Virée à Ifri-Ouzellaguen
L’école du «Jeune citoyen», ouverte par l’association Etoile culturelle d’Akbou, comporte des classes terminales, littéraire et scientifique. En plus des cours du programme officiel qu’elle dispense par des PES, des activités, dites citoyennes (sur la santé, l’environnement,…). Dans cette optique, inculquer un comportement citoyen, une sortie découverte pèlerinage a été faite au musée d’Ifri.Ce lundi-là, le mini-bus s’était révélé exigu pour contenir la grande foule de jeunes. Aussi, Djaouida Kichou et Loualia Salah, membres de l’Etoile et organisateurs de cette virée, ont-ils opté, pour la répartition des jeunes en groupes. Le second s’en ira le jeudi d’après. Le bus finira par s’ébranler rampant, avançant cahin-caha, penchant alternativement des deux côtés. Mais ce tas de ferraille montrera bientôt ses limites fort réduites et s’échouera en contrebas devant le parc communal pour céder la place à 2 fourgons. C’est alors la route vers Ouzellaguen.Au chef-lieu de daïra, les véhicules emprunteront la route menant à la polyclinique pour aboutir à une piste grimpante qui n’en finira pas. La pente devient encore plus raide puis des détours qui ne se comptent plus, se tissant en tourbillon, à donner des vertiges. Mais à chaque sortie du demi cercle, un paysage superbe s’offre à la vue.D’innombrables montagnes brisées, toutes de vert couvertes, et d’où se dégagent des senteurs enivrantes, des pistes serpentant mènent chacune à un village. Des villages typiquement kabyles imbriqués les uns dans les autres avec leurs maisons aux toits criards en tuile couleur d’orange. Mais, le modernisme a étendu ses tentacules jusqu’au fin fond de ces bourgades et des villas y poussent comme des champignons. Les pistes sinueuses deviennent abruptes. Le fourgon s’arrête brutalement, les jeunes, telle une nuée de papillons, s’abattirent sur une petite boutique, haut perchée sur les hauteurs. Chewingum, gaufrettes, friandises, pain, fromage et jus. Tous leur argent de poche y passe. Le ravitaillement assuré, direction le lieu historique. Le portail passé, une grande cour contient à son extrémité, le musée, le fameux musée d’Ifri, abritant documents, écrits, photos et toutes sortes de vestiges, témoin de la douleur, de la souffrance, de la torture et de l’espoir de nos valeureux martyrs.Le contenu du musée, éparpillé dans l’une des salles, et exposé soigneusement dans l’autre, est un trésor historique, relatant l’histoire, la guerre de libération à travers ses différentes étapes et à travers l’Algérie. Un long escalier mène à un monument géant que surplombe une série de gradins. Un escalier central conduit au fameux lieu où s’étaient rencontrées et réunies les grandes figures de notre histoire. «C’est la maison de Na Ourdia, la tante de feu Mohamed Haroun», explique le professeur d’histoire Aït Khaddache.
Visite du muséeLes absents cités étaient Mustapha Benboulaid (représentant les Aurès) et Si Chérif (représentant le Sud), excusé après un rapport adressé à la réunion. A l’ordre du jour, plusieurs points ont été passés en revue : compte-rendu, organique (découpage, structure,…), militaire (effectifs) unités, composition, armement), finances (recettes, dépenses, caisses), politiques (état d’esprit des combattants et du peuple), plate-forme politique et les trois brochures, informatisation,…Dans le musée, nous trouvons, entre autres, un aperçu, sur les manifestations en Algérie et dans le monde, sur la guerre d’Algérie en Algérie et en France, et enfin, sur l’Indépendance. «Avant la répression féroce et sauvage du colonialisme français menée à l’encontre du peuple algérien, et la non reconnaissance de sa révolution, le FLN a décidé de porter la révolution sur le sol français. Ainsi, la France fut divisée en 7 wilayas et selon les points de concentration des ressortissants algériens», lit-on. Et aussi, «devant l’ampleur des opérations militaires et des manifestations populaires, la France, après toutes ses défaites et ses échecs, s’est vue contrainte de reconnaître le front de libération nationale seul et unique représentant du peuple algérien, en passant aux négociations et en signant les Accords d’Evian le 18 mars 1962. Ainsi, le cessez-le feu a été appliqué le 19 du même mois. Ce qui donna lieu au référendum sur l’indépendance», explique Md Chérif à ses élèves de l’école du Jeune citoyen. L’enseignant est aussi professeur de la même matière au lycée Hafsa (rebaptisé Med Haroun par les aârchs). «Pendant plusieurs jours, nos valeureux guerriers se sont retrouvés et réunis dans de nombreuses de ces maisons», montre-t-il, traçant un cercle avec sa main pour englober des demeures éparpillées en contrebas, et dont il ne reste plus que des ruines ou plus aucune trace pour certaines.«Là, dit-il jointant le doigt sur le lieu du congrès, la maisonnette gardée dans son état vétuste d’antan, vivaient trois familles», et d’enchaîner : «Le Congrès allait se tenir à Tamokra, à Azrou ou Maza mais les Français en ont eu vent, il a été remplacé par celui-ci, la meilleure cachette était là où il y avait l’armée française, c’est-à dire là où on s’attendait le moins, ou pas du tout, à la tenue d’un rendez-vous aussi important, mais quand cela s’est su, après le Congrès eut lieu, Taddart a été évacuée sur Ouzellaguen puis rasée».Dans cette vielle maison, ainsi que dans le musée, étaient affichés des photos et des documents, dont le procés-verbal de l’événement. Des objets traditionnels berbères sont aussi entreposés çà et là. Sur le PV du congrès, nous lisons, entre autres, la liste des présents : Ben M’Hidi (représentant de l’Oranie, président de séance), Abbane (représentant le FLN, secrétaire de séance), Ouamrane (représentant de l’Algérie), Krim Belkacem (représentant de la Kabylie), Zirout Youcef (représentant le Nord-Constantinois) sur l’Indépendance de l’Algérie le 1 juillet 1962 et à la proclamation officielle de l’Indépendance, le 5 Juillet 62.Monsieur, Ait Kheddache avait auparavant, juste à l’arrivée au lieu, donné un cours sur la guerre de libération, de son déclenchement jusqu’à l’indépendance. «Il est important pour notre jeunesse de se mettre face à son histoire, de la connaître, de s’en imprégner. Et ce lieu est un livre d’histoire justement», a-t-il terminé, demandant un recueillement et une minute de silence. La balade au lieu vénéré a-t-elle atteint l’effet escompté ? On est tenté de le croire à la vue de ces 2 jeunes se prosternant devant la statue de Abane Ramdane, déposant, émus, des baisers sur l’épaule de ce grand homme de l’Algérie, pour retourner un regard solennel et respectueux.Alors que la foule juvénile et ses encadreurs quittaient le lieu sacré, elle croisa une file d’autres jeunes et enfants, qui arrivaient en sens inverse.C’était les scouts de Biziou (de Seddouk) du groupe Lahbib Messaoud, accompagnés de leurs animateurs dont M. Kadim. La balade s’achève mais pour chacun des présents, désormais un cours est lancé dans l’esprit, celui de leur histoire dont ils portent désormais le flambeau. Ils ont vu, ils ont retenu.
Taos Yettou





