Par DDK | 7 Janvier 2018 | 1640 lecture(s)

Alger - Paris - Crânes des résistants algériens conservés en France

L’Algérie demande officiellement la restitution

L’Algérie a demandé, officiellement, aux autorités françaises la restitution des crânes des résistants algériens, conservés depuis près de deux siècles au musée de l’Homme de Paris.

Elle a réclamé, en outre, la récupération des archives datant de la période coloniale. Une mission dont s’est chargé, selon l’agence officielle, le ministre des Affaires étrangères, brisant ainsi un tabou historique entre les deux pays. La démarche a été initiée suite à la dernière visite du Président français Macron et son entretien avec le Président Bouteflika. M. Macron avait annoncé que «la France était prête à restituer à l'Algérie les crânes de ses résistants et à lui livrer des copies des archives concernant l'Algérie de 1830 à 1962». A cet effet, deux demandes ont été adressées, mercredi dernier, au ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a-t-on indiqué à l’ambassade de France que cite l’APS. Notons que les discussions autour de cette question mémorielle ont été engagées il y a plus d’une année entre les deux pays. Dans le cadre de la coopération bilatérale, trois sous-commissions ont été mises sur pied pour le traitement de ce dossier. Du côté de la France, l’on estime que la démarche de l’Algérie constitue une véritable avancée dans la coopération mémorielle entre les deux pays. «Il y a lieu d'admettre que la coopération algéro-française a connu ces dernières années un bond quantitatif et qualitatif dans tous les domaines, toutefois la question de la mémoire est restée suspendue en raison de ses dossiers qualifiés de "sensibles" et de "complexes", legs d'une colonisation sanglante», précise-t-on. Pour rappel, lors de la visite du ministre des Moudjahidine, Taib Zitouni, en France en 2016, il avait déclaré : «Nous n’avons avec la France aucun différend. Nous avons seulement des dossiers en suspens qui empoisonnent constamment nos relations… Le langage et le ton ont changé (du côté français) et il en est de même pour certaines positions, notamment celles liées à notre histoire commune». A ce jour, seule la restitution des archives est toujours insatisfaite, même si une infime partie a été réceptionnée, environ 2 % de la totalité existante en France, selon le ministre des Moudjahidine. Un rapport de la Cour des comptes française, publié en février 2017, a fait état d'un volume important d'archives qui n’a pas encore été ouvert depuis leur rapatriement d’Algérie en 1962. Les archives restituées sont seulement celles de la période ottomane (antérieures à 1830), qui avait été emportées «par erreur», selon le même rapport. En 2008, la Télévision algérienne a reçu de l’Institut français de l’Audiovisuel (INA) un patrimoine de 400 heures d’images vivantes (1 862 documents) tournées entre la Seconde Guerre mondiale et l’indépendance de l’Algérie (1940-1962). En ce qui concerne les 36 crânes de résistants algériens, conservés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, c'est le chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, qui les a découverts dans le cadre de ses travaux de recherche. Ce spécialiste de l’histoire antique et de l’épigraphie libyque et phénicienne, qui s’intéresse également à la période coloniale, avait précisé en 2011 à l'APS que certains fragments de corps étaient conservés au MNHN de Paris, depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection ethnique du musée. Les restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif "Boubaghla", au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa El-Hamadi, qui fut le lieutenant du Cherif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader. Depuis, plusieurs pétitions ont été lancées appelant les autorités algériennes à entreprendre auprès de l’Etat français, «les démarches nécessaires» au rapatriement en Algérie de ces restes mortuaires, rappelle-t-on. Les appels ont donc finalement été entendus.

Synthèse de Kamela Haddoum.

0