Anza, un cri contre l’oubli
Né en 1936 à Ighzer Amokrane, Bouguermouh est d'abord un diplômé de la prestigieuse école de cinéma parisienne de l'IDHEC durant les années soixante. Rapidement, il s'est mis derrière la caméra, et malgré la bureaucratie et les épines, il ne cessait de donner des coups de manivelle avec un sens inné et un talent certain pour produire des courts et longs métrages aux succès indéniables tels : Cri de prière, les oiseaux de l'été, l'enfer à dix ans et l'éponyme Kahla ou Beïda, des produits qui ont longtemps marqué les soirées des téléspectateurs algériens.
Anza ; quatre minuscules lettres qui nous appellent à faire une halte dans la dignité et jeter un regard sans concessions sur l'une des pages de notre histoire. Anza ; c'est ce cri qui vient du sang qui a arrosé nos plaines et montagnes, cri des âmes torturées, trahies et laissées pour mortes. Anza ; c'est bien le titre choisi au premier roman fleuve du grand cinéaste Abderrahmane Bouguermouh que Casbah édition vient de mettre gracieusement sur les étals de nos librairies.
Né en 1936 à Ighzer Amokrane, Bouguermouh est d'abord un diplômé de la prestigieuse école de cinéma parisienne de l'IDHEC durant les années soixante. Rapidement, il s'est mis derrière la caméra, et malgré la bureaucratie et les épines, il ne cessait de donner des coups de manivelle avec un sens inné et un talent certain pour produire des courts et longs métrages aux succès indéniables tels : Cri de prière, les oiseaux de l'été, l'enfer à dix ans et l'éponyme Kahla ou Beïda, des produits qui ont longtemps marqué les soirées des téléspectateurs algériens.
La force de l'attachement à sa terre vibre au diapason de la musicalité de sa langue, sa culture bouillonne chaudement dans ses veines. Et il lui aura fallu attendre plus de vingt ans, pour réunir contre vents et marées les fonds nécessaires à la réalisation de "La colline oubliée" en 1997, vingt ans à peaufiner et ficeler le scénario du roman épique de Dda Lmouloud, qui donne le là, à même de décomplexer à la racine et offrir joyeusement au cinéma Amazigh, une entrée en scène par la grande porte et, pour ainsi dire, baliser le chemin devant les nouveaux réalisateurs qui ne nourrissent plus de préjugés à traiter avec son et image le monde actuel dans la langue de Youva.
Mais, l'âge avance, fuyant. Les œuvres cinématographiques sont harassantes, usantes. Le souffle semble s'atténuer inexorablement. Des pépins de santé ont eu raison de l'abnégation de ses vingt ans, hélas ! Et en vieux briscard, presque secrètement, Aberrahmane Bouguermouh va se retirer chez lui, à Ighzer Amokrane qu'il aimait tant comme un juste et apaisant retour au bercail. Loin des caméras, l'homme garde un regard lucide de notre pays, ses problèmes et surtout son histoire. Convaincu que le 7e Art est derrière lui, le cinéaste s'invente une arme comme on se crée une passion, la sensibilité à fleur de peau. L'Algérie du cœur comme fil conducteur, il reprend sa plume qu'il plonge dans l'encrier de la mémoire nationale. Remuant à gauche et à droite à dépoussiérer ses propres souvenirs, il finit par concocter un roman plus vrai que nature, dont le décor est implanté dans la terre de ses ancêtres ; la Kabylie et une histoire à laquelle il était témoin ; les événements de mai 1945. En fait, Anza brosse toute une période de notre histoire allant de 1900 à 1947 dans un condensé de personnages hauts en couleurs, aux aventures empreintes de sacrifices, de croche-pieds, de crimes et d'espoirs. Anza est servi par écriture généreuse où le verbe chichement nourri est ciselé par la sagesse de l'âge, où la phrase émotive déroule l'intrigue dans une douceur qui laisse le lecteur haletant page après page, insatiable chapitre après chapitre comme s'il croquait un fruit juteux. Avec ce roman, le Grand Monsieur du cinéma algérien nous fait pénétrer comme dans un conte de terroir tellement les lieux et les personnages sont aisément identifiables et proches de nous.
Bref, Anza ; c'est une œuvre qui rompt avec la solitude, un conte qui nargue le malheur et un retentissant cri contre l'oubli !
Tarik Djerroud



