Par DDK | 18 Mars 2009 | 2473 lecture(s)

''Seule la JSK peut réunir tous les Kabyles''

Il disait avec toute modestie qu’il n’a fait que son devoir. Dans ce rendez-vous avec “Itran”, Abdelhamid Sadmi nous relate les grands moments vécus avec le club phare de la Kabylie.

Dépêche de Kabylie : Pour commencer, comment êtes-vous venu au monde du football ?

Abdelhamid Sadmi : J’ai commencé comme tous les jeunes de notre époque à taper dans le ballon dans mon quartier à Azazga, j’ai signé ma première licence en catégorie des cadets avec la JS Azzazga

Comment avez-vous atterri à la JSK ?

J’ai intégré la JSK en tant que cadet. Je me souviens qu’à l’époque, il y avait Rabah Mengeulti qui supervisait pour ramener des jeunes talents, donc j’ai été sélectionné, ainsi que Karim Ould Saïd qui était notre avant-centre à la JSA.

On dit que vous avez grillé les étapes en jouant avec l’équipe A malgré votre jeune âge ?

Effectivement, après une demie-saison passée avec les cadets, j’ai été promu en junior dés la phase retour, et après, je jouais en junior et au même temps je participais aux matchs des seniors dés qu’ils avaient besoin de mes services.

Justement, racontez-nous votre premier match avec l’équipe A ?

C’est un moment que je n’oublierais jamais. Je me souviens qu’à l’époque nous, les juniors, et moi résidions à l’hôtel Hamdad tandis que les seniors à Lala Khedidja, à la veille du match contre le CRB, on est allés dîner à l’hôtel Lala Khedidja et avant de repartir, Hanafi, le soigneur, nous a remis des invitations pour participer au match. A aucun moment, pour Belhadj et moi je n’y ai pensé y participer. Le lendemain le chauffeur est venu me récupérer et je suis allé au stade, dans les vestiaires, Kahlef a commencé à lire les onze entrants, il a cité Hareb, Sadmi, et à ce moment là, c’était tout le monde qui me regardait. Ce n’est pas parce qu’ils ne me connaissent pas, au contraire, je connais tout le monde puis ce que je m’entraîne avec les seniors dès l’âge de 17 ans. Mais pour vous dire que personne n’est au courant de l’équipe qui va jouer, l’entraîneur a ensuite demandé à Iboud, étant capitaine d’équipe, de m’aider et il m’a dit de jouer comme en junior. C’était la saison 1978/1979

Donc, ce fut votre premier départ avec l’équipe fanion ?

Non, je vous ai dit que j’étais très jeune donc, je joue en junior et à chaque fois que l’équipe avait besoin de mes services je participais en seniors, je me souviens, aussi, qu’un jour on jouait un match de Coupe d’Algérie en junior face à Bordj Menail, et j’ai écopé d’un carton jaune à la mi-temps.

Le défunt Abdelkader Kahlef, qui n’est plus président mais et est resté toujours au service de l’équipe, s’est approché de moi en me lançant "écoute Sadmi tu dois jouer doucement car ce carton sera comptabilisé pour tes participations en seniors", c’était une manière pour lui de m’encourager et surtout me responsabiliser.

Quels sont vos meilleurs souvenirs avec la JSK ?

Il y a en plein. D’ailleurs, je n’en ai que de bons souvenirs avec ce club : il y avait la Coupe d’Afrique des club champions que nous avons gagné, surtout après notre arrivée à l’aéroport, il y avait une liesse populaire, en plus, ici même à Tizi Ouzou et dans tous les villages kabyles. C’était une grande joie, pour la deuxième Coupe d’Afrique gagné en Zambie. Il y avait une chose que je n’oublierai jamais surtout avec la présence de notre grand supporter avec nous.

Vous voulez dire Matoub Lounès ?

Oui, effectivement, il était un frère pour nous, il nous encourageait, et je n’oublierais jamais son déplacement avec nous en Zambie, et ce malgré son état de santé.

D’ailleurs, quand on montait sur le podium pour recevoir le trophée, j’ai lui ai demandé de venir avec moi — étant capitaine — pour le lui remettre, c’est une manière de le récompenser.

Vous avez été aussi sélectionné en équipe nationale ?

