Par DDK | 9 Septembre 2018 | 1349 lecture(s)

SAÏD BECHEKER, directeur intérimaire du commerce de la wilaya de Tizi-Ouzou

«L’informel n’est pas de notre ressort»

Le directeur intérimaire du commerce de la wilaya de Tizi-Ouzou, M. Saïd Becheker, aborde dans cet entretien plusieurs points concernant son secteur, entre autres, la rareté du lait, la cherté des produits, les problèmes des boulangers et les mécanismes mis en place pour approvisionner et réguler le marché.

La Dépêche de Kabylie : La crise de lait est chronique dans certaines régions de la wilaya. Comment l’endiguer ?
Saïd Becheker : Jusqu’à présent, rien ne nous a été signalé, ni par les autorités, ni par les commerçants ni encore moins par les consommateurs. Nos unités de production fonctionnement normalement. La production de lait courant est stable et régulière et les quantités sont suffisantes pour garantir l’approvisionnement de toute la wilaya. Nous suivons régulièrement la situation pour garantir une distribution normale. Nos agents sont présents sur le terrain pour veiller au grain. Peut-être qu’il y a une forte demande pendant cette saison estivale d’où quelques perturbations que nous allons rapidement prendre en charge.

Les légumes et les fruits sont excessivement chers. Pourquoi les prix ne baissent-ils pas ?
C’est vrai, la mercuriale s’emballe. Concernant la pomme de terre, nos services suivent de près la disponibilité du produit. Il y aura un déstockage pour faire baisser les prix, d’autant plus que la prochaine récolte n’aura lieu qu’en novembre. Pour ce qui est de la carotte, l’haricot vert et la courgette, les prix ont connu une certaine hausse à la veille de l’Aïd, en plus des fêtes et de la rentrée en masse des immigrés. La demande a augmenté, du coup les prix ont eux aussi grimpé, c’est la loi qui régit le marché, l’offre et la demande. Pour ce qui est des fruits, c’est aussi la cherté. Les services agricoles et les nôtres font de leur mieux pour réguler le marché mais nous n’intervenons pas sur les prix. On se charge uniquement des irrégularités constatées dans le domaine de l’hygiène, de l’affichage et du stockage à des fins spéculatifs.

Qu’en est-il des marchés de gros et de leur entretien ?
Il faut savoir que les marchés de Tadmaït et Tala Athmane sont fermés. Nous n’avons qu’un seul marché de gros, à savoir celui sis au niveau des Chabane et il appartient à un privé. Ce marché est un acquis pour toute la wilaya et il constitue le baromètre des prix. Concernant les droits d’accès et d’étalage, c’est une gestion interne. De toutes les manières, le marché garantie toutes les commodités d’hygiène, d’espace, de parking et de sécurité. C’est franchement un espace qui réunit toutes les conditions pour l’exercice de l’activité commerciale.

En parlant d’hygiène, quelles sont les mesures prises ?
Depuis bien avant le mois de Ramadhan dernier, nous avons mis un dispositif spécial qui est toujours en vigueur pour renforcer le contrôle et éviter toutes les maladies à transmission hydrique (MTH). Notre dispositif consiste en l’intensification du contrôle et des interventions à travers l’ensemble du territoire de la wilaya, notamment les crémeries, les salles des fêtes, les débits de boissons, les restaurants, les commerces de glace et de gâteaux… Nous contrôlons les conditions de stockage, le respect de la chaine de froid et les expositions de produits à l’extérieur des locaux, notamment l’eau minérale et le poisson. Le contrôle est rigoureux. Notre soucis est de préserver la santé du consommateur et je tiens à rassurer la population qu’au niveau de notre wilaya, aucun cas de choléra n’est enregistré.

Revenons à la permanence de l’Aïd, les chiffres étaient rassurants mais sur le terrain, il était difficile de trouver un commerce ouvert…
Au niveau de toute la wilaya, nous avons réquisitionné 3 280 commerçants entre cafetiers, mandataires de fruits et légumes, boulangers et différents commerces. Nos services sur le terrain n’ont enregistré aucune infraction. Le service minimum était assuré. Ce ne sont pas tous les commerçants qui sont réquisitionnés d’où le sentiment chez le citoyen que tout est fermé. Imaginez qu’à Tizi-Ouzou ville, nous comptons soi-disant 200 cafés maures mais seulement une trentaine étaient réquisitionnées. C’est la fête de l’Aïd, et les commerçants ont eux aussi le droit de la célébrer en famille. Il y a donc un manque comparativement aux autres jours de l’année. Un travail de sensibilisation a été accompli et les commerçants ont rouvert dès la fin de l’Aïd. La situation était, d’ailleurs, normale juste après la fête. Le pacte a été respecté par tout le monde.

Qu’en est-il de la fronde des boulangers et de leur menace de mettre la clé sous le paillasson ?
Le pain est un produit stratégique subventionné par l’État, son prix et la marge bénéficiaire des boulangers sont fixés par un décret. Nous n’avons aucun droit de regard sur cette question. En tant que direction du commerce, on se contente d’assurer un approvisionnement en blé des minoteries et de la farine panifiable aux boulangers. À quelques jours de l’Aïd, il y avait un déséquilibre en matière de distribution de la farine dû essentiellement à des arrêts techniques de deux moulins et une autre panne technique aussi de la plus importante minoterie de la wilaya, ce qui a été à l’origine de la rareté de la farine panifiable. La situation a été maitrisée, c’était le retour à la normale à la veille de l’Aïd. D’ailleurs, les huit minoteries étaient réquisitionnées pendant les deux jours de l’Aïd.

Les commerçants se plaignent des contrôles excessifs alors que «ceux exerçant en noir ne sont pas inquiétés…»
L’informel n’est pas de notre ressort, il concerne d’autres secteurs qui sont tenus de combattre ce fléau. Quant aux contrôles qu’effectuent nos services, ils concernent les commerçants légaux et dans la plupart des cas on ne fait que les sensibiliser et les éduquer à bien tenir leur commerce pour éviter d’éventuels risques sur la santé de leurs clients. Quand il s’agit de la protection de la santé publique, il faut prendre les mesures qui s’imposent.

Qu’en est-il du pain jeté et des bacs à pain mis en place ? Ne trouvez-vous pas scandaleuse cette initiative ? Indirectement, le gaspillage du pain est encouragé…
C’est un comportement irresponsable qu’il faut bannir car beaucoup n’ont pas les moyens de se l’offrir. L’État a mis des sommes faramineuses pour subventionner ce produit de base, alors il ne faut pas le gaspiller. Le consommateur doit rationnaliser ses achats, ce n’est pas parce que le pain est le produit le moins cher sur le marché que l’on va s’amuser à acheter sans compter pour enfin le jeter. Si une famille consomme deux petits pains pourquoi achète-t-on plus ? Concernant les bacs à pain mis en place, nous n’avons pas eu vent de cela.
Entretien réalisé par Hocine T

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