Par DDK | 11 Aout 2018 | 2841 lecture(s)

Takfarinas parle de sa tournée, de ses projets et de plein d’autres questions...

«J’ai un double album pour début 2019»

Takfarinas est de retour ! Chacune de ses sorties est un nouveau, un inédit voyage. Sa musique s’écoute et se danse à la cadence d’une voix étonnante. Dans le milieu professionnel, Takfarinas fait l’unanimité. Il force l’admiration, la considération et le respect. Il est fort remarquable par sa rigueur et sa discipline et son sens d’improvisation très aigu. Il a indéniablement contribué à déghettoïser la musique kabyle. En tournée nationale, qui démarre aujourd’hui de Béjaia. Pendant six soirées, à pleins poumons, comme au combat, Takfarinas racontera l’Algérie et le monde. Dans cette interview exclusive à la Dépêche de Kabylie, comme à son accoutumée, il nous répond sans détours…

La Dépêche de Kabylie : Vous revenez en Algérie pour une tournée nationale, c’est un rêve qui se réalise ?
Pour une première, oui. Je suis toujours heureux de revenir voir les miens même pour un seul concert. J’allais dire pour une seule chanson. Juste un moment de communion. Enchaîner six spectacles de suite est donc un rêve qui se réalise, je suis d’accord avec vous.

Heureux ?
Oui, très heureux de retrouver les miens. Ceux-là même qui sont mon oxygène artistique. Heureux de commencer ce pèlerinage par Béjaïa, avant de me rendre à Oran, Constantine, Aokas, Tigzirt… Heureux de faire ce que j’aime le plus, communier avec mon public.

Pourtant, on vous sent un peu amer…
Je ne pense pas que ce soit de l’amertume. Disons un peu de tristesse. Et je pense qu’il y a de quoi, quand on sait qu’en plus de trente ans de carrière, je n’ai fait qu’une quinzaine de concerts dans mon pays. Et là, j’en fais six de suite en dix jours…

Vous en connaissez les raisons ?
Elles sont multiples et variées. Qu’elles soient objectives ou subjectives, je pense qu’elles sont connues. Revenir là-dessus prendra trop de temps. Et puis qu’importe les raisons. S’il est vrai qu’il ne faut pas occulter et encore moins oublier les erreurs du passé, il est temps de nous occuper de l’avenir, c’est ce qui importe le plus.

Vous l’avez dit précédemment, cette tournée vous est tombée du ciel…
Oui, on peut dire ça. J’ai dit aussi que mon pays me manque, que je n’ai pas chanté à Batna depuis 28 ans. C’est frustrant quand un artiste ne rencontre pas les siens, là où ils se trouvent. Surtout dans les coins les plus reculés du pays. J’ai cité Batna comme j’aurais pu citer n’importe quelle ville ou village d’Algérie où je ne me suis pas rendu. J’aime le moindre recoin de mon pays. J’aime mes compatriotes, là où ils se trouvent…

Et quel est le coin dans lequel vous aimeriez le plus vous produire ?
ATablat…

Pourquoi ?
C’est un no man’s land, qui en plus n’est pas loin de la capitale. Un coin «inconnu» qui n’est pourtant qu’à 70 km d’Alger. Et des «Tablat», il n’y a que cela en Algérie. Pas une parcelle, pas un Algérien de ce pays ne doit être considéré comme mineur ni ne doit être oublié. C’est à nous d’aller vers eux. Quand quelqu’un vous tend la main, il faut faire un pas vers lui pour la lui serrer. Et si j’arrive à me produire dans une de ces régions-là, je serai comblé. Pour moi, tous les Algériens, là où ils se trouvent, méritent les mêmes égards et le même respect. De Tamanrasset à Sidi Fredj, je me sens partout chez-moi. Et le souhait de tout artiste qui se respecte est d’aller partager avec les siens, ses craintes et ses espoirs. Qui peut mieux que la culture, et la chanson en particulier, semer l’amour et la fraternité entre les gens ? La musique est la langue de l’amour, c’est la voie de l’espoir. Elle est la nourriture de l’âme.

Revenons à votre tournée qui débute samedi (ndlr aujourd’hui) et qui vous emmènera dans plusieurs villes du pays. Comment la voyez-vous ?
Je ne peux pas la voir. Avant de commencer ma tournée, je ne peux que rêver. Et dans mon rêve, elle m’apparaît belle, festive et fraternelle. En attendant que le songe se réalise, ce que je peux dire c’est que je suis en pleine forme. Ma joie redouble mes forces et celles de tout mon groupe. Ensemble, nous n’avons ménagé aucun effort pour être à la hauteur de tous ceux vers qui nous allons. Et cela ne m’empêche pas d’avoir peur de mal faire. J’ai un trac fou. Mais cela est le propre des artistes qui respectent leur public.

En Kabylie, on parle toujours de vos deux derniers concerts aux stade de Béjaïa et de Tizi-Ouzou … Plus de 20 000 personnes y ont assisté.
Avant de vous répondre, par souci de sincérité, je dois dire que la «scène», où qu’elle se trouve, est sacrée pour moi. Je ne fais aucun calcul. Je m’offre entièrement et sans parcimonie à tous ceux qui viennent me voir. Et qu’importe le lieu ou la dimension de la scène. Pour revenir aux deux concerts de Béjaïa et Tizi-Ouzou, je comprends tout à fait qu’ils soient restés dans les mémoires. Ils étaient tout simplement grandioses. J’ai éprouvé autant, sinon plus, de plaisir que les milliers de fans qui se sont déplacés à ces deux concerts. Je ne peux donc pas les oublier non plus.

