Par DDK | 17 Juillet 2017 | 1779 lecture(s)

MAHMOUD OUAZAR, président de l’association Rahma d’aide aux cancéreux de Draâ El-Mizan

«Tout a commencé lorsque j’ai perdu mes deux frères…»

À la veille de la journée de sensibilisation sur le cancer qui a eu lieu la semaine dernière au lycée Ali Mellah, en présence d’éminents spécialistes, Mahmoud Ouazar, président de l’association Rahma d’aide aux malades atteints du cancer, est revenu sur les missions de son association.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous présenter aux lecteurs votre association ?
M. Mahmoud Ouazar : Notre association, dénommée «Rahma» d’aide aux malades atteints du cancer, a été créée le 15 juillet 2015. Nous fêtons le deuxième anniversaire avec l’organisation d’une journée de sensibilisation sur le cancer sous toutes ses formes (8 juin dernier, ndlr) au lycée Ali Mellah. L’année dernière, soit le 12 mars, on avait retenu un séminaire sur le cancer du sein.

Comment avez-vous eu l’idée de créer l’association ?
C’est douloureux de vous répondre. Mais je vous confierai que l’élément déclencheur a été le décès de mes deux frères suite à cette maladie, dont souffre aussi mon conjoint aujourd’hui. Je tiens à préciser que nul n’est à l’abri de cette maladie. La lutte contre le cancer est une noble cause que nous devrons tous mener afin de vaincre ce mal. Cela n’a pas été du tout facile au départ. C’est dur et c’est une grande responsabilité de s’engager dans l’action humanitaire. Mon premier combat était de rassembler autour de moi des personnes pour la création de l’association. Puis, il a fallu embellir le local servant de siège de l’association avec l’aide de bénévoles. Ensuite, nous avons lancé nos actions avec des moyens dérisoires, mais armés d’une grande volonté. Depuis, c’est un combat permanent au quotidien. Nous menons toute une bataille rien que pour régler les charges du local déjà. Aussi, n’ayant aucun moyen de transport personnel, je me déplace par bus, même à travers le territoire national, non seulement, pour assister à des séminaires, mais aussi pour prendre des rendez-vous pour des malades. Ce n’est pas du tout une tâché aisée, surtout quand on connaît le manque de centres anti-cancer dans notre pays et les entraves bureaucratiques. Mais on a quand même pu franchir beaucoup d’obstacles. De jour en jour, nous recevions des personnes qui demandent de l’aide. Grâce à nos rapports avec plus d’une vingtaine d’associations au niveau national et la contribution du ministère de la Santé ainsi que de la direction de la santé et de la population de la wilaya, on a pu prendre en charge les premiers cas. C’est ce qui nous a encouragés à aller de l’avant, bien que la mission soit complexe. Vous savez, quand quelqu’un vient déposer un dossier sur votre bureau, il repart en quelque sorte soulagé. Et à partir de ce moment là pression s’exerce sur nous. Dieu merci, on a toujours trouvé des solutions à tous les cas. Le cancer est une maladie qui ne pardonne pas. Il faudrait, donc, trouver des rendez-vous notamment pour la radiothérapie. Et ce n’est guère facile.

Quels sont les cancers les plus dominants dans la région ?
En plus du cancer du sein, nous avons ceux du col de l’utérus, du colon, du rectum… Il y a, aussi, un autre type qui se développe. Il s’agit du lymphatique, encore méconnu, en sus de la leucémie et le cancer du cavum. Nous avons actuellement plus de deux cents cas. Nous faisons en sorte de trouver un rendez-vous à chacun d’eux, ou de leur offrir des médicaments… A titre d’exemple, pour le cancer du sein, nous avons déjà une trentaine de femmes présentant des ganglions. Pour la mammographie, nous avons inscrit plus de six cents femmes âgées entre douze et trente-cinq ans.

Quels sont les entraves et manques auxquels vous faites face ?
En peu de temps, et grâce à l’aide de Dieu et des bienfaiteurs, nous avons pu ouvrir des voies qui, jusque-là, paraissaient infranchissables. Pour nous, la radiothérapie reste un grand problème en Algérie. Aujourd’hui, quelques séances varient entre 40 et 50 millions de centimes. Dernièrement, avons reçu un malade auquel il a été demandé une cinquantaine de millions de centimes pour subir une radiothérapie. Aujourd’hui, on ne doit pas baisser les bras. On essaie d’ancrer cette culture humanitaire dans notre société. Les jeunes sont appelés à s’impliquer dans cette association. C’est notre vœu le plus cher.

On vous laisse conclure…
On lance un appel à toutes les autorités, les élus, allant de l’APC en passant par l’APW jusqu’aux députés, de travailler la main dans la main, afin de lutter contre cette maladie qui tue de millions de personnes par an. On souhaite surtout que le plan anti-cancer, mis en place par le gouvernement, soit bénéfique pour tous les malades, notamment les démunis qui n’ont pas les moyens de se faire soigner contre ce mal du siècle.

Entretien réalisé par Amar Ouramdane

0