Par DDK | 11 Janvier 2017 | 1337 lecture(s)

M'chedallah Des rejets d'assainissement et d’huileries s’y déversent

Catastrophe écologique à Assif N'sahel

La rivière dénommée localement Assif N'sahel est le plus important cours d'eau de la wilaya de Bouira. Long de quelques 60 km, il traverse en plein milieu la vallée qui porte le même nom, prolongée en amont par la vallée de la Soummam. La vallée du Sahel, large d'environ 12 km, est située entre deux longues chaines de montagnes : le Djurdjura au nord, et le Chéra au sud. Aussi son cours d'eau reçoit toutes sortes de rejets, tant liquides que solides, provenant des 13 communes des daïra de M'chedallah et de Bechloul. Il s’agit notamment des rejets d'assainissement et ceux des huileries, composés de margelle et de grignon, suite aux saisons oléicoles, lesquelles s'étalent sur 4 mois chaque année (entre les débuts du mois de décembre et la fin mars). A ces déchets liquides s’ajoutent toutes sortes d’ordures ménagères déversés sauvagement les longs des deux berges et bien souvent dans le lit même d'oued. D'autres déchets provenant de l'aviculture (fumier), dont l'activité a enregistrée son plein essor dans la région depuis ces cinq dernières années, atterrissent, aussi, dans ce cours d'eau. Ce qui donne une idée de l'envergure de ces déchets, aussi variés que polluants, et leur retombées catastrophiques sur l'environnement, et par ricochet sur la santé publique. Aussi, sur les lieux, l'on constate avec effroi toutes sortes de matières liquides drainées par des centaines de ravins, ruisseaux et ruisselets, dont le point de chute est l’Assif N’Sahel. Parmi ces matières liquides, on retrouve l’eau des pluies et crues et celle provenant de la fonte des neiges ou des sources naturelles, mélangées à ces rejets d’assainissement des dizaines de villes, villages et agglomérations composant la daïra de M’Chedallah et celle de Bechloul. Cependant, depuis le démarrage, en début décembre, de la saison d’oléiculture, qui entraîne automatiquement l’entrée en activité de plus de 150 huileries implantées en divers points de ces deux daïras, leurs rejets, la margelle en l’occurrence, «Amouredj» en Kabyle, une matière des plus polluantes, vient renforcer le débit de toutes ces matières liquides, portant, ainsi, un coup fatal à l’environnement, et de diverses manières. La première étant la pollution des nappes phréatiques, proches de la rivière Assif N’Sahel des deux côtés des berges, où l’eau est puisée, tant pour l'AEP que pour l'irrigation.

La margelle cause des dégâts au tissu végétal

Cette margelle, ayant une large composante d’acide, détruit systématiquement le tissu végétal qui garnit les deux berges de la rivière et les surfaces non inondées de son lit. Ce tissu végétal est un véritable «ouvrage naturel» dénommé par les forestiers, correction torrentielle. L’effet destructif de la margelle sur cette indispensable végétation est facilement vérifiable au niveau de nombreux points de sa stagnation. En effet, aucune plante ne pousse sur ces surfaces. Même le grignon (Amgrouch), deuxième composante du rejet des huileries, produit le même effet de destruction sur la végétation, sachant que ces huileries sont en pleine activité durant 4 mois de chaque année. Il est facile de se faire une idée quant à leurs répercussions négatives sur l’environnement le long du parcours de 150 kms, sachant qu’Assif Soummam fait jonction avec celui de Sahel. Celui-ci reçoit le double du volume de margelle du fait qu’un bon nombre d’huileries y déversent, à leur tour, leurs rejets Le tout termine sa course dans la mer. À l’heure actuelle, avec ces huileries, qui tournent à plein régime, le cours d’eau d’Assif N’Sahel a complètement changé de couleur en virant au noir foncé. Les usagers de la RN5 et la RN26 auront remarqué ce changement plutôt «spectaculaire» de la couleur d’Assif N’Sahel. Sur un autre volet, il convient de souligner que des dizaines d'espèces animales, tant sauvages que domestiques, viennent se désaltérer dans ce cours d'eau, ajoutées aux espèces aquatiques qui y vivent, dont les grenouilles, les crabes et les poissons. Le tout subit les mêmes retombées de cette pollution, au même titre que les non moins importantes nappes phréatiques, atteintes de plein fouet.

Où est passé le projet de réalisation des stations d’épuration ?

À souligner qu’à chaque fois que la presse écrite évoque cette catastrophe naturelle d’envergure, produite au niveau de Assif N’Sahel, l’on se presse de dépoussiérer le dossier du projet de réalisation de deux stations d’épuration au niveau de cette rivière, dont les assiettes, retenues pour recevoir ces stations, sont au lieu-dit Achadhoukh, à proximité de Raffour dans la commune de M'Chedallah, et à Toghza dans la commune de Chorfa. Des projets inscrits sur pression de la population et retenus, depuis 2009 , mais qui n'ont jamais vu le jour. Voilà un dossier sur lequel doivent se focaliser des innombrables associations, qui se qualifient de protectrices de l’environnement, et cela au même titre que le reste du mouvement associatif, les partis politiques, les élus locaux notamment, et enfin la société civile en général. Tout ce monde doit être interpellé par cette effroyable catastrophe naturelle, à grande échelle, et ses répercussions sur la santé publique. Rappelons que le grignon, une autre composante des rejets des huileries, plus nocif que la margelle, qu'on déverse par chargements entiers en bordure ou dans le lit de cette rivière, était recyclé du temps de l'occupation française par les colons fermiers n l’utilisais, alors, pour la fabrication du savon en morceau, et dans la composante des aliments de bétails ruminant. Localement, il est utilisé en guise de combustible pour le chauffage. Cependant, avec l'arrivée du gaz de ville, ce moyen a été abandonné et rares sont, encore, les citoyens qui l’utilisent.

Oulaid Soualah

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