Par DDK | 10 Septembre 2018 | 1434 lecture(s)

AHNIF - Près d’un mois après l’explosion d’une bombe artisanale

Peur et psychose à Tamelaht

Les séquelles laissées par l’explosion de la bombe artisanale qui a causé la mort d’un enfant de 13 ans, le mois dernier, sont vivaces chez les villageois de Tamelaht.

L’inquiétude des villageois est d’autant plus grande quant à l’éventualité d’existence d'autres bombes artisanales dans le vaste maquis mitoyen de Tamelaht. Cette inquiétude est accentuée d'autant plus qu’aucune opération de recherche et désamorçage de ces engins de la mort n'a été lancée, selon eux, dans la région suite à l'explosion, il y a deux semaines, d’un engin explosif de fabrication artisanale. Un incident qui a causé pour rappel, la mort d'un enfant de 13 ans et de graves blessures à cinq autres, dont l'un d'eux a perdu une jambe. Nos interlocuteurs rappellent que c'est la deuxième bombe qui a explosé durant cette année dans cette vaste région de maquis, après celle qui a explosé le 29 mai dernier, sur le passage d'un groupe de jeunes bénévoles à seulement trois kilomètres du village de Tameziavt. Ces jeunes sont allés sur les lieux pour tenter de réparer le tuyau du captage de la source dite Taferkout qui alimente plusieurs villages. L'un de ces jeunes bénévoles, répondant aux initiales de S.A, âgé de 24 ans avait perdu une jambe. L'appréhension de ces pauvres villageois est d'autant plus grande, vu que des explosions sont régulièrement entendues aux alentours du village. Ils affirment que ces engins de la mort explosent fréquemment de nuit, surtout avec le passage d'animaux sauvages, notamment des sangliers. Selon eux, les bergers découvrent les restes de ces animaux ça et la, à travers les terrains boisés du vaste territoire de Tamelaht, qui s'étend de M'laoua à l'ouest jusqu'au sommet d'Adhrar seggane à l'est. Une partie de ce vaste massif, est rocailleuse et fort accidentée, ce qui offre des abris imprenables aux sanguinaires islamistes qui ont fait leur fief durant toute la décennie noire. D’ailleurs, des groupuscules s'y manifestent encore de temps en temps, selon nos interlocuteurs. Rappelons que ces terroristes ont, dans leur stratégie de guerre, utilisé des ceintures de mines autours de leurs caches pour les sécuriser. Ils ont aussi piégé les sentiers qu'ils empruntent pour échapper aux troupes de l'ANP, ou pour retarder leur progression. Les militaires, dans l’objectif de déloger ces terroristes de ce vaste territoire et réduire les risques de ces bombes, ont usé de grands moyens durant la décennie noire, tels que d'intenses pilonnages à l'arme lourde et des bombardements aériens, en parallèle à l'ouverture de nombreuses pistes à travers ce dangereux maquis. Cependant, ces maquis ne sont toujours pas complètement nettoyés de ces engins de la mort, qui causent encore des dégâts parmi les paisibles villageois, dont la majorité sont revenus récemment occuper leur région et leurs anciens villages au nombre de sept, après les avoir désertés durant la décennie noire. Il convient de signaler que le seul moyen de survie pour ces villageois reste l'agriculture de montagne, et plus particulièrement l'élevage de caprins qui trouvent facilement pitance dans ces vastes forets, et l'apiculture favorisé par un maquis de qualité tels que le chêne vert, l'alpha et le romarin qui produisent un miel naturel de qualité supérieure. Des activités traditionnelles et peu rentables, qui nourrissent des centaines de familles de cette région. Les villageois qui vivent de ces deux filières de l'agriculture de montagne, n'osent plus s'aventurer en forêt, à cause de la présence de ces bombes enfouies sous terre, qui les guettent au moindre pas. Pour eux, le danger de mort est présent en permanence, sachant que l'explosif est une matière impérissable, qui peut fonctionner et tuer même 50 ans après sa mise en terre. En témoigne les mines anti-personnelles semées le long de nos frontières par l'armée coloniale sur la ligne Morrice qui font encore des victimes à ce jour. Signalons enfin, qu’une autre région de la wilaya de Bouira, souffre également de ce problème. Il s’agit de celle du flanc sud du massif du Djurdjura, particulièrement dans les régions d’Izerouel et d’Ich Oumerhoum sur les hauteurs de la commune de Saharidj, au nord-est de la wilaya. Deux enfants originaires du village Ivelvaren dans la commune voisine de M’chedallah, ont été fauchés dans les années 2000 par l'une de ces bombes à proximité du site touristique de Tala Rana.
Oulaid Soualah

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