour la réalisation de la pépinière d’entreprise au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou, l’étude est achevée, mais la réalisation est gelée. Quant au projet du centre d’information et d’orientation touristique à Oued Fali, l’étude est achevée, mais la réalisation est bloquée. On envisage aussi d’aménager huit plages, quatre à Tigzirt et quatre autres à Azeffoun. L’étude étant achevée, on attend la réalisation.

Arrive-t-on à parler rentabilité du secteur au niveau de la wilaya ?
Je n’ai pas encore les chiffres, mais je peux dire que oui, le secteur est rentable. On a une côte maritime qui s’étend sur deux daïras. Le problème qui se pose, en revanche, ce sont les tiraillements politiques au niveau de cette wilaya. Ceux-ci bloquent l’investissement touristique et nous ont fait perdre beaucoup de temps. L’investisseur demande un permis de construire, c’est tout. Les élus locaux bloquent le processus, les tendances politiques des uns et des autres y sont pour beaucoup dans certains cas. Si l’investisseur n’est pas de la tendance politique du P/APC, s’il est étranger à la commune, il est rejeté. Alors que c’est l’APC qui bénéficiera de la fiscalité, et en créant des postes d’emploi.

Quelles solutions pour booster le tourisme dans la wilaya ?
Puisqu’on ne peut plus compter sur l’argent de l’Etat, on doit se reposer sur le privé. Pour ces derniers, beaucoup d’obstacles bureaucratiques sont posés. Cela dit, on a avancé par rapport aux années précédentes, on a allégé la procédure. Pour que le tourisme se rafraîchisse dans la wilaya de Tizi-Ouzou, il faut qu’il y ait des infrastructures. Pas forcément de luxe, ce n’est pas ce que voudrait un touriste. On a quatre investisseurs qui ont déposé pour la construction d’hôtels cinq étoiles. Il faut réaliser des infrastructures accessibles à tout le monde : les villages de vacances, les camps de toiles, les bungalows,... Cette année, on a fait l’expérience des camps de toiles. Et rien que celui du Petit paradis à Azeffoun, de capacité de plus de 600 lits, a drainé toutes les catégories des citoyens. Il y a aussi un autre paramètre très important : le changement des mentalités. Pour développer le tourisme dans la wilaya, il faut accepter l’étranger et respecter sa culture et différence. Sur ce point précis, on est bien par rapport à d’autres wilayas. D’ailleurs, même la commission interministérielle l’a constaté. Il faut qu’on accepte aussi la réalisation de certains projets et régler définitivement ce problème d’opposition. On a 85 km de côte, elle est vierge, mais sur papier, elle est saturée. Beaucoup de projets sont rejetés par la population, notamment les ZET. Il y a du positif aussi chez nous. Le côté traditionnel, il faut le promouvoir. L’activité artisanale a drainé pas mal d’estivants pendant les Fêtes du bijou, du tapis... Le village commence aussi, grâce à ces manifestations justement, d’attirer de plus en plus la curiosité des locaux comme des étrangers. Cela fait découvrir les produits du terroir et la culture locale. On a commencé aussi un travail de sensibilisation auprès d’associations locales et de comités de villages à la création d’associations et offices de tourisme. Chaque village dans la wilaya de Tizi-Ouzou est un site touristique.

Entretien réalisé par Kamela Haddoum.

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