Par DDK | 28 Février 2005 | 4128 lecture(s)

’’Mes regrets d’avoir quitté la JSK et Tizi-Ouzou’’

Reportage de Djaffar Chilab

Il y’avait du beau monde, jeudi dernier au stade de Tizi-ouzou. Beaucoup de stars de notre football. Des anciennes bien sûr. Elles étaient toutes là. Ou presque. Mais c’était suffisant pour titiller l’orgueil de certaines d’entre elles qui n’ont pu se retenir pour dire leur souhait de voir pareilles manifestations se reproduire plus souvent, et pas uniquement à Tizi-ouzou. Car ici, c’est désormais une tradition.Il y’a eu la fête à Tchipalo, Anane,... Et c’est toujours à qui le tour... Cette fois, ce fut celui de Meghrici. Arezki le moustachu. Le scoop est certes dépassé mais la fête restera sans doute pendant longtemps dans les esprits.On en reparle encore, car c’est à l’occasion qu’on a pu mettre la main sur Bachir Douadi, cette grande figure de la JSK des années soixante dix. Douadi parle de la Kabylie comme d’une femme perdue, un divorce dont il ne s’est toujours pas remis. Aujourd’hui encore, il tente de survivre avec les beaux souvenirs d’antan pour tenter d’oublier, de surmonter ce coup de tête qui a eu raison de son ’’couple’’ un certain mois de août 1981, lorsqu’il décidait de tout lâcher pour rentrer chez lui. A Chelghoum El Aid ou il a vu la lumière du jour, le ciel, et le sein de sa maman pour la première fois en 1953. C’est là bas qu’il a commencé à tout apprendre : parler, marcher, aller chercher de l’eau à la fontaine d’à côté, et s’accommoder de ’’l’ambiance’’ de la guerre. ’’Avant, Chelghoum El Aïd n’était pas aussi grand. C’était juste un petit village. J’y fait mes premières classes d’école, le primaire et le moyen, avant d’aller en seconde à Youghorta à Constantine.’’ Il n’y fera pas long feu puisqu’il n’y restera qu’un petit mois.

’’Abdelkader Khalef est venu me voir dans la caserne’’’’L’internat m’était insupportable, je n’ai pas pu m’adapter, alors j’ai tout claqué.’’ Et puis, il se voyait déjà assez grand pour continuer à lever le doigt dans une classe pour avoir la permission de parler, d’aller mettre un papier à jeter dans une poubelle, ou encore d’aller faire pipi. Il décide alors de retourner chez lui à Chelghoum El Aid pour devenir maître d’internat dans un CEM. Histoire d’inverser les rôles, avec en sus une petite mensualité à gagner. ’’Mais, là aussi je n’ai pas tardé. Une année, ou un peu plus, c’est tout.’’ Le petit Bachir songeait déjà au foot, ’’et pourtant, à l’époque il n’y avait rien à gagner en tapant dans un ballon.’’ Il tentait alors d’allier l’utile à l’agréable : ’’Je me suis initié à un stage d’EPS, c’est un peu l’équivalent de TSS d’aujourd’hui. J’ai fait deux ans au Creps de Constantine avant de me faire embaucher comme prof de sport dans un CEM à Chelghoum El Aid. A l’époque j’avoisinais les vingt ans, et le foot me prenait déjà. Bien avant, moi, et les études, ce n’était pas le grand amour, comme on dit. Dans ma tête, c’était sûr que j’allais abandonner un jour. Mais ce n’était pas facile de l’annoncer à ma mère qui me voyait docteur, pilote ou je ne sais quoi... C’était en tous les cas beaucoup moins compliqué à le faire avec le vieux qui, lui, était dirigeant dans l’équipe de Chelghoum El Aid, à l’époque, le Croissant Club de Chelghoum El Aid, ou j’avais déjà rejoint les petites catégories dès la fin des années soixante.J’étais encore écolier dans le moyen lorsque j’ai été retenu dans la sélection de l’Est des jeunes lors d’un concours tenu sous l’égide de la ligue régionale. J’ai toujours été un joueur de champs, comme numéro 10, mais ma première entrée avec les seniors fut en tant que...gardien.’’ Dans le temps, Bachir était en juniors mais se faisait presque régulièrement convoqué avec l’équipe A. Et ce jour-là, c’est lui que choisira l’entraîneur pour remplacer le gardien qui s’est blessé. L’équipe n’avait pas d’autres gardiens mais Bachir fut tellement convainquant qu’on lui enfilera durant plusieurs matchés encore les gants du blessé. C’était à ses débuts avec les seniors en 1973. En parallèle, il continuait son boulot au CEM. Et ça sera ainsi jusqu’en 1975, lorsqu’il sera appelé pour le service National. C’est à ce moment qu’il sera aussi appelé en sélection nationale espoirs. ’’A l’époque, on avait un entraîneur de Blida, un ancien du FLN, Mazouza que Dieu ait son âme. On avait joué pas mal de matchs, on a été en France pour un tournoi, on a joué en ouverture d’un match de l’équipe nationale du temps de Makhloufi, contre la Suède. C’est ce jour là qu’on m’a vu, et on m’a convoqué à titre personnel pour m’intégrer dans l’équipe Nationale militaire. Normalement la procédure devait transiter par la cinquième région militaire mais parait-il, on m’avait trouvé tellement bon... On m’a alors fait rejoindre une caserne du centre tout de suite. Depuis, je jouais en sélection A, et militaire.’’ Douadi sera par la suite contacté par la DNC, le CRB, l’USMA, et la JSK. Le mythique Abdelkader Khalef lui avait alors envoyé un émissaire mais, ’’j’ai écouté sans rien dire. J’étais nouveau à la caserne, et je ne connaissais personne...Puis, un beau jour, Abdelkader Khalef est venu en personne me voir à la caserne de Beni Messous, et j’ai été tellement impressionné que je lui ai tout de suite dit oui.’’ Douadi rejoindra alors la JSK à l’intersaison, en 1976. ’’ Tout était nouveau pour moi : Une région, et une équipe complètement à découvrir. Je m’en sers à chaque fois que j’en parle pour expliquer mon début timide avec le club… (Rire) Mais j’ai fini par bien m’intégrer. Ce qui m’a aidé le plus, c’est que je n’ai pas été brusqué. Je ne restais pas tout le temps à Tizi-ouzou. Je venais m’entraîner, jouer les matchs, et je rentrais à la caserne. Et le peu de temps que, je passais à Tizi, tout le monde était au petits soins avec moi.’’ Iboud sera l’élément avec lequel, il sympathisera tout de suite, puis avec Baïlèche. Avec le premier, il partageait un studio à Alger, et le second, alors étudiant à Bab Ezzouar, leur rendait souvent visite.

