Par DDK | 22 Janvier 2008 | 3824 lecture(s)

Qui se souvient de Fatma Tazoughert ?

L’historiographie de la région des Aurès semble avoir occulté Fatma Tazoughert, figure berbère mythique, néanmoins représentée dans la tradition populaire, avec les mêmes traits caractéristiques attribués à la reine Kahina ou encore Tinhinan, ancêtre mythique des Touareg.Fatma Tazoughert aurait été à la fois une sainte soufie, une chef guerrière, une généreuse et une souveraine, régnant sur la partie occidentale des Aurès.

L’existence de cette femme est révélée par la tradition orale qui l’affuble du surnom de Tazoughert qui signifie “la rousse”.

La poétesse populaire Khoukha Boudjenit, morte en 1963, dont les paroles sont toujours chantées par les Rahaba (groupes folkloriques aurésiens) évoque ainsi avec une immense vénération, Fatma Tazoughert pour laquelle “L’azrif (L’argent) a été travaillé” et dont “les réserves ont été remplies d’orge, d’huile d’olive, de miel et de blé”. Ce poème a été conservé dans “l’anthologie de littérature algérienne d’expression amazighe”, œuvre collective publiée sous la direction de l’écrivain et chercheur Lounès Abderrahmane.

Descendante d’Imouren, un noble général ayant servi dans l’armée de Tarek Ibn Ziab, artisan de la conquête musulmane de l’Andalousie, cette femme aurait, entre autres, possédé un lion, un cheval blanc et un loup blanc.

Selon la légende, c’est son loup blanc ou “ouchen amellal” qui, sentant la mort de sa maîtresse, la pleura toute la nuit par de tristes et stridents hululements.

Dompteuse de lions, tout comme Sidi Boumédiène, Fatma aurait été une habile cavalière et une redoutable chef guerrière, dont la victoire sur la non moins mythique roi marocain Dordj H’mam est mentionné dans les vers du grand poète marocain El Medjdoub, selon l’auteur du livre “L’histoire, le Aurès et les hommes”. Mère de dix-sept enfants, cette femme fière et altière, récitait le coran par cœur et sauvait guérir les maladies par l’usage des herbes sauvages, dont elle reçut de sa mère les secrets.

Des bijoux, récemment découverts dans la région de N’gaous auraient appartenus à cette souveraine. Les bijoux font actuellement l’objet d’un examen plus minutieux.

Selon certaines sources orales, Fatma Tazoughert serait l’ancêtre de la tribu des Ouled Fatma, habitant jusqu’à aujourd’hui les régions de Merouana, de Ras Tayoun, de N’gasus et de Taxlent.

Mais certains autres versions de la tradition orale font remonter la lignée de cette tribu aux Fatimides, dont la dynastie doit sa fondation au concours des tribus berbères de l’Est algérien.

Nacer Maouche

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