Par DDK | 9 Aout 2018 | 1510 lecture(s)

Vallée du Sahel

Ruée sur la figue de Barbarie

La récolte des figues de Barbarie dénommée "Akarmous" en kabyle est arrivée à maturité et provoque un certain engouement autour de ce fruit exotique très prisé. Les citoyens notamment ceux des villages ruraux de la daïra de M’Chedallah ont commencé depuis le début de cette semaine la cueillette et font bombance chaque jour pour en profiter au maximum, et ce, du fait que la récolte ne dure pas plus de deux mois soit les mois d'aout et septembre. Aussi, les vergers des figues de barbarie dont dispose chaque village reprennent avec leur animation annuelle. C’est le cas à Ath Hamdoune dans la commune d’Aghbalou, un village connu pour une importante production de la figue de barbarie. En cette période de l’année, ce village reçoit beaucoup de visiteurs qui viennent chercher quelques fruits. Contrairement à d’autres fruits cultivés dans la région et surtout en Kabylie, la cueillette de la figue de barbarie n’est pas une chose aisée. Seuls les initiés s y mettent suivant une méthode artisanale héritée des ancêtres et transmise de génération en génération. Ainsi et pour extraire ce fruit recouvert de fines épines, les villageois utilisent des perches spéciales dont l’extrémité est formée de trois courtes branches entre lesquelles on coince le fruit et on tourne légèrement pour le cueillir. Les perches sont confectionnées soit à l'aide de branches de laurier rose dont l’extrémité est façonnée naturellement de trois petites branches ou fabriquées par les ferronniers. On dispose ensuite ces fruits par terre pour les débarrasser des épines à l'aide de branches de buissons avant de les mettre dans un seau ou un panier en roseaux dénommé "Taqvats". Pour consommer le fruit, il faut le débarrasser de la peau qui l'enveloppe à l'aide d'un couteau, en coupant les deux extrémités et en pratiquant une incision au milieu dans le sens de la longueur, des pouces et des deux index, on décolle la peau pour recueillir le succulent fruit de couleur jaune quand il est arrivé à sa pleine maturité. Aussi incroyable que cela puisse paraître, exposer 10 minutes aux rayons du soleil, le fruit débarrassé de sa peau, le rafraichit. Ceux des villageois qui veulent les manger sur place se lèvent tôt le matin pour le cueillir frais. Le fruit non épluché se conserve entre 4 à 5 jours sans rien perdre de sa saveur. L’excès de sa consommation, surtout à jeun, peut entrainer une constipation. Il est donc conseillé de consommer ce fruit avec modération. Dans beaucoup de localités de montagne comme à Saharidj et Aghbalou, de nombreux jeunes, particulièrement les chômeurs, profitent de la récolte des figues de Barbarie que dame nature leur offre gracieusement pour se faire de l'argent de poche. Sur les abords des RN 30 et 15, des dizaines de jeunes proposent aux usagers de la route ce fruit à 10 DA la pièce. Mais les vendeurs installés sur les routes indiquent qu’au fur et à mesure que le fruit abonde, son prix baisse pour atteindre les 5 DA l’unité. Au marché de la ville de Bouira, en revanche, les prix de ce fruit sont relativement élevés. La figue de barbarie est cédé à 150 da le kilo. Le prix de l’unité varie entre 20 et 25 DA. Certains jeunes que nous avons abordés aux abords de la RN15, sur les hauteurs d’Aghbalou, affirment que la vente de ce fruit leur permet de gagner entre 1 500 et 3 000 DA dans la journée. Il est utile de préciser que durant cette saison, la récolte de la figue de barbarie est abondante. Du coup, d’importantes quantités sont perdues. S’il n’est pas jeté le fruit non cueilli pourrit sur l’arbre, et ce, en l’absence d’une industrie de transformation agroalimentaire. Ce créneau est encore vierge et les investissements qui viendraient s’engager dans la transformation de ce fruit, comme cela se fait ailleurs, auront fort à gagner tout en générant de d’emploi dans ces régions où le chômage bat son plein. Les figues de barbarie, les figues fraîches, les olives et les glands, sont les fruits plusieurs fois millénaires de la Kabylie, ils ont constitué la force de survie de cette région frondeuse et réfractaire à toute forme de domination.

Oulaid Soualah

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