Par DDK | 12 Aout 2018 | 3708 lecture(s)

Béjaïa - Les forces combinées de sécurité en action sur le littoral Est

Opération coup de poing sur les plages

Mercredi, au niveau de la cour de la brigade de Gendarmerie de Nacéria, au centre ville de Béjaïa, un briefing express eut lieu, pour expliquer aux agents des deux corps de sécurité, BRI et gendarmes, la manière globale de l’intervention.

«Ne laissez rien au hasard, fouillez les tentes et les personnes suspectes et surtout vérifiez les autorisations d’exploitation soit des parkings autos ou des sites de location de parasols, tentes…», dixit les deux hommes à la tête des agents de la force combinée, bleu et vert, respectivement, le commandant Lendj Houari et Bouktir Salim, avant que le convoi parte en trombe vers la cote Est de Béjaïa. Il s’agit de la plus grande opération «coup de poing» des services de sécurité sur les plages de Béjaïa.

L’opération eut lieu en après midi et s’est terminée vers 22H30 par le contrôle d’au moins 5 plages ainsi que la brise de mer. Les deux hommes ont tenu à souligner que cette intervention n’est pas liée à l’affaire de l’agression mortelle du coté de Souk El Tenine. Première escale, la plage Acherit récemment visitée par le ministre du Tourisme. La plage était presque vide. Mais rapidement les agents de sécurité ont met la main sur un groupe d’estivants venus d’une autre wilaya, qui s’adonnaient à la consommation d’alcool. Ils sont âgés entre 22 et 26 ans. Une fouille minutieuse de tout l’endroit et des affaires personnelles de ces jeunes a été faite.

«On ne sait jamais, ils pourraient posséder de la drogue ou des armes prohibées», confia sur place un agent de la BRI. Les malheureux vacanciers ont été embarqués pour «consommation d’alcool dans des lieux publics.» Direction plage Aokas, où des exploitants illégaux de parkings et de carrés de plages ont été interceptés et embarqués. Lors d’un point de presse improvisé, les deux chefs des gendarmes et policiers ont fait état d’arrestation jusque-là de 15 individus pour détention et consommation d’alcool, exploitation sans autorisation et port d’armes blanches.

Même topo au niveau de Baccaro et Tichy, où les services de sécurité en intervention, s’interrogeaient sur l’absence des services de la commune pour le transport des objets saisis sur la plage comme il était prévu. Au niveau des rochers de la plage Grande Terrasse de Tichy, des jeunes qui s’adonnaient à la consommation d’alcool ont été aussi arrêtés. «L’inconscience de nos jeunes, du danger de l’alcool sur les plages, en risque de chute ou de noyade, est déplorable.

Nous devons nous débrouiller pour saisir toutes ces tentes et parasols et nous sommes vraiment étonnés que le maire de cette commune n’ait pas honoré ses engagements. Cela est regrettable, d’autant plus dans cette grande ville balnéaire de notre wilaya, les accusations vont directement vers les responsables communaux», regrette l’un des officiers. Plage Djabia, dans la commune de Boukhlifa, c’est presque toute la plage qui est squattée, depuis l’entrée où le ticket est à 100 DA.

L’exploitant de ce parking était néanmoins franc devant les agents de la force combinée qui ont vérifié ses papiers et les pièces d’exploitation. En divulguant un ordre de versement et un cahier des charges avec l’APC de Boukhlifa, il expliqua que cette dernière ne délivre aucune autorisation et ne limite pas les prix d’accès aux plages et parkings.

Les APC côtières pointées du doigt

Manque d’hygiène, exploitations inconvenables, prix exorbitants, désorganisation et tas d’autres failles ont été soulevés sur ces plages, notamment au niveau de Tichy et Boukhlifa où tous les exploitants de parkings sont unanimes à dire que «Les responsables locaux ne font qu’encaisser l’argent sans nous délivrer des autorisations, alors que le nettoyage des lieux nous incombe aussi».

Ces jeunes pris entre le marteau des services de sécurité et l’enclume de l’exécutif local, n’ont pas manqué d’interpeller d’une manière forte un adjoint au maire de Boukhlifa, présent sur les lieux. Cet élu local, pris de panique, en voyant les agents des deux brigades procéder à l’arrestation des «parkingueurs» et des exploitants de commerces illégaux, ainsi que la destruction des cabanes, saisie des tentes et parasols, brûlait des cigarettes l’une derrière l’autre sous les regards de tout le monde.

