Par DDK | 19 Juin 2017 | 667 lecture(s)

Matériaux ferreux et plastiques Quelque 51 sites sont recensés

Ces parcs de déchets de récupération qui enlaidissent le paysage

Dans le domaine de l’informel, les récupérateurs de matières ferreuses ou plastiques participent énormément à la réduction des déchets au niveau de certains sites, mais d’un autre côté, après leur passage, il ne reste que des sacs éventrés, vidés de leurs contenus potentiellement recyclables, alors que les autres détritus jonchent le sol, et ce, lorsqu’ils ne les brûlent pas. L’incinération des déchets est pourtant une pratique interdite, comme l’affirme M. Benabed Mohamed, directeur de l’Environnement de la wilaya de Bouira «Il est vrai que l’on constate souvent que des personnes récupérant certains déchets recyclables préfèrent incendier les monticules d’ordures, pour ensuite trier les déchets ferreux, aluminium, cuivre... Même s’il arrive fréquemment que le départ de feu dans les décharges sauvages et non contrôlées est dû à ces déchets, induisant des émanations de méthane, et provoquant ce qu’on appelle le feu couvant». Ces récupérateurs de matière s’occupent également des rebuts de construction, dans lesquels uniquement l’acier est récupéré, et il n’est pas rare de les voir s’attaquer à l’aide d’un marteau et d’un burin au béton, afin d’y extraire les barres de fer. De cette activité que certains décrivent comme salvatrice pour l’environnement, il en ressort un foisonnement de zones de dépôts, notamment déchets ferreux, PVC et plastique, batteries et pneumatiques également qui sont appelés à connaitre une deuxième vie. Toutefois, ces parcs remplis de déchets qui bordent la RN05 et la RN15 enlaidissent le paysage à outrance, «Ces parcs ou plutôt zones de dépôts comme nous les appelons sont réglementés, et figurent dans la nomenclature des installations classées. Elles sont soumises au préalable à une étude, à une autorisation et une déclaration. Donc c’est comme pour une usine. Tout dépend maintenant de la superficie qu’elle occupe. Actuellement, nous avons quelques-uns de ces gérants de zones de dépôts qui commencent à se conformer à la législation en vigueur. À notre niveau, nous avons reçus des dossiers de régularisation et de création de ce type d’activité, qui seront contrôlés bien sûr. Nous avons d’ailleurs fait tout un audit en 2016 sur l’identification de ces zones de dépôt de déchets, les casses automobiles, et casses engins à travers tout le territoire de la wilaya, et nous avions dénombré 51 sites. Récemment, deux gérants de ces dépôts, un de Bechloul et l’autre d’Aomar ont entamé la procédure de régularisation, et ce seront des activités contrôlées», explique M. Benabed. Interrogé sur une éventuelle régularisation massive des personnes activant dans le domaine de la récupération, le directeur de l’Environnement fait montre de scepticisme : «Pour certaines personnes qui récupèrent ces déchets, il faut savoir qu’ils louent généralement les terrains pour y entreposer ces matières, et parfois des demeures se situent près de ces sites, et ils ne pourront pas se conformer, et donc activer en toute légalité. Mais devons-nous fermer ces sites sous peine de revoir la même situation qu’il y a 10 ans, en retrouvant des déchets partout?», s’interroge-t-il. M. Benabed affirme que ces zones de dépôts sont présentes dans plusieurs localités : «Il y en a énormément aussi dans la partie sud de la wilaya, à Ain Bessem, Sour El Ghozlane, mais également du côté de la région ouest, à Aomar, Kadiria, Lakhdaria, ou à l’est vers Chorfa et Ath Mansour. Nous avons pratiquement établi un cadastre de ces sites de dépôts. Maintenant, il s’agit pour nous d’un dilemme, car la réglementation veut que ces zones se conforment aux textes de loi. Doit-on les fermer ? Moi personnellement je ne pense pas qu’il s’agisse d’une bonne idée. J’ai toujours en mémoire l’époque d’avant que ces dépôts existent. Les déchets jonchaient nos routes, le long de nos oueds disséminés et éparpillés dans la nature. On retrouvait des carcasses de véhicules, de frigidaires et autres déchets encombrants métalliques. Maintenant ces déchets sont rassemblés, c’est l’aspect commercial et positif de la chose avec l’exportation pendant un certain temps et aujourd’hui avec la transformation au niveau des grandes aciéries telles El Hadjar ou Oran. Ces déchets ferreux, au lieu d’être abandonnés en pleine nature, sont entreposés dans des endroits spécifiques, mais ils enlaidissent toujours autant le paysage. Notre environnement n’est plus celui des années 90, que je décris comme étant réticent au développement industriel. Toutefois depuis, avec le concept de développement durable, l’environnement est tenu d’accompagner l’industrie. Nous voyons aujourd’hui l’industriel comme étant un élément qui participe à la protection de l’environnement, et notre rôle est de le contrôler. Fort heureusement, du côté de l’industriel, les choses ont évolué, comme du côté de l’environnement et nous ne sommes plus en confrontation permanente. Nous travaillons la main dans la main pour un but commun», estime M. Benabed. Pour la direction de l’environnement, un travail immense demeure en chantier, à savoir sensibiliser et convaincre les récupérateurs de métaux, plastique et autres matières recyclables d’entrer de manière formelle dans le circuit de ce commerce qui n’est pas prêt de connaitre son épilogue.

Hafidh Bessaoudi

0