Par DDK | 12 Septembre 2018 | 1238 lecture(s)

AVICULTURE - En attendant des mesures strictes

Entre embellie et décadence

Si une forte production nationale en viande blanche existe, il n’est pas simple d’expliquer pourquoi le marché du poulet connait autant de soubresauts.

Le ministre de l’Agriculture a récemment déclaré que la production nationale en viande blanche avait atteint les 5,3 millions de quintaux, soit une augmentation de 153% par rapport à 2009, où il avait été enregistré une production de 2,092 millions de quintaux. Durant cette période, le ministre a indiqué que «la filière avicole détenu à 90% par le secteur privé a connu en moins d’une décennie un bond significatif avec une richesse animale considérable de 240 millions de poulets de chaire et de dindes.» Une hausse considérable de sujets mais aussi des prix et ce de manière inexpliquée. À travers la wilaya de Bouira, classée parmi les meilleures wilayas en termes de production avicole, et rien que pour le premier semestre de l’année 2018, la production de viande blanche a été estimée à 169 569 quintaux, dont 153 572,24 quintaux de poulets de chaire et 15 950 quintaux de dindes. Des chiffres qualifiés d’excellents par les responsables du secteur, mais qui n’ont en aucun cas impacté positivement sur les prix des volatiles sur le marché. Des prix qui ont donné des sueurs froides à bien des ménages en atteignant la barre des 480 dinars le kg durant le printemps dernier et jusqu’au mois de Ramadhan dernier. Une hausse incompréhensible échappant à toute logique de l’offre et de la demande du marché. M. Mohamed Habbas, aviculteur de Bouira et membre du conseil national interprofessionnel de la filière avicole, estime que la hausse des prix du poulet qui a été enregistrée est due aux conséquences néfastes de l’année dernière, où plusieurs aviculteurs s’étaient retrouvés sur la paille. «L’année dernière nous avions enregistré un surplus de reproduction (reproduction de poulet de chaire, ndlr) et au cours de la période estivale en 2017, le poussin était incinéré quelques jours après sa naissance car il ne trouvait pas preneurs. De ce fait, le poulet de chaire se négociait au prix les plus bas entre 170 et 180 dinars le kilogramme. Ainsi, les reproducteurs de poulet de chaire ont connu de grosses pertes. Cela a engendré une saignée auprès des aviculteurs, dont certains ont dû abandonner leur activité. Un simple exemple, l’année dernière nous avions près de neuf millions de sujets destinés à la reproduction et pour cette année, nous sommes à peu près à quatre millions de sujets destinés à la reproduction, soit plus de 50% de la production nationale du poussin qui a disparu du marché. Cette situation a induit à une hausse du prix du poussin qui atteint désormais les 120 dinars alors que son prix réel varie entre 40 et 50 dinars. Il n’y a pas eu de production de poulet à un certain moment car les importateurs étaient réticents à importer des œufs à couver», explique M. Habbas.

«L’Algérie dispose d’une aviculture aléatoire»

En l’absence de statistiques fiables sur le nombre d’aviculteurs réguliers activant dans la filière, il est impossible de tabler sur des prévisions exactes afin d’évaluer un rendement. Régulièrement, des serres abritant des poulaillers entrent en activités pendant que d’autres sont désertées et il est extrêmement difficile de recenser avec exactitude le nombre d’aviculteurs, aussi bien à Bouira que dans les autres wilayas, étant donné que cette activité se développe à l’approche des fêtes religieuses et se décline lors des saisons chaudes ou froide. Pour les chiffres des aviculteurs «officiels» et activant dans un cadre réglementé, ils seraient entre 500 000 et 600 000, mais n’exerceraient pas tous en l’absence de la disponibilité du poussin. Un poussin qui parfois est incinéré quelques jours après sa naissance car ne trouvant pas preneurs, et parfois qui sont monnayés jusqu’à 150 dinars l’unité. Dans ces conditions assez incertaines, il est facile de décrire que l’Algérie dispose d’une aviculture aléatoire, d’autant plus qu’au sein de la profession, on indique que les poussins algériens alimentent régulièrement les pays voisins où les sujets sont revendus en devises. Le Conseil national interprofessionnel de la filière avicole s’est penché, samedi dernier, sur cette équation paradoxale lors des travaux de la journée nationale sur la filière pour la relance de cette dernière. Il a été décidé de la création d’ateliers et la mise en place de mécanismes inhérents au développement de l’aviculture, d’autant plus que le département de Bouazghi a promis des solutions à court terme. Pour cela, une réunion est prévue au cours de la semaine entre les cadres du ministère de l’Agriculture et les membres du Conseil national interprofessionnel de la filière avicole. Mettre le holà à des pratiques visant à enrichir certaines personnes et appauvrir les vrais aviculteurs au détriment d’une filière prometteuse est un impératif auquel les responsables du secteur ne peuvent plus échapper.

Hafidh Bessaoudi

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