Interrogé, il a encore étonné plus d’un. «Notre APC a besoin d’argent et la saison estivale est notre seule et unique aubaine pour renflouer nos caisses. Ce sont eux qui ne sont pas venus à nos bureaux récupérer les autorisations», dira ce membre de l’exécutif, alors que la saison estivale tire presque à sa fin. Trois chapiteaux privés, sur la plage de Capri Tour, ont été pris d’assaut par le Commando sous les yeux hagards de l’élu qui ne savait quoi dire aux propriétaires réclamant leurs autorisations, eux qui disent, devant lui, avoir déboursé 100 millions au profit de l’APC.

Ces chapiteaux sont utilisés comme des pistes de danse avec un DJ et des boissons non alcoolisées. Un gérant de ces lieux, très jeune, absent au moment de l’intervention, piqua une crise en trouvant sa «khaïma» démontée. Un autre, apparemment venu de France, essaya de se défendre en disant qu’il voulait sauver la saison estivale avec des soirées familiales compatibles avec les traditions locales. Mais en vain, «Pas d’autorisation pas d’exploitation, quant à ton payement, tu devrais t’expliquer avec les responsables de ta commune. Nous te donnons 10mn pour délocaliser ton chapiteau», lui rétorqua le commandant de la gendarmerie.

Les 3 tentes ont été enlevées aussitôt ainsi que des baraques de fortunes installées au bord des plages servant de «chambres et louées surtout aux jeunes venus du Sud à raison de 1500 DA les 24 h. Des Gourbis qui défigurent le site et qui n’ont pas la moindre condition d’accueil. Ni électricité, ni eau, ces baraques assemblage de bois, carton et tôles servaient de «résidences» aux estivants. Des estivants venus de Djelfa et habitués de nos plages, trouvent que la région a beaucoup changé, mais dans le mauvais sens.

«Je ne reconnais plus Béjaïa, c’est la décadence totale, ni accueil, ni restauration ni hôtellerie. La dégradation est aussi frappante en matière de propreté, et tout se gâte quand on y ajoute l’absence totale de sécurité. C’est mes dernières vacances ici», se désole l’un d’eux. Fin de mission de cette opération au niveau de la brise de mer, à Béjaïa ville, avec seulement les agents de la BRI qui ont procédé à la vérification des squatteurs de trottoirs et surtout à l’arrestation des «parkingueurs» de cet endroit très prisé par les familles, sous le regard approbateur des passants.

Un «baron» de cet endroit, très connu pour son comportement violent envers les automobilistes, a été arrêté et embarqué menottes aux poignets. Au moment de son arrestation, il possédait des tickets de parking de différents prix, de 20 DA (à présenter aux contrôles) et d’autres de 100 DA pour les automobilistes. Des passants interrogés sur cette intervention expriment le souhait de voir ces actions au quotidien et à travers tout le pays, car le citoyen se sent tout bonnement abandonné aux griffes de ces malfrats, gibiers de potence.

Certains qualifient l’opération de «poudre aux yeux», disant que tout ce spectacle prendra fin dans une ou deux heures avec le retour sur les lieux de tous ceux qu’on vient de voir arrêtés. Peu importe les avis, l’opération s’est soldée en fin de compte par le contrôle de 108 individus par utilisation de l’outil informatique, fouille corporelle de 73 personnes avec arrestation d’un individu porteur d’arme prohibée, contrôle de 87 véhicules et 12 locaux commerciaux, confiscation de 123 tentes et constitution de 2 dossiers judiciaires à l’encontre de deux «parkingueurs».

L’opération «coup de poing» de ces deux corps de sécurité de Béjaïa s’inscrit dans le temps, sachant que des sorties similaires dans toutes les plages et places publiques auront lieu dans les jours à venir, et ce, dans le but de rétablir l’ordre et mettre fin aux commerces illicites. Il y a du pain sur la planche car, les «hors la loi» ne sont pas seulement sur les plages mais aussi sur les trottoirs de toutes nos rues semant la terreur et défiant toute autorité. Des fléaux destructeurs étrangers aux us et coutumes de la région minent la quiétude de la population locale comme celle des estivants.

Nadir Touati

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