Par DDK | 13 Février 2018 | 1825 lecture(s)

Cenk Ilker, directeur du projet de modernisation de la route des gorges de Kherrata

«Terminer le projet dans sa conception initiale d’ici 2019»

La modernisation de la route des gorges de Kherrata a connu des remous et des modifications depuis son lancement en 2015. Le chef du projet turc, Cenk Ilker, en parle.

La Dépêche de Kabylie : Quel est le taux actuel de l’avancement des travaux ?
M. Cenk Ilker : C’est un projet très difficile à réaliser, vu son emplacement et le relief de la région où il est implanté. Au début, nous avons mis une année et demie pour trouver des solutions économiques et techniques. Le projet était prévu pour 28 mois, mais sa conception a changé par la suite et la durée de réalisation est passée à 42 mois. Le premier tunnel, que nous avons commencé à creuser en 2015, est lui terminé. Lors de sa dernière visite, le ministre des Travaux publics nous a demandé de libérer à la circulation la partie située entre le Pont Hinouze et Kherrata d’ici le mois de septembre 2018. Nous avons accepté à condition de rajouter le nouveau tunnel situé dans cette zone comme avenant dans le lot-tunnel. Sans ce tunnel, il serait en effet impossible de livrer ce tronçon et de le rendre praticable. Pour l’instant, nous n’avons pas reçu de réponse concernant cette demande et nous attendons toujours un signal. Concernant l’avancement des travaux, nous sommes à 80%. Le lot-tunnel est terminé à 100%, alors que pour les ouvrages d’arts, nous en sommes à 80 %. Mais si on compte les avenants, nous n’en sommes qu’à 60%. Si aucun problème de payement ne survient, nous comptons terminer le projet dans sa conception initiale d’ici janvier 2019.

Qu’en est-il des trois nouveaux tunnels qu’il faudrait réaliser pour terminer le projet dans sa globalité ?
Au début, il était question de creuser un seul tunnel d’une longueur de 400 mètres. Mais avec les changements opérés dans le projet et décidés par l’Etat algérien en concertation avec l’entreprise, le creusement de trois nouveaux tunnels d’une longueur globale de 1135 mètres s’est imposé pour mener à bien ce projet. Le coût de réalisation de ces trois tunnels a été estimé à trois milliards de dinars.
Sans ces trois tunnels, la circulation ne pourra pas être libérée même si nous terminons ce projet dans sa conception initiale au mois de janvier 2019 et tout l’argent dépensé n’aura servi à rien. Pour l’instant, rien n’a encore été décidé quant à la date de leur réalisation ni par qui. Comme les différents appels d’offres déjà lancés ont été, soit infructueux soit annulés, et comme la législation algérienne interdit de confier aux étrangers des projets de gré à gré, la situation reste bloquée malgré toutes les tentatives. Nous attendons toujours la décision de l’Etat algérien pour y voir plus clair.

Si on vous charge de leur réalisation, d’une manière ou d’une autre, combien de temps dureront les travaux ?
Si, comme vous dites, la réalisation de ces trois tunnels nous est confiée, nous les attaquerons en même temps tous les trois et nous les terminerons dans quatorze mois. Cela veut dire qu’ils seraient finis en même temps que le reste des travaux. D’ici, approximativement, début 2019, le chantier sera livré dans sa globalité.

A plusieurs reprises, vos ouvriers ont annoncé des débrayages pour retard dans le payement des salaires, qu’en est-il actuellement de la situation financière du projet ?
Sur ce volet, Özgün a fait beaucoup d’efforts. Le coût des travaux déjà réalisés depuis le début du chantier s’élève à 17 millions et demi d’euros et, pour l’instant, Ozgün a déboursé de sa poche seize millions d’euros pour ne pas arrêter les travaux. Et si nous avons avancé cette somme, c’est que nous avons une entière confiance en l’Etat algérien. Mais, malheureusement, les situations les plus importantes ne sont pas encore réglées à ce jour, pour diverses raisons. Si cette situation persiste, Özgün aura des difficultés à payer les ouvriers à chaque fin de mois et des contestations seront toujours à l’ordre du jour. Une situation que nous ne souhaitons pas bien sûr.

Beaucoup de rumeurs courent concernant l’ouvrage d’art pour l’évitement du chef-lieu de Taskriout (Bordj-Mira). Est-il vrai qu’Özgün a eu
des garanties quant à sa réalisation ?
Certes, cet ouvrage est à l’ordre du jour. C’est un pont de 600 mètres que l’Etat algérien voulait annexer au projet de modernisation des gorges pour ne pas asphyxier la circulation au niveau du chef-lieu de la commune de Taskriout. L’Etat algérien a voulu ériger un pont adjacent au pont déjà existant, pour éviter de passer par Bordj-Mira, car si cet évitement n’est pas réalisé en même temps que le reste des travaux, la circulation, surtout en période estivale, en pâtira. Mais, bien qu’il soit pris en considération, sa réalisation n’a pas encore été décidée.

La non-sécurisation des parois au niveau des gorges a causé des difficultés durant les travaux, qu’en serait-il après livraison ?
Les chutes de pierres durant les travaux ont une influence négative sur l’état d’esprits des ouvriers car le sentiment d’insécurité est omniprésent. Après chaque période de pluie, des chutes de pierres ont été enregistrées. De même, après le tremblement de terre enregistré dernièrement dans la région, il y a eu des chutes de rochers. Heureusement, cela n’a occasionné que des frayeurs et aucun décès n’a été enregistré grâce à l’application stricte des consignes de sécurité. Après livraison du chantier, les chutes de pierres continueront et les automobilistes emprunteront cette route avec le même sentiment d’insécurité qu’avant. La modernisation de la route des gorges de Kherrata a été décidée, en grande partie, à cause de l’insécurité liée aux chutes de pierres sur la chaussée. Sans la sécurisation des parois, tout le travail accompli et tout l’argent dépensé n’auront servi à rien.

Le pont Hinouze revêt une importance historique liée aux massacres du 8 mai 1945. Qu’a-t-on décidé pour ne pas altérer ce symbole de la lutte du peuple algérien ?
D’abord, c’est pour cette importance historique que l’Etat algérien a décidé d’édifier un nouveau pont sans détruire l’ancien qui en effet un patrimoine historique. Et c’est pour contribuer à la sauvegarde de cette mémoire historique de l'Algérie, que la société Özgün a décidé, de son côté, d’édifier, à cet endroit et à ses frais, une stèle d’une hauteur de 6 mètres et de 4 mètres de largeur. Plusieurs tombeaux de martyrs y seront installés. Ceci, pour rendre hommage, à notre façon, à tous les martyrs tombés pour la liberté, que ce soit ici en Algérie ou ailleurs dans le monde. C’est notre cadeau pour la région et pour tout le pays.
Entretien réalisé par Saïd M.

0