Sur le flanc nord du Djurdjura, près du village Tizi Oumalou, dans la commune d’Abi Youcef, nous apercevons de loin cette tache noire qui n’est rien d’autre que l’entrée d’une grotte « La grotte du macchabée ». Si cette caverne est appelée ainsi, c’est parce qu’elle abrite en son sein un cadavre de sexe masculin parfaitement conservé, depuis plus d’un siècle, grâce à la basse température des lieux en hiver comme en été. Faute d’études la concernant, on ne peut dater avec exactitude la mort de cet inconnu. A la question de savoir d’où vient ce mystérieux cadavre, dans la région, on avance plusieurs hypothèses. La première parle d’un berger qui serait tombé par inadvertance dans le gouffre profond d’une vingtaine de mètres. La cheminée située juste au-dessus du cadavre et débouchant sur un terrain de pacage, conforte cette thèse. La deuxième explication qui a toujours été donnée par les anciens dit que le cadavre serait celui d’un voyageur venu du Maroc et qui, surpris par la nuit et le froid se serait réfugié dans la grotte. Dans cet endroit sombre et humide, le pauvre homme aurait perdu l’équilibre et serait tombé dans cette cavité. L’idée de la chute est confirmée par ceux qui se sont rapprochés du corps et qui ont décelé la fracture d’une des deux jambes. Sa blessure ne lui permettant pas de sortir de ce trou, il serait mort de froid et de faim. Pour accéder à la Grotte du Macchabée, il faut braver le danger de l’escalade d’une falaise abrupte d’environ cent mètres de hauteur. L’intérieur est constitué d’un dédale de couloirs, entrecoupés de plusieurs salles, le tout formant un labyrinthe où seules les traces laissées par les visiteurs peuvent vous permettre de retrouver votre chemin. Le danger d’une chute vous guette à tout instant, surtout à certains endroits escarpés où la roche est glissante. La visite de la grotte est l’un des premiers objectifs des randonneurs dans la montagne, malgré les risques encourus. Celle-ci draine de plus en plus de curieux mais pas de chercheurs. Devant le danger que représente cette caverne, les autorités devraient prendre des dispositions pour fermer les lieux, à défaut de les sécuriser. De retour d’une promenade, en montagne, qui les a menés sur les lieux, un groupe de jeunes étudiants nous a fait part de sa déception de n’avoir pu observer l’objet de sa visite. En effet, si les hommes n’ont jamais pensé à protéger cet illustre inconnu, la nature s’en est chargée et ce, depuis l’hiver dernier. Un éboulement assez important s’est abattu sur le lit du macchabée et l’a enseveli, peut-être, à jamais.
Nacer B.
