Par DDK | 7 Aout 2018 | 1368 lecture(s)

Yakouren - 70 ans de vie artistique

Émouvant hommage à Djamila

Le village d'Aït Bouhini, berceau du célèbre bandit d'honneur Arezki Lbachir, a organisé, samedi dernier un hommage à la chanteuse Djamila à l'occasion de ses 70 ans de vie artistique.

Un émouvant hommage à la hauteur d'une grande dame qui a marqué d'une emprunte indélébile le monde de la chanson, du théâtre et du cinéma algérien en général et kabyle en particulier, et qui a bercé plusieurs générations. Malgré son absence due à la maladie qui l'a empêchée de se déplacer d'Alger, Nna Djamila a pu suivre cet hommage, grâce aux moyens de télécommunication modernes. D'autant plus qu'il lui a été rendu par les siens, les gens de son village natal, et par sa deuxième famille, la famille artistique. Plusieurs noms du monde de chanson, du théâtre et du cinéma, de différentes générations, ont marqué par leur présence cette fête, à l'instar de Said Hilmi, Abdelkader Bali, Said Zanoun, Sid Ali N'Ait Kaci, Mariche, le groupe Yugurten, Belaid Tagrawla, l'historien Younes Adli, Kamel Tarwiht et plusieurs autres. Les autorités locales à leur tête le chef de daïra d'Azazga, le maire de Yakouren, plusieurs élus locaux, des députés ainsi que la directrice de la culture, étaient aussi présents. Des témoignages de plusieurs générations d'artistes qui ont côtoyé Nna Djamila ont rendu un vibrant hommage à la femme de cœur et de conviction et aussi à l’une des pionnières à casser le tabou d'investir le monde artistique à une époque où cela était mal vu même pour les hommes. Le maître mot la concernant, est qu'elle est une femme exigeante, avec elle-même et avec les autres. Elle aimait son travail et le faisait avec amour et abnégation. Des témoignages poignants sur cette femme, monument, symbole et école. Said Hilmi, en l'évoquant, n'a pu retenir ses larmes, un moment de grande émotion. Retraçant son riche parcours, les intervenants n'ont pas oublié de rendre aussi hommage aux femmes pionnières de la radio et de la chanson telles que Madame Lafage dite Tassadit, Djida Tamuqrant, H’nifa et autres Cherifa qui ont bravé les archaïques codes sociaux et ont fait entendre la voix de la femme. Dans son allocution, la directrice de la culture a mis en exergue le charisme de l'artiste en affirmant : «Nna Djamila est une femme charismatique. Elle incarne l'artiste et la femme algérienne dans ce qu'elle a de meilleur». Djamila Bouguermouh, dans une lettre lue par Hacène Lhadj a dit en substance : ce qui attire le plus notre attention quand on jette un regard sur les débuts de la chanson kabyle à la radio, vers les années 40, c'est le courage dont étaient animées les premières dames qui ont embrassé le métier d'artiste. Braver les tabous à cette époque, n'était pas chose facile. Ces femmes-courage dont, au tout début, Lla Yamina, Lla Zina, Lla Ounissa , Hnifa ont franchi ce pas avec audace. En ce qui concerne Nna Djamila, le moins qu’on puisse dire est qu’elle a su subjuguer un large public. Elle nous a envoûtés et nous envoûte encore par sa voix mélodieuse, puissante et soutenue et par la belle musique. Par ailleurs, ses prédispositions pour l'art dramatique, le cinéma et la télévision, et le beau physique dont l’a dotée la nature ont fait qu’on fasse appel à elle. Son talent dans le domaine de l'interprétation le prouvera très tôt, grâce au film " les hors-la-loi " de Taoufik Fares. Djamila aime son pays et a exprimé son amour pour sa patrie, entre autre, dans la chanson "tamurt n lzzayer ". Elle a aussi chanté son attachement à sa Kabylie d'une manière ingénieuse, à travers la chanson en hommage à la JSK, le club porte-drapeau de la région. «Cette manifestation, qui a permis à la famille artistique de se revoir, a vu la présentation de plusieurs activités artistiques. La chorale des vielles femmes a été un moment clef, car il renoue avec une tradition millénaire. Un documentaire retraçant la vie et la carrière de l'enfant du village d’Ait Bouhini, un gala, une waada, une chorale d'enfants et une exposition, étaient au menu de cette journée mémorable.

M. I. B.

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