Par DDK | 15 Aout 2018 | 1053 lecture(s)

Boumerdès

Les marchés couverts désertés

Les vendeurs à la sauvette boudent les marchés couverts construits à travers plusieurs localités de la wilaya de Boumerdès. Ces lieux de négoce réalisés à coup de millions de DA sont, dans la plupart, fermés ou saccagés alors que d’autres projets ne sont pas encore achevés depuis plusieurs années. Karim, un marchand de fruits et légumes exerçant à Chabet El Ameur, explique le refus des commerçants à joindre les deux marchés couverts réalisés au centre-ville depuis plus de trois ans : «Depuis 2009, les responsables locaux tentent de nous délocaliser dans un autre endroit pour libérer la route principale. Ils ont échoué dans toutes leurs tentatives en raison du mauvais choix pour la réalisation des marchés couverts. L’endroit choisi était pris sans notre consultation et maintenant ils veulent nous liquider», dira notre interlocuteur. Et d’ajouter : «Nous avons exercé quatre mois à l’intérieur de ces marchés couverts et nous n’avons pas senti de changement. Au contraire, notre chiffre d’affaire a baissé et nous avons décidé de les abandonner et revenir vers nos anciens espaces que nous occupions au départ». Les consommateurs ont trouvé des difficultés pour s’approvisionner des marchés couverts réalisés sur la route menant au parc communal et en milieu d’habitations. Certains consommateurs, en raison de l’éloignement des marchés couverts, préfèrent faire les emplettes dans les autres marchés hebdomadaires à l’exemple des Issers. Les élus locaux ont décidé d’aménager un espace au centre-ville pour transférer les marchands des fruits et légumes. Il semble que cette mesure leur a plu car elle n’a pas suscité la colère des commerçants. Les carreaux des marchés couverts ne conviennent pas à la nature de certaines activités qui demandent un endroit plus spacieux. À Figuier, un autre marché couvert est construit au profit des marchands de poissons. Ces derniers le boudent également et préfèrent vendre leurs produits sur les trottoirs causant ainsi des bouchons interminables sur la RN24. Ce marché, un joyau architectural dédié aux métiers de la pêche, qui a coûté plusieurs millions de dinars pour sa construction, n’attire plus les vendeurs. Au lieu de chercher à comprendre la raison de cette fuite vers l’informel, les responsables concernés ont proposé de construire d’autres marchés similaires dans les autres régions, notamment balnéaires. L’informel est encouragé, par ailleurs, d’une manière indirecte par le consommateur qui achète auprès des vendeurs étalant leurs produits sur les trottoirs. Le comportement de consommateur doit changer justement afin de préserver sa santé, car le produit vendu sur les étales échappe au contrôle. En sus de cela, la volonté d’échapper au fisc est bien ancrée dans l’esprit de tous vendeurs. Cela se passe au moment où les carreaux des marchés couverts sont proposés à des tarifs très réduits. Pour capter les vendeurs informels, l’État a lancé un programme de réalisation de 18 marchés couverts sur le territoire de la wilaya dans le cadre des PCD. Mais ce programme piétine. Les projets réalisés ne sont toujours pas ouverts, notamment à Boudouaou, Dellys, Chabet El Ameur et Tidjelabine. D’autres ne sont toujours pas achevés à l’exemple des Issers où l’entreprise réalisatrice n’a entamé que l’ossature en ferraille. Les pouvoirs publics ont dégagé une somme de 94 millions de DA pour éradiquer le phénomène de l’informel. Pas moins d’une soixantaine de marchés informels ont été recensés ces dernières années, où exercent plus de 2 000 vendeurs à la sauvette, soit une moyenne de 180 pour chaque daïra. Cependant, depuis le lancement de la bataille contre l’informel, les autorités ont pu éradiquer une vingtaine de lieux de négoce échappant au contrôle à travers plusieurs localités.
Y. Z.

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