’’J’ai fait dans le commerce mais le crédit…’’ ’’On était presque tout le temps à trois. On sortait ensemble, et on m’a beaucoup présenté. Ca m’a permis de faire d’autres connaissances, et élargir mon entourage. Ca m’évitait de me sentir dépaysé. Mais la meilleure, c’était le jour où Khalef me demandait de récupérer les clefs du studio chez Iboud, deux mois après mon arrivée. Alors, au resto, lors du déjeuner d’avant-match, ici à Tizi, je me suis mis à côté de Mouloud, et naïvement je lui demandais : ’’qui est Iboud dans le groupe ?’’ Il a bien ri... Mais moi, je ne le connaissais vraiment pas de nom. Je n’ai d’ailleurs jamais entendu quelqu’un l’appeler de ce nom. C’était D’da L’Mulud pour tout le monde...’’ Une bonne anecdote de départ qui a vite appelé à plein de succès, et de réussite. Avec un doublé d’entrée en 1977. ’’On a été sacré au stade Oukil Ramdane.’’ Quoi demander de mieux ! A la fin de son service militaire en 1978, Bachir ralliera Tizi-ouzou ou il s’installera à l’hôtel Lala Khedidja, et la Sonelec qui l’intégrait comme employé détaché à la JSK. C’était les années de la réforme. La suite sera faite d’une belle aventure, et cinq titres : ’’Quatre championnats, une coupe d’Algérie, et finaliste de la même épreuve en 1979, si je me rappelle bien. J’ai joué jusqu’en demi-finale de la coupe d’Afrique en 1981 puis sur un coup de tête je suis parti... C’était en plein été, en période de stage d’inter saison.Après la demi-finale, je suis revenu au mois d’août à la reprise. J’ai fais une semaine de préparation, et je suis rentré à Chelghoum El Aid.’’ Pourquoi ? Il n’en sait toujours rien de ce qui l’avait pris à l’époque, ’’et pourtant tout le monde était bien avec moi, et je n’avais aucune raison de partir, sauf ce coup de tête que je n’arrive toujours pas à m’expliquer. Je me souviens juste que j’étais dégoûté, et il me fallait rentrer chez moi...’’ Douadi évite de dire plus sur le sujet. Un amour caché à Chelghoum El Aid ? Un sourire, mais ne dit toujours rien. Mais il a toujours en souvenir ces moments alors qu’il décidait de fuguer pendant un mois, avant que la direction du club ne consentait à le libérer officiellement. ’’Ce n’était ni réfléchi, ni calculé, aujourd’hui je dirais que c’était une grosse bêtise. Mes regrets sont grands d’avoir quitté la JSK, et Tizi-ouzou.’’ Depuis, Douadi s’est accommodé de plusieurs vies chez lui, à Chelghoum El Aid. D’abord en continuant sur les terrains de foot en tant qu’entraîneur joueur du HBCL qu’il fera accéder durant sa première année, en 1983, en régionale. Il y poursuivra l’expérience avec les siens jusqu’en 1986, avant d’aller voir ailleurs, dans d’autres clubs de la région.

’’Il me reste mon fourgon et mon école de jeunes footeux’’Entre temps, l’homme s’est initié au commerce de la chaussure, dès 1982 lorsqu’il ouvrit sa première boutique dans sa ville. Puis du prêt-à-porter civil, avant de se mettre aux articles de sports jusqu’en 1998.’’Le commerce, c’est partout la même chose, c’est des hauts et des bas, le crédit...Et j’ai fini par arrêter. Ces derniers temps je partage avec le frangin un petit véhicule de transport, un fourgon qui travaille pour la famille, et depuis deux mois, je m’occupe de mon école de jeunes footballeurs.’’ Bachir s’occupe aussi bien de son autre école plus privée celle là, une petite famille de quatre enfants : Réda, son garçon aîné a 22 ans, et est fonctionnaire ; Hussem Eddine, étudiant à l’université de Constantine ; Aâbir est, elle, en première année au lycée ; Et le petit gâté de tous, Ayoub qui prépare sa sixième.Pour les repérer à Chelghoum El Aid, rien de plus facile. Beaucoup comme leurs papa, ils respirent tous la Kabylie, la JSK, encore et toujours. ’’Là où vous voyez les couleurs de la JSK, ou vous entendez parler d’elle à Chelghoum El Aid, c’est un territoire des Douadi...Ma grande réussite à la JSK, c’est d’abord d’avoir appris à devenir Kabyle. Et ça ne s’oublie pas...’’

D.C.

0