Par DDK | 5 Avril 2005 | 241 lecture(s)
La poterie en déclin
C’est une tâche de longue haleine, qui débute dès le printemps et qui prend fin, en été avec la cuisson. Nos grand-mères façonnaient alors, des marmites, des jarres, des cruches, des écuelles,et bien d’autres ustensiles de cuisine destinés pour l’usage domestique, mais aussi pour la vente. C’est dire que la femme kabyle n’est jamais en chômage.La première opération consistait à chercher la matière première, qui est l’argile généralement à dos d’ânes, à quelques kilomètres du village. Les mottes sont ensuite séchées au soleil, puis écrasées et réduites en poussière. Avec cette poussière imbibée d’eau, on prépare une pâte qui devient consistante au bout de deux jours. Elle sera ensuite malaxée vigoureusement, tout en lui incorporant des débris d’un vieil ustensile broyé. Les graines de terre cuites ainsi ajoutées forment avec l‘argile fraîche une pâte qui ne fendra jamais. Il est temps alors de modeler. Pour cela, on dépose un gros paquet de pâte sur une planche. On façonne vivement le fond d’une cruche, d’une marmite, ou d’un plat. C’est toujours une galette bien ronde. Puis on saisit l’argile entre les mains, on triture, on tâte, on caresse et on fait sortir une espèce de bâton qui s’allonge.Lorsqu’on juge suffisamment la longueur, on coupe ce bâton en tronçons, qu’on tourne avec précaution autour de la galette préparée au préalable. Alors, munie d’une planchette bien lisse, on tire l’argile, on amincit le tronçon qui monte et qui dessine bientôt le bas de la paroi. On prépare plusieurs ustensiles à la fois, selon la surface de la cour de la maison. Le dernier ustensile ébauché, on revient au premier qui a déjà séché un peu. On dit qu’il a “bu”. On prend le nouveau un cylindre de pâte et on l’ajoute à l’ébauche. Puis à l’aide de la raclette, on aplatit, on tire, on polit on amincit l’argile,on supprime les bavures. Les parois montent petit à petit, la marmite ou la cruche se dessine. La main droite tient la raclette et façonne l’intérieur et la main gauche surveille l’extérieur qu’elle caresse continuellement pour l’obliger à prendre forme. Une fois ce travail de création achevé on se permet une détente bien méritée lorsque les ustensiles sont secs, il faut les décorer.La terre glaise employée à leur fabrication est jaunâtre, ou rouge. Tous les objets sont enduits d’une couche d’argile blanche qu’on frotte avec un galet (caillou poli). C’est sur ce fond lisse blanc et brillant qu’on fait nos dessins : de larges teintures, des losanges, des carrés, des cercles etc. Tout ce travail se fait durant le printemps.L’été est le moment favorable pour la cuisson. Le tas de bois est préparé depuis longtemps. Le jour de la cuisson est un grand jour. De mémoire de portières, les meilleures cuissons obtiennent les mardis ou les mercredis, pourvu que les conditions atmosphériques soient favorables : il faut un ciel pur et un temps sec. L’application aura lieu en plein air, de préférence loin des habitations.Le jour “J”, tout le monde assiste à l’allumage. Mais, attention ! On n’est pas toujours à l’abri des risques. Parfois le bûcher crépite, les ustensiles éclatent comme des pétards, et le travail d’une saison se récolte en débris tordus par le feu, ou en vases craquelés. Inutilisables. Alors il ne reste rien qu’à pleurer. Par contre, lorsque-là cuisson est réussie, on partage la joie avec la famille. En gardant ce dont on a besoin, et le reste est vendu ou échangé avec différents denrées alimentaires : blé, orge, fève, figues sèches, etc.C’était un travail, certes très pénible mais très passionnant et créatif. Comme il est d’un apport économique non négligeable. Le prix d’une écuelle “tarbut” par exemple, dépasse les mille dinars. Malheureusement,à M’chedallah, la seule mine d’approvisionnement en argile a été fermée définitivement au public, en 2003, suite au drame survenu sur les lieux, coûtant la vie à deux malheureuses mamans.
Farid A.






