Par DDK | 26 Aout 2018 | 1505 lecture(s)

Émigration estudiantine algérienne

Décryptage d’un phénomène en vogue

Titulaires d’un BAC ou d’un diplôme supérieur (licence, master ou même doctorat), des dizaines de milliers d’universitaires algériens envisagent, chaque année, d’entamer des démarches afin de demander un visa d’étude à l’étranger. La France constitue toujours la destination la plus convoitée. A titre d’exemple, l’année 2017 a vu le dépôt de 32 000 dossiers de candidature au niveau du campus France Algérie. Il faut dire que la réalisation du «rêve occidental» n’est pas une mince affaire. Si ces étudiants sont prêts à supporter le coût onéreux du projet d’émigration, la réponse des universités françaises n’est pas une chose évidente. Seulement 28℅ des candidatures ont été acceptées pour l’année universitaire 2017/2018. Nonobstant, le phénomène de l’émigration estudiantine ne cesse d’évoluer d’année en année et l’on parle de la fuite des cerveaux depuis plusieurs années déjà. Cette force vive pourrait générer d’énormes opportunités, tant à court qu’à long terme, pour notre pays, sur plusieurs niveaux (managérial, économique, social voire même sociétal,…). La fuite des cerveaux ne date pas d’aujourd’hui. Dès les années 1970, la crème de la société algérienne a été attirée par ces pays occidentaux à l’avenir plus prometteur et fructueux. Même le discours des parents incarne la réussite sociale dans le projet d’émigration estudiantine. Ainsi, le milieu familial algérien ne lésine pas sur les moyens financiers, quitte à s’endetter, afin de soutenir leurs enfants et ce dès l’entame de leurs démarches. Au-delà de l’environnement proche, familial ou amical, l’idée de l’émigration se nourrit aussi, à l’université, de l’expérience partagée, du mimétisme, du bouche-à-oreille... Kamel (appelons-le ainsi), un étudiant en Master 1 en science de gestion à l’université de Tizi-Ouzou, ayant déjà entamé des démarches pour la deuxième année consécutive, déclare : «Ce qui me motive le plus à continuer mes études à l’étranger, c’est la qualité des études des universités européennes, je veux un diplôme reconnu mondialement». Farid, installé en France depuis plus de deux ans, explique les raisons de son choix de poursuivre ses études supérieur à l’université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis : «D’abord, la France est le seul pays francophone au monde à proposer des cursus universitaires de qualité à des prix raisonnables et très adaptés à nos formations en Algérie. Les universités françaises exigent les frais d’inscription les plus faibles de l’Union européenne et des pays francophones (la Suisse, la Belgique et le Canada). De plus, les services d’aides sociales que la France propose aux étudiants étrangers, notamment celles relatives au logement et à la santé (CAF, CROUS, CPAM…) on ne les trouve pas dans d’autres pays ayant la politique d’accueil des étudiants algériens». Qui plus est, le milieu universitaire algérien offre la possibilité d’être recommandé par des professeurs universitaires de renom, ce qui donne du poids au dossier de candidature. Il faut signaler aussi que les prestataires de services, tels que les cybercafés, facilitent grandement la tâche aux étudiants en matière de constitution du dossier de candidature. Enfin, l’apport des réseaux sociaux, à l’ère du numérique, n’est pas négligeable, puisque des platesformes d’échanges d’informations et de conseils y sont créées.
Kabene Ahmed, Doctorant en Economie, Spécialité "Entrepreneuriat et Développement Local".
Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou

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