Au fil des années et de vos productions, vous êtes devenu une icône de la musique algérienne. Vous sentez-vous une âme de porte-étendard d’une musique ou d’une cause?
Mais alors pas du tout. Je ne me considère que comme une humble pierre d’un immense édifice que des millions d’Algériens, depuis la nuit des temps, ont contribué à ériger et que les générations d’aujourd’hui continuent à fortifier. Je ne suis pas dans la musique en quête d’un quelconque prestige ou tout autre avantage. Je me fais un devoir de perpétuer mes racines musicales. La musique est la langue de l’amour et son synonyme le plus proche, c’est l’espoir. Elle est la nourriture de l’âme. Mais, si aimer son pays, lutter pour son identité amazighe, faire en sorte que ce que je fais, c’est à dire ma musique, soit digne des enfants de mon pays, alors oui, je suis un porte-étendard comme l’étaient, le sont et le seront ceux qui ont l’Algérie dans le cœur.

Et l’engagement, c’est quoi pour vous ?
Les temps ont changé et l’acception des mots aussi. Pour moi, l’engagement c’est d’abord d’être efficace, à son poste, utile à sa société. L’engagement, c’est faire ce qu’on fait, avec amour et sincérité.

Vous avez un public qui vous reste fidèle depuis vos débuts dans la chanson. Ce n’est pas commun. C’est quoi votre potion magique ?
Il n’y a ni potion ni aucun autre secret. Il y a une citation qui dit : «On peut tromper une personne tout le temps, on peut tromper tout le monde quelques temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde, tout le temps». Si le public aime toujours ce que je fais, c’est tout à mon honneur. Je me dis que je ne me suis pas trompé et que je les ai respectés. En fait, dans ce que je fais, je suis mon premier public. Si une composition ou un texte ne me plaisent pas, je les jette. Je ne peux pas faire admettre aux autres ce que moi je refuse. Cela ne m’empêche pas pour autant d’être attentivement à l’écoute de mon public. Il n’y a donc pas de recette précise. Parfois, rien qu’à cappella, un tube peut naître. Je ne vous donne comme exemple que la chanson «Ayassas nezzahriw» qui ne fut ni promotionnée ni accompagnée d’un clip, et pourtant elle a eu le loisir de plaire même à ceux qui ne comprennent pas le kabyle. Maintenant, s’il faut absolument parler de recette, je vous dirai que je suis exigeant dans le processus de création de ma musique. J’aime taquiner la perfection, mais je sais aussi qu’on ne l’atteint jamais.

Aujourd’hui, on parle d’un style Takfarinas, vous êtes à part entière un genre musical : la Yal musique. Mais vous ne pouvez pas ne pas avoir de sources d’inspiration…
Quel est l’artiste de par le monde qui peut prétendre ne pas avoir de sources d’inspiration, de racines artistiques, de muses ancestrales ? Tout se fait en s’inspirant de ceux qui nous ont précédés. Après, il s’agit de s’inscrire dans la continuité, en collant à son temps, en chantant pour la tête, pour le cœur, pour le corps et surtout pour son âme.

Takfarinas est sorti des gares et des sentiers de la Kabylie, il est connu non seulement au Maghreb mais aussi ailleurs…
Je suis fier de chanter pour mes frères de «sang», là où ils se trouvent. Mais, ne trouvez-vous pas que c’est autrement productif quand un artiste chante dans sa langue pour toute l’humanité ? La musique est le langage universel par excellence et, en ce qui me concerne, j’en use en tant que tel. La musique n’est pas seulement un véhicule de communication, elle est mieux, c’est un véhicule de communion.

Cela fait sept ans que vous n’avez pas produit de nouvel album….
Et ça fait sept ans que je souffre et que je cogite.

Et alors… ?
Je suis en studio depuis une année et demie et ce n’est pas fini… Mais disons que je ne suis pas loin de ce que je veux. Le travail est à 80% ficelé. Ce sera un double album. Je devrais finir le travail d’ici la fin de l’année.

C’est quoi la nouveauté ?
J’ai été en quête du nouveau dans le nouveau. Tout ce que je peux dire de plus sur le sujet c’est qu’il y aura beaucoup de duos.

Et la sortie c’est pour…
Normalement ce sera pour le premier trimestre de 2019

Le traditionnel mot de la fin…
Je ne peux terminer que par de la reconnaissance et des remerciements, particulièrement à l’ONDA et à tous ceux qui ont contribué à ce que cette tournée se fasse. Ils sont nombreux. Je tiens à leur témoigner toute ma gratitude et mon respect. Donc rendez-vous à tous. On s’éclatera comme des fous. Anaâm iiiih !

Entretien réalisé par Ahmed Ammour

Le 11 août : Béjaïa (stade scolaire) Entrée gratuite.

Le 13 août : Oran (Théâtre de verdure) Entrée gratuite.

Le 15 août : Constantine (Esplanade centre culturel) Entrée gratuite.

Le 17 août : Alger (Esplanade Riadh el Feth) Entrée gratuite.

Le 19 août : Aokas (Stade) Entrée payante.

Concert à caractère humanitaire.

Le 20 août : Tigzirt (Espace Louni) Entrée payante 1500 DA

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