Par A.S Amazigh. | 2 Décembre 2014 | 9830 lecture(s)

Située dans le village de Timizart

L’histoire tumultueuse de la Zaouia de Sidi Mansour

Le village de Timizart, qui donne son appellation à la commune à laquelle il est rattaché, est surtout connu grâce à la zaouïa de Sidi Mansour qui est la deuxième en importance après celle de Chorfa n’Bahloul.

Cette zaouïa est vieille de quelque quatre siècles et s’étend sur une surface de 70 hectares sur laquelle est implantée la mosquée et le mausolée. Les étudiants de ces zaouïas sont logés dans cinq dortoirs. Les autres infrastructures sont le réfectoire, le magasin ainsi que les salles et les cours adjacentes. Pour l’histoire, il faut savoir que Sidi Mansour est un marabout du XVIIe siècle qui a joué un grand rôle dans la vie politique et religieuse de la grande Kabylie notamment dans l’arch des Ait Djennad. Son périple qui a commencé depuis la saguia el hamra (terga zegaghen en tamazight) dans le Sahara occidental l’a amené à traverser une grande partie du Maghreb avant de rejoindre la Kabylie où il s’était installé définitivement. Sa première halte fut au niveau des Ait Zikki avant de rejoindre la région des Yakouren où il fut l’hôte des Ait Ghobri. A cette époque sa renommée était déjà établie et recevait des pèlerins nombreux qui lui rendaient visite de partout. Cette activité intense incommoda quelque peu les habitants des Ait Ghobri qui l’invitèrent à quitter les lieux. Il opta pour la tribu voisine les Ait Djannad chez qui il trouva hospitalité aux environs de 1632. C’est là qu’il s’installera définitivement jusqu'à sa mort survenue en 1647. Sidi Mansour libéra l’arch des Ait Djennad de la dime qu’il devrait verser à Ahmed Oul Qadhi dit Soltane Koukou, d'Ath Yahia (Michelet). Cela étant, il fonda la zaouia de Sidi Mansour qui continue de jouir d’une grande réputation à ce jour. Cette Zaouia prodigue un enseignement coranique à l'attention de 60 khouans issus de 14 wilayas. Dans le temps, la zaouia était dirigée par la famille Daoui. D'après un document relatant l'historique de la zaouïa, la famille Daoui se serait installée dans le village de Timizart vers 1855. Le cheikh Mohand Saïd Daoui était désigné comme imam de la mosquée de Timizart et chef de sa zaouïa en 1863. La famille Daoui dirigera l'établissement jusqu'à juillet 2002. Toujours selon le document, depuis 1863 donc, la direction de la zaouïa était léguée à l'aîné des héritiers mâles de la famille. De 1957 à 1962, la zaouïa sera confisquée par l'armée française qui en fera un camp d'hébergement pour ses soldats. Depuis sa fondation, la mosquée a été reconstruite six ou sept fois. En 1968, les sages du village se sont réunis et ont remis les clés de la zaouïa au cheikh Mohand Saïd Daoui. Celui-ci prendra les rênes de l'établissement jusqu'à sa mort en 1998. Le 11 juillet 2002, l'association religieuse, appuyée par la population, s'empare de la zaouïa, et évince le dernier représentant de cette famille. Depuis cette date, cette zaouïa est gérée par une association composée des représentants des neuf grandes familles du village de Timizart et d'un comité de coordination, lui-même composé de deux représentants de chacun des cinquante-six villages que compte la tribu des Aït Djennad. Pourtant malgré cette histoire tumultueuse de la zaouia, ce qui prouve son importance, son influence sur le village est maigre puisque ce dernier et vu son aspect général est loin de refléter qu’il fut un temps où toute une activité sociale, politique et religieuse se déroulait en son sein. Pour les passagers que nous sommes, ce qui retient notre attention ce sont les ruelles étroites qui sillonnent entre des maisons mal ajustées et implantées ça et là de manière anarchique. Du coup, la circulation est des plus incommodes, et décourage le plus téméraire des visiteurs accueillis par quelques boutiques d’alimentation d’un autre temps et quelques sombres cafés. Autre point noir, l’absence totale d’indications quand au rôle prépondérant joué par ce village dans l’histoire de la Kabylie et plus récemment dans la guerre de libération le village ayant donné de grands moudjahidine et de valeureux martyrs. Aucune stèle commémorative, en effet, n’y est implantée allant dans ce sens. Il nous semble que vue l’aura dont jouit la zaouia, il serait opportun de doter la bâtisse d’une bibliothèque, de numériser les archives dont elle dispose, créer un site sur le net pour leur diffusion afin de remettre à l’ordre du jour la mémoire collective des trois archs concernés, à savoir, celui des Ait Djennad, des Ait Ghobri et du royaume de Koukou. Sur le plan économique, pourquoi ne pas penser à relancer les activités de la zaouia par l’organisation de festival annuel de «ddker», un chant religieux qui est un pan particulier de la littérature kabyle tant pour sa richesse lexicale que pour son caractère mystique et spirituel ? «Il revient aux responsables de la Zaouia et aux dirigeants de l’APC de Timizart d’accorder une attention particulère à ce sujet afin de le concrétiser, nous dira un citoyen de la région, car nous pensons que c’est par ce genre d’activités que toute la commune pourrait sortir de l’ombre et renouer avec le développement social, économique et culturel auquel nous aspirons tous».

A.S Amazigh.

2.00