Par DDK | 18 Novembre 2015 | 1665 lecture(s)

Quand l’utile est joint à l’agréable

Ruée sur la chasse aux grives

À l’inverse des étourneaux qui arrivent en grande fanfare et bruyamment par des essaims qui en comptent des milliers d’oiseaux chacun et en tournoyant dans le ciel par de spectaculaires pirouettes et parades, les grives, par contre, sont très discrètes mais ne passent pas pour autant inaperçues. Cela du fait que les amoureux de ce genre de chasse guettent impatiemment leur arrivée durant ce mois de novembre. Aussitôt signalé dans la région depuis le début du mois, une remarquable effervescence s’est emparée de nombreux chômeurs pour lesquels la chasse aux grives constitue non seulement un agréable et passionnant loisir mais aussi une aubaine qui se présente à eux pour se faire un peu d’argent de poche et même plus, sachant que ce gibier est cédé à 100 DA la pièce et le moins expérimenté de ces chasseurs arrive à attraper entre 15 à 20 grives par jour à l’aide de piège à ressort (Thikerachine) d’autant plus que la technique de leur pose est très simple et reste à la portée de tout le monde. Elle consiste d’abord à collecter suffisamment de vers blancs (Thiwekiwine) qu’on déterre en retournant le sol à l’aide d’une binette, ces vers qui sont utilisés comme appât sont ensuite enfermés dans un récipient en fer dans lesquels on met de la terre pour permettre aux vers de survivre et ne pas s’entre-tuer. Une fois la quantité d’appâts collectés est suffisante, le chasseur se rend dans les champs notamment en lisière de forêts ou en bordure des ravins pour procéder à la pose des pièges. Cette technique consiste à aménager la place qui doit recevoir le piège en retournant le sol et monter la terre fine sous forme de dôme de manière à ce que le piège soit posé en semi-vertical et qu’on recouvre d’une légère couche de terre ne laissant apparaitre que le vers blanc coincé entre deux tenailles (Thamitcha) au milieu du piège tendu. La distance entre eux doit être d’au moins de 100 m pour éviter que la grive prise n’effraye les autres en se débattant. Une fois la totalité des pièges posée, le chasseur se retire au loin pour les surveiller et ne revient que quelques heures après pour retirer les grives prises (Assigui). Les plus futés de ces chasseurs se lèvent à l’aube pour tendre leurs pièges ou les laissent carrément tendus la veille car, les grives qui se réveillent affamées foncent droit sur les pièges dès les premières lueurs, d’autant plus qu’avant la levée du jour, il n’y a pas de citoyens qui circulent en ces lieux donc, les oiseaux ne sont pas dérangés et se posent par terre.

Il existe plusieurs techniques de chasse sans armes à feu

En plus de ces pièges à grives et étourneaux, plusieurs autres pièges et techniques ont été inventés par nos ancêtres pour chasser plusieurs espèces de gibiers sans avoir recours aux armes à feu. Pour la chasse aux perdrix, ils ont utilisé (Allouah) qui consiste à creuser un trou dans le sol d’environ 50 cm de profondeur et des mêmes dimensions en circonférence ensuite, ils ont confectionné un couvercle pivotant à l’aide de deux feuilles en contre plaqué fixées par un cadre et retenues, chacune, par un bout d’élastique. On place ce piège à la surface du trou et on le recouvre de paille pour attirer les perdrix qui cherchent les grains de céréales contenus dans cette paille. Une fois dessus, l’oiseau tombe à l’intérieur du trou et les deux couvercles s'ouvrent brusquement et cèdent sous son poids et se referment grâce à l’élastique ou un morceau de matière en caoutchouc. Le chasseur n’a qu’à glisser la main à l’intérieur pour retirer la perdrix et même des lapins. Pour les lièvres qui raffolent du fruit du genévrier dont c’est la période de maturité, le chasseur place un piège qui est différent de celui des grives. Il est fait de deux puissantes mâchoires prolongées par une queue qu'on attache à un pieu pour éviter qu'il ne soit trainé loin par l'animal qu’il recouvre de terre fine au pied de l’arbre après avoir ramassé tous les fruits tombés par terre ne laissant que quelques grains au dessus du piège pour y attirer le lièvre qui, en marchant dessus, déclenche le ressort qui referme les deux mâchoires du piège sur les pattes du pauvre animal. Le même piège est utilisé par les éleveurs pour attraper les chacals qui rodent autour de leurs bergeries aux clapiers. Pour attraper le ramier (Azidhoudh), on utilise le collier qui est une solide branche flexible qu’on tord sous forme d’arc auquel on attache une solide ficèle à son extrémité terminée par un nœud coulant. En guise d’appât, on utilise des fèves ramollies dont raffole cet oiseau dans l’eau, une fois avoir ingurgité deux à trois grains retenus par la ficelle qui traverse les fèves comme un chapelet sans les mâcher, elles (les fèves) se coincent dans son gosier, et se trouve ainsi pris au piège. La même technique de collier est aussi utilisée pour chasser le sanglier en utilisant des câbles en acier- ceux même servant de freins ou d’accélérateur pour les motos ou les voitures légères- qu’on tend à travers la piste qu’emprunte l’animal, après avoir réalisé un nœud coulant sur le câble, mais une technique que réprouve la plupart des chasseurs et ce, du fait que la bête met plusieurs jours pour mourir dans d’atroces souffrances causées par le câble qui rentre profondément dans les chaires de l'animal quand il tire et se débat pour se libérer.

Oulaid Soualah

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