Absolument. J’ai fais toutes les catégories : cadet, junior, espoir, militaire et équipe A. Avec l’équipe A, j’ai participé aux éliminatoires de la CAN 1984 et j’ai joué la phase finale. Et j’ai aussi participé aux éliminatoires de la CAN 86 et du Mondial de Mexico. J’ai joué tous les matchs de la CAN 86 et j’ai fais partie de l’équipe qui a représenté l’Algérie en Coupe du monde bien que que je n’ai participé à aucun match.

En quelle année avez-vous arrêté de jouer ?

C’était en fin de saison 1993/1994. J’avais mis fin à ma carrière malgré que j’étais encore jeune, mais j’ai préféré laisser la chance aux jeunes et surtout laisser ma place propre.

Quels sont les entraîneurs qui vous ont marqué durant votre carrière ?

J’ai eu beaucoup d’entraîneurs : en juniors Lekhdar Imane et puis en sélection Bahmane, ancien entraîneur du NAHD, j’ai gardé aussi de bons souvenirs avec Kamel Lemoui que je salut et puis Saâdane, il y avait Khalef qui m’a pris en sélection en 1983 et je suis resté avec l’équipe nationale jusqu’a 1987 mais les entraîneurs qui m’ont le plus marqué c’est incontestablement Khalef et Zeywotco, et c’est grâce à eux que j’ai pu faire ma carrière.

Parmi vos ex-coéquipiers, lequel était le plus proche de vous ?

On était une famille, on se respecte mutuellement je suis bien avec tout le monde et j’en grade de très bons souvenirs, mais il y avait Kamel Abdeslame avec lequel j’ai partagé la chambre ensuite Hakim Medane sans oublier le grand Rachid Adghige avec lequel j’ai joué plusieurs saisons, c’était un joueur hors pair et je le considère comme le meilleur libero que le football algérien ait donné depuis l’indépendance

Vous avez quitté la JSK et puis vous êtes revenu comme dirigeant ?

Oui effectivement, je suis revenu en 2002/2003 c’était l’appel du cœur, l’équipe a besoin de nous et nous avons répondus présent. Pour moi, c’est un devoir, on a gagné la Coupe de la CAF avec Chay et puis en 2006 où nous avons gagné le titre du championnat et on a atteint la phase des poules.

Justement comment avez-vous trouvé la JSK dix ans après ?

Un grand changement. Non seulement à la JSK, mais dans tous les clubs, surtout la mentalité, à l’époque on était une famille, on vivait ensemble il y a la discipline même les supporters viennent avec leurs enfants au stade c’est vraiment très rare qu’on nous insulte, maintenant les choses ont changé du côté du public. Jouer à la JSK est un rêve d’ailleurs, on a vécu des choses extraordinaires par exemple lors de notre premier sacre africain, les supporters ont failli occuper l’aéroport en plus les gens étaient très heureux même les femmes ne cessaient de lancer des youyous sur les balcons, on a plongé dans la joie toute une région voire un pays, voilà les belles choses que le football peut faire, ce n’est malheureusement pas ce qu’on voit aujourd’hui.

Et que pensez-vous de la JSK de cette saison ?

Puisqu’elle a réussi à remonter dans le classement, je pense qu’il y a un travail qui se fait alors, donc il faut laisser ce nouveau entraîneur travailler et surtout l’aider dans sa tâche et bien entendu chercher la stabilité dans toutes les structures (joueurs, staff et direction) pour espérer avoir de bons résultats à l’avenir, Inch’Allah. C’est la chose qui a fait notre force quand on était joueurs.

Vous avez peut être un mot à dire aux supporters de la JSK ?

Je leurs dirais qu’il faut rester derrière cette équipe car. C’est tout ce qu’on a, il faut la soutenir. En plus il faut qu’il sachent que seul la JSK peut unir tous les Kabyles donc, resons solidaires !

Un mot pour conclure ?

Je vous remercie pour cet entretien, et je profite de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à l’ancien président de la JSK qui nous a quittés ces derniers jours, le défunt Abdouche, c’est un grand monsieur, j’ai eu l’occasion de le connaître. Sa mort est une grande perte pour le monde du football.

Entretien réalisé par

Hamid Oukaci

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