Par DDK | 30 Juillet 2018 | 968 lecture(s)

Point d'ordre

L’artisanat, l’armurerie d’Ath Yenni et la menace de la modernisation

Par S. Ait Hamouda
La Fête du bijou est, depuis jeudi dernier, ouverte au public et artisans. Elle était attendue par tous tellement elle met en valeur le bijou traditionnel et permet aux artisans de jauger leurs performances. Cela dit, une occasion fêtée dans un lieu aussi marqué par la tradition voilà des lustres. Ath Yenni était, depuis la nuit des temps, le berceau des poètes, de romanciers, d’essayistes, de musiciens et aussi de faussaires. Population rebelle et inspirées. Sa rébellion, elle l’avait assumée contre les Turcs en payant l’impôt avec une monnaie de singe et aussi en produisant des fusils, des pistolets, des couteaux et des sabres. Ath Yenni est cette «septapôle» vivante dans un écrin arboricole, au pied du Djurdjura qui la protège et la sublime. Elle était jadis à son artisanat, une main, une voix, une tisseuse qui tresse ses objets avec dextérité, mais qui se laisse aller à une modernisation de mauvais aloi. Elle suit avec nonchalance ce qui se fait aujourd’hui sans se forcer le talent, sans créativité. Cependant, elle va, au gré des modes, avec son passé en moins. Il va de soi que l’ «aheddad» de naguère était plus soucieux de la justesse, du respect du diadème, ou de la boucle d’oreille, ou de l’ «ameqias» plus que celui d’aujourd’hui. Autre temps, autre mœurs. Ne voilà-t-il pas que les changements intervenus dans la fabrication du bijou, à la va-vite, lui enlèvent son authenticité, son identité et son nom. Il faut ou revenir aux origines de ces pièces qui ont défié le temps et les occupants, ou choisir le style qui sied à ce village hors du temps et pourtant, il (le village) persiste à se montrer beau, rebelle, mais l’usage veut qu’il n’y ait plus le vieux et c’est le neuf qui compte. Quoi qu’il en soit, l’argent, l’artisanat, sans ce qui l’accompagne comme matière, que ce soit le corail ou l’émail qu’on ne retrouve plus dans le bijou, c’est le final qui sert au plus haut point ces métiers. Aujourd’hui qu’on retrouve cet artisanat comme l’on fait les vieux ou qu’on l’enterre.
S. A. H.

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