Par DDK | 22 Juillet 2017 | 1709 lecture(s)

ENVIRONNEMENT Les Bougiottes sonnent le tocsin

Oued Soummam objet de toutes les pollutions

Les coups de boutoir qu’encaisse Dame Nature au quotidien ne sont pas près de s’estomper. Et pour cause, l’incivisme et l’insouciance d’une certaine frange de la population menacent sérieusement la santé des riverains, sans compter la dégradation tous azimuts de l’environnement.

Les différents cours d’eau greffés au mythique fleuve de la Soummam ne sont pas en reste, d’autant plus que les déchets de tous genres sont jetés sans vergogne dans le lit desdits affluents. ‘‘Assif n Summamˮ est l’une des rivières les plus polluées au niveau national. C’est une bien triste réalité, et la population locale semble ignorer l’épée de Damoclès qui plane au dessus de sa tête. Des décharges à ciel ouvert sont même disposées le long des deux rives du cours d'eau. Plus perceptibles, l’odeur nauséabonde et l'eau sombre agressent les riverains, en sus, elles peuvent être vectrices de maladies, en partie dues aux métaux lourds et autres produits chimiques déversés directement dans le lit de la Soummam. Les déchets qui y sont déversés sont rejetés par près dune centaine d’entreprises de production industrielle, implantées dans la vallée de la Soummam, et ne possédant pas de stations de traitement des rejets organiques. Ainsi, les pathologies cutanées et respiratoires sont courantes chez les habitants des rives et des quartiers situés à proximité. «D’immenses monticules de déchets et de sacs plastiques jonchent les rives. Ces derniers temps, une odeur nauséabonde se dégage jour et nuit, à telle enseigne que nous ne pouvons pas ouvrir nos fenêtres aux quatre vents. Le degré de saleté dépasse tout entendement», dixit un habitant du village Takrietz. Et à un autre habitant d’abonder en surenchérissant que «sans aucune équivoque, la Soummam ressemble lugubrement à l’oued El Harrach. L’étude de cette eau sale et les analyses poussées ont permis d´identifier clairement la présence d´éléments toxiques et de métaux lourds, citant entre autres le zinc, le cuivre et le fer. L’environnement dans la wilaya de Béjaïa ne cesse de se dégrader au fil des ans, pour atteindre, aujourd’hui des seuils alarmants. Par ailleurs, chaque ménage génère des quantités incommensurables d’ordures, qui finissent souvent au fond des cours d’eau, ou carrément dans la nature. Les décharges publiques improvisées témoignent de l’ampleur des dégâts, en sus, l’absence de centres d’enfouissement et l’inexistence d’une politique de tri et de récupération de l’emballage amplifient davantage la catastrophe écologique qui se trame au su et au vu de tout le monde. Au demeurant, rien n’a été fait par les pouvoirs publics afin d’endiguer, un tant soit peu, cette détérioration environnementale qui semble s’installer dans la durée ! Ainsi, ni les agglomérations, ni les terres agricoles, encore moins les cours d’eau, ne sont épargnés par la pollution. Si on prend l’exemple de l’oued Soummam, le constat est sans appel. Depuis des décennies, l’eau du fleuve n’a jamais été immaculée et claire. «La Soummam arbore une couleur sombre et exhale une odeur putride. Voilà ce qui reste de notre fleuve», se désole un septuagénaire. Les cours d’eau sont devenus des égouts à ciel ouvert, où les eaux usées ruissellent à longueur de journée. Ils sont transformés en collecteurs, où des insectes, comme les moustiques et des animaux errants y pullulent. Cette situation n’est due qu’à l’évacuation des eaux usées vers ces rivières, comme les bouches des différents réseaux de l’assainissement de toutes les localités du versant sud, ainsi que celles nichées au versant gauche de la Soummam y «vomissent» quotidiennement des centaines d’hectolitres de rejets liquides pestilentiels, en polluant au plus haut degré ces lieux censés être protégés contre toute insalubrité, étant donné que les forages de ces mêmes localités y sont implantés ! Les habitants sont arrivés à saturer l’espace de déchets et utilisent actuellement les eaux comme déchetterie, pendant ce temps, la nature disparaît de plus en plus et les animaux sauvages sont presque inexistants ou en voie de disparition, payant ainsi les conséquences de l’Homme incivique et irresponsable. Si les questions de la gestion des déchets chimiques et de la pollution aux métaux restent complexes, il ne semble pas compliqué d’ouvrir davantage de stations d’épurations pour régler la question des déchets ménagers. Cela ferait autant de déchets domestiques en moins dans les fleuves, à condition que l’homme lui-même ne jette pas ses déchets n’importe où, mais ça, c’est une autre paire de manches, relevant beaucoup plus de l’éducation…

Bachir Djaider

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