Par DDK | 19 Aout 2018 | 1368 lecture(s)

Abizar

Hasni Outhemrane, la digne combattante

La moudjahida Mehalla, née Massout Hasni, connue communément dans la région sous le nom de Hasni Outhemrane, âgée de 91 ans, fait partie de cette catégorie de femmes ayant résisté dignement à la colonisation française et qui ont une participation effective et active dans la lutte pour le recouvrement de l’indépendance de l’Algérie. Le parcours de cette combattante de la première heure de la Guerre de Libération nationale est étonnement atypique. Eprise des valeurs de liberté et de bravoure, Hasni Outhemrane, est issue de l’un des terreaux du combat libérateur et berceau de tant d’autres valeureux combattants et cadres de la Révolution, le village d’Abizar, dans la commune de Timizart, à l’extrême nord de la wilaya de Tizi-Ouzou. Un village où ont eu lieu plusieurs opérations armées et actes héroïques pendant la guerre, ayant opposé l’Algérie, en quête d’intégrité et de souveraineté, à la France coloniale. Hasni s’est engagée dans la lutte pour l’indépendance au début des années 1950. Après l’accord de son époux, elle travaillait sous la coiffe du moudjahid Mokrane Tiachacht, dit Mokrane Iamrache, décédé des suites d’une longue maladie en 2015. Hasni Outhemrane déroule un long fil de ses souvenirs, dans un témoignage captivant autour du passé récent de notre pays. Elle nous y rapproche même d’une époque où la discrétion de même que la confidentialité, le sens du sacrifice et le sens de la parole donnée, n’étaient pas du tout de vains mots. Lorsque nous l’avons sollicitée à raconter, elle a préféré, en toute modestie, dire peu sur sa vie personnelle, mais s’étalera longuement plutôt sur celles d’autres combattants humbles de son entourage. Selon notre interlocutrice, la guerre était, au départ, secrète à Abizar, comme partout ailleurs. Mais la lutte a vite pris de l’ampleur, avec de multiples et horribles affrontements entre les forces armées coloniales et les maquisards. Les moudjahidines commencent à regagner en masse les maquis. Au milieu des années 1940, on entendait de temps à autre, dans le village, des champs patriotiques à la gloire de Messali l’Hadj. Mais la véritable lutte armée ne tardera pas à suivre. On a commencé d’abord par incendier une grande partie de la célèbre forêt d’Averrane, du côté nord de Timizart, à la lisière d’Iflissen El B’har. Cette même forêt servira par la suite de lieu de repli aux maquisards durant la guerre. On entendra d’autres attentats qui ont été commis ensuite un peu partout dans les régions avoisinantes, notamment à Ouagunoun, Azazga, Iflissen... Et le signal d’une véritable guerre fratricide a été donné. «Mon époux, El Hadj Saïd Mehalla, que Dieu ait son âme, était de la partie de ces hommes ayant effectué les premiers préparatifs du combat libérateur dans le territoire des Ath Jennad. Il rentrait souvent tard dans la nuit, sans me préciser d’où il venait ni sa destination le lendemain. Il agissait dans la discrétion la plus absolue. Mais à un moment donné, il était recherché. L’armée française était informée de ses activités. Contraint de quitter sa région, il se réfugiait à Tizi-Ouzou, d’où il continua à approvisionner, notamment en denrées alimentaires et habits, les siens ainsi que les moudjahidines issus de diverses régions de Kabylie», raconte Hasni Outhemrane. Le chef de famille étant classé parmi les individus activement recherchés et condamnés à vivre loin des leurs, Hasni Outhemrane et ses enfants étaient dépourvus, pour un bon bout de temps, de leur ration de ravitaillement, par les autorités coloniales implantées au mythique camp d’At Malek, en plein centre d’Abizar. Intercepté à l’improviste à Tizi-Ouzou, l’Hadj Mehalla Saïd a été arrêté et fut prisonnier. Toutefois, toutes les tentatives et les exactions exercées sur lui par les soldats français, afin d’obtenir un quelconque renseignement utile et pouvant servir à capturer ses compagnons, étaient sans effets. En résistant et niant en bloc les griefs retenus contre lui, il fut finalement acquitté. Il quitta la prison et reprendra directement la fourniture de denrées alimentaires et habits à sa famille et aux maquisards. Mais, il a dû quitter le territoire national, une année avant le cessez-le-feu, car son nom avait été soigneusement confié, encore une fois, aux autorités militaires françaises. Il ne rentre au pays qu’après la proclamation de l’indépendance de l’Algérie. Après la guerre, il mènera une vie calme parmi les siens pour s’en aller en 2008. A retenir, par ailleurs, que la belle-famille de Hasni Outhemrane constitue un fief de fidèles et valeureux révolutionnaires. Mehalla Amar, qui était commissaire politique pendant la guerre, ainsi que Mohand et Ali, pour ne pas les citer tous, tombaient en martyrs au champ d’honneur. Dès l’enclenchement de l’insurrection armée, les réunions importantes des maquisards se déroulaient dans la demeure familiale de Boudjemaa Mehalla au-dessous de laquelle on avait creusé un abri. La maison servira ainsi d’entrepôt de stockage et de partage des tenues militaires et même de munitions de guerre aux moudjahidines. C’était Hasni Outhemrane et ses fidèles accompagnatrices qui s’en chargeaient. La demeure familiale étant devenue un refuge sûr et une véritable courroie de transmission d’armes aux maquisards, Boudjemaa Mehalla et sa famille n’avaient d’autre choix que de prendre la destination d’Alger. Par ailleurs, à l’état civil d’Azeffoun, d’où dépendait territorialement et administrativement Abizar, avant le découpage administratif de 1984, la moudjahida Massout-Mehalla Hasni est inscrite comme présumée 1927. Mais elle en a plus parce que, dit-elle, elle n’a pas été portée sur le registre des naissances de cette époque-là à temps, vu l’éloignement de son village natal du siège de la mairie d’Azeffoun. Actuellement, Hasni Outhemrane mène, dans la quiétude du village natal, une vie paisible et toute contente du devoir accompli envers son pays. L’hommage rendu ici à ces valeureux combattants épris de liberté, à l’occasion de la célébration du soixante-deuxième anniversaire de la tenue du Congrès de la Soummam, est méritoire. C’est même un devoir.

Djemaa Timzouert

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