Par DDK | 16 Aout 2018 | 965 lecture(s)

FREHA - Entre activité agropastorale et commerce

La municipalité à la croisée des chemins

La ville de Fréha, située à 28 km à l'Est du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, à 7 km d'Azazga et de 32 km d'Azeffoun, a connu un essor particulier ces dernières décennies.

La situation géographique particulière de cette petite commune fait d'elle un carrefour incontournable. D'une petite bourgade à l'indépendance du pays, Freha s'est métamorphosée au fil des années pour devenir un centre urbain important. A la fin des années 70, un programme de pas moins de 1200 logements a été mis en œuvre avec des infrastructures d'accompagnement comme le lycée, les établissements scolaires et une unité de soins. Ceci n’a pas pour autant fait perdre à la région sa vocation agricole initiale. En effet, cette région constitue le bassin laitier le plus important de la wilaya. Et c'est pour cela que les entreprises Danone et Soummam, leaders nationaux en matière de produits laitiers ont investi dans la région en octroyant des génisses aux producteurs de lait et en installant des centres de collecte. Chaque année, une fête du lait se tient au village Imalloussen. Cependant, implantée au cœur de la plaine fertile du Sébaou, le béton glane chaque année des portions importantes des terres agricoles de cette localité. Il est difficile, en effet, de concilier une forte demande en logements, dûe à la proximité de cette ville avec les grandes agglomérations urbaines et les zones industrielles comme la zone industrielle Aissat Idir de Oued Aissi et l'usine ENEL, avec l'impératif de la sauvegarde des terres agricoles. À l'instar de plusieurs villes du pays, Fréha souffre d'un manque de fluidité dans la circulation automobile, surtout en cette période estivale. Ceci, parce que cette ville est un passage obligé vers les villes côtières, en plus du fait qu’elle est considérée la capitale de la confédération des Ait Djennad. Cette dernière qui a, de tout temps, joué un rôle primordial et qui a pesé de tout son poids autant sur le destin local que national. De la résistance à l'occupation turque jusqu'à la guerre de libération, cette tribu rebelle a joué les premiers rôles. Mouloud Mammeri a relaté dans son fameux livre "poèmes kabyles anciens " la résistance et le refus de cette tribu du joug turque ainsi qu'il a exhumé le poète et le diplomate local, Youcef Oukaci. Il a aussi mis en exergue la dernière expédition punitive organisée par le dey d'Alger contre cette tribu pour leurs refus l'accès à la forêt de Tamgout n'Ath Djennad et qui s'est soldée par un échec cuisant. Repoussée au village d'Abizar, l'armée turque a dû se résoudre à chercher ailleurs le bois indispensable à la reconstruction de sa flotte maritime. Cette victoire reste encore vivace dans la mémoire collective de cette tribu et constitue un référent culturel et identitaire important dans la conscience populaire, un motif de fierté. Pendant la guerre de libération, deux figures de proue y ont émergé, à savoir, le colonel Yazouren dit Vrirouche et Didouche Mourad. Ce dernier, dont la présidence de la république porte le nom, a été un élément clef dans le déclenchement de la guerre de libération. Issu du Village Ibsekriene dans la commune des Aghribs, où se trouve sa sépulture depuis 1993, algérois de naissance, il est tombé en martyr dans le constantinois. Ceci sans oublier les milliers de martyrs et de maquisards de cette région qui ont répondu à l'appel de la patrie. Sur le plan culturel, même si tout le monde s'accorde à dire qu'Azeffoun est le jardin des artistes, il n'en demeure pas moins qu’une bonne partie de ces figures sont de la tribu des ait Djennad, à l’exemple d’El Hadj El Anka, Iguerbouchen, Hnifa, Issiakhem et autres. La ville de Fréha, à l'instar des nouvelles villes qui ont vu le jour après l'indépendance, ressemble beaucoup plus aux cités-dortoirs. Un manque flagrant d’espaces verts y est constaté et les lieux de détente et de loisirs n'ont pas été prévus. Des actes d'incivisme liés à la mauvaise gestion des déchets ménagers, à plusieurs endroits de la ville, sont visibles. Mais cela n'empêche pas une activité des services très dynamique. L'immobilier est aussi un créneau qui génère le plus d'investissements. Mais de nouveaux défis en découlent, comme la disponibilité de places pédagogiques, d’où le constat, ces dernières années, du problème de la double vacation des classes du primaire, dû à une démographie galopante non suivie d’infrastructures répondant aux nouvelles demandes. Un vrai casse-tête pour de nombreux parents d'élèves. Côté investissement productif, on a appris du premier magistrat de la commune que deux usines sont en voie de lancement. Il s'agit d'une usine de verre et une autre de produits pharmaceutiques. Ce sera sûrement une bouffée d'oxygène pour les nombreux chômeurs de la région. Il reste que Fréha comme toutes les autres villes algériennes doit avoir une projection futuriste qui devrait inclure les nouvelles technologies dans la gestion des affaires de la cité. Partout ailleurs, les smart-city ne sont plus une vue de l'esprit mais une réalité quotidienne.

M. I. B.

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