Par DDK | 3 Septembre 2018 | 1253 lecture(s)

Sachets noirs, canettes, bouteilles en tous genres, détritus…

Effroyable insalubrité galopante !

Au moment où l’environnement constitue le centre d’intérêt de toute l’humanité, au moment où l’on parle de réchauffement climatique et au moment où, sous d’autres cieux, l’on projette une planète verte, en Kabylie, la nature continue de subir les affres de la pollution. Les décharges et les dépotoirs de déchets se multiplient anarchiquement. Tizi-Ouzou est l’une des wilayas les plus «sinistrées».

Les plages ne sont pas épargnées

Le tableau est quasiment le même partout, à quelques exceptions : effroyable ! Même les plages ne sont pas épargnées. A Tigzirt, un décor hideux s’offert aux yeux. D’énormes amas d’ordures, de sacs et bouteilles en plastique et de canettes jonchent tous les coins de la Grande Plage. Les puanteurs qui s’en dégagent vous dissuaderaient d’aller nager. Les longs escaliers, donnant accès à cette plage du côté nord de la ville, sont envahis de saletés. Malgré l’effort consenti par les services locaux de la voirie, l’antique Imonium donne une piètre image de son bord de mer. Même le petit jardin public baptisé du nom du colonel Amirouche n’échappe pas à la salissure généralisée. Quant à son jet d’eau, il y a belle lurette que la poussière a bouché sa tuyauterie et ses arbres font pitié à regarder…

Le désastre environnemental gagne les bois d’Aseklou

Pas loin de cette ville du littoral, en allant vers l’intérieur, un autre exemple de pollution, dans sa version la plus insupportable, s’offre à la vue du visiteur. Il s’agit du lieudit Aseklou, dans le village Iadjemat, à l’extrême nord de la commune de Timizart, à la lisière d’Iflissen El Bhar. Jadis cette partie de la célèbre forêt d’Averrane, était un havre de paix qui servait d’espace de détente et de loisirs où les familles venaient profiter de l’air pur, loin du vacarme de la ville. Aujourd’hui c’est un dépotoir à ciel ouvert. D’énormes quantités de sacs-poubelles remplis de déchets ménagers, mais aussi des cartons, des gravas, des bouteilles en plastiques ou en verre, défigurent les abords de la RN71 qui traverse le nord de la municipalité de Timizart. L’autre lieu transformé au fil du temps en décharge illicite d’ordures se situe juste après, à Imessounène, à quelques encablures du cimetière des chouhadas d’Agouni Temliline, en allant vers Agouni Moussi, chef-lieu communal d’Iflissen. Là aussi, c’est la même désolation. Même les alentours du cimetière des chouhada d’Agouni Temliline sont souillés. Un autre décor, des plus repoussants, se trouve un peu plus loin, au lieudit Iherkane, juste à quelques mètres de Bouaissi, en quittant le village Abizar vers Souk El Had, chef-lieu de la commune de Timizart. Les détritus occupent le moindre recoin. Pourtant, aussi bien à Timizart que dans les autres communes citées, la collecte des déchets ménagers s’effectue régulièrement. L’on se demande d’ailleurs que deviendrait cette localité à la fin du contrat la liant avec le Centre d’enfouissement technique d’Oued Falli, situé à Boukhalfa. Un autre dépotoir s’est depuis longtemps également constitué à Boubzara, avant d’arriver à Tamda. Là aussi, la nature subit les pires agressions. Une bonne partie des abords du CW174, traversant ce bourg sur la rive droite d’oued Sébaou, offre une image des plus affligeantes. Des tas d’ordures s’entassent sur les bords de la chaussée. Des puanteurs insupportables s’en dégagent, mettant en péril la santé publique.

800 tonnes de déchets solides urbains jetés quotidiennement à Tizi-Ouzou

Des enquêtes scientifiques effectuées auprès des services communaux ont fait ressortir les facteurs ayant mené à ce désastre écologique majeur. Selon des statistiques fournies par des enseignants chercheurs au cours du quatrième séminaire scientifique et technique sur l’environnement tenu à l’université Mouloud Mammeri par le passé, 800 tonnes de déchets solides urbains, soit le quadruple rejeté par Alger (environ 229 t /j), sont rejetés quotidiennement sur l’ensemble du territoire de Tizi-Ouzou. Face à ces quantités énormes, aussi bien la collecte que le transport ou le traitement des déchets deviennent difficiles au niveau de la wilaya. «Actuellement, un schéma directeur de gestion des déchets ménagers s’impose pour améliorer la qualité de l’environnement et préserver l’hygiène publique», préconise un ingénieur en agronomie dans une étude synthétisant un ensemble de travaux de recherche, s’appuyant sur des enquêtes de terrain auprès des populations et des services communaux de diverses régions de la wilaya de Tizi-Ouzou, et présentée lors du même séminaire organisé à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Les expertises faites auprès des habitants montrent que les populations issues de multiples régions de la Kabylie sont favorables à l’idée de confier aux entreprises privées la gestion des déchets ménagers. Si c’est pour protéger l’environnement et garantir aux citoyens un cadre de vie agréable, les participants aux enquêtes, menées par une équipe d’universitaires de l’UMMTO, sont non seulement «prêts à séparer leurs propres déchets selon leur nature et leur degré de toxicité», mais aussi «disposés à payer un impôt local conséquent en vue d’améliorer la situation». Les chercheurs recommandent, par ailleurs, «l’organisation de campagnes de sensibilisation et d’information et l’introduction de l’éducation environnementale dans le cursus scolaire». Ils préconisent, en outre, «l’utilisation d’emballages biodégradables et le tri sélectif facilitant la récupération des matériaux recyclables». «Il y a lieu de responsabiliser les producteurs, importateurs et industriels en étendant leurs obligations au-delà du stade de la consommation», recommandent les initiateurs de la rencontre scientifique et technique autour du thème de l’environnement organisé à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.
D. Timzouert

0