AHMED TESSA, recteur de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou

«On entamera l’année dans de bonnes conditions»

DDK 10-09-2017 3558

«On entamera l’année dans de bonnes conditions»

11 000 nouveaux étudiants sont affectés à l’UMMTO pour la rentrée universitaire. Plusieurs structures en cours de réalisation, dont la réception devait intervenir à la rentrée dernière, tardent à se concrétiser. Le recteur, Pr Ahmed Tessa, revient dans cet entretien sur le projet et évoque, entre autres, plusieurs points relatifs au budget et à l’encadrement de la nouvelle rentrée de septembre.

La Dépêche de Kabylie : 11 000 nouveaux bacheliers sont affectés à l’université Mouloud Mammeri. Pensez-vous que vos structures actuelles peuvent contenir ce nombre ?
Ahmed Tessa : Avec le choix et l’affectation des étudiants, puis encore avec le principe de solidarité qui nous oblige à accueillir des étudiants de l’extérieur, vu le déficit que connaissent les universités du centre, cette année, on s’attendait à quelque 12 000 étudiants. Finalement, on n’a reçu que 11 000. Cela est dû à la stratégie adoptée par le ministère, qui a permis aux étudiants de faire leurs choix de manière rationnelle, selon leurs moyennes. C’est soulageant ! Pour revenir aux structures, il faut savoir que nous comptons sur les nouvelles places pédagogiques du pôle universitaire de Tamda. Sur les 2 700 en voie de réalisation, on nous a promis 900 pour le mois de septembre, je le dis sous réserve tout de même. Car à savoir si elles seront prêtes ou pas… Il faut dire que l’austérité a touché le projet. Les entreprises chargées de la réalisation, y compris Cosider, ont refusé de continuer le travail faute de crédits de payement. C’est compréhensible. M. le wali nous a accompagnés et a fait un grand travail pour nous permettre de relancer le projet. Actuellement, les travaux sont à un stade avancé. En tout cas, on s’est aussi préparés au cas où on aurait de mauvaises surprises. Je rassure les nouveaux bacheliers : chacun aura sa place. On a restitué le campus de Hamlat depuis le début de l’année, on va l’exploiter en cas de besoin. C’est un complexe qui relève de la direction de l’éducation. Il est mis à la disposition de l’université depuis des années. Je tiens à préciser que, pour cette année, on n’a pas vraiment de forte pression. Cependant, il faut prendre nos dispositions pour les années à venir. L’année universitaire va se dérouler dans de très bonnes conditions, je reste serein, surtout avec la mobilisation de tous les acteurs.

Vous avez relevé récemment le problème du déficit budgétaire de l’université de Tizi-Ouzou.
Comment comptez-vous affronter la nouvelle année ?
On fonctionne selon nos moyens. La section deux n’arrive pas à répondre aux besoins. Il s’agit de tout ce qui relève de la pédagogie, l’entretien, la billetterie, les stages de formation des étudiants et la prise en charge des stages sur le terrain. La section une, en revanche, ce sont les salaires. Celle-ci en absorbe plus que le nécessaire. On met une réserve de 14 mois au lieu de 12. J’ai trouvé la situation telle quelle.

Mauvaise gestion donc ?
Non, je ne peux pas dire ça, c’est qu’on sécurise la section une, on ne joue pas avec le salaire. Les besoins sont illimités et les ressources limitées, c’est ce qu’on dit en économie. Le budget est, certes, insuffisant aussi pour notre université, mais maintenant, il faut définir les priorités. Pour le budget de l’équipement, j’ai parlé la dernière fois de 17 milliards de dettes. Le ministère nous a assaini une moyenne de 5 milliards. Pour le reste, nous avons discuté avec la tutelle, il y aura des tranches qui vont arriver pour régulariser les dettes. On a reçu aussi l’aval pour acheter des badgeuses et du matériel informatique pour se mettre au même niveau que les autres universités. L’on a autorisé aussi le budget pour les 2 700 places, c’est une bonne nouvelle ! Avant la réception, donc, de ce projet, nous avons cette autorisation d’équiper, en 2018 probablement, les structures. Une fois de plus, je remercie M. le wali qui a pris en charge le payement des entreprises qui travaillent pour l’université. Il s’agit notamment de celles chargées du renouvellement des deux parcs de Hasnaoua, du revêtement de l’habitat, du campus de Boukhalfa et de la cité de Bastos. On est en train de faire le nécessaire pour assurer une rentrée dans de bonnes conditions, en dépit du peu de moyens.

On a parlé des structures et budgets. Qu’en est-il de l’encadrement ?
Nous avons fixé la date du 1er octobre pour l’installation des nouveaux enseignants. Pas moins de 135 maîtres-assistants de classe A ont été recrutés. Auparavant, cette opération se déroulait au mois de novembre. Cette année, on l’a effectuée au mois d’août. Toutefois, malgré les efforts, on sera toujours en manque en matière d’encadrement. A partir de cette année, on adoptera une autre stratégie en matière de recrutement, en respectant les besoins. On doit favoriser certaines facultés. Il y a des spécialités où on a suffisamment d’enseignants. On essayera, donc, d’équilibrer.

Quelques organisations ont rendu public le classement des universités, dont les critères sont la visibilité sur le web, la recherche, les prix obtenus… Où se situe l’université Mouloud Mammeri ?
Au niveau national, je pense que la situation s’est améliorée. Il faut, cependant, que tous les acteurs se mobilisent. On a mis en place un centre de calcul, avec une équipe de jeunes très dynamiques. Le manque, c’est au niveau de l’alimentation qui vient des enseignants-chercheurs. Les informations n’arrivent pas à ce centre. On a des chercheurs qui ont publié, mais ils ne transmettent pas leur travail à ce centre. Tout cela perturbe la place de l’université. Sinon, pour le classement aux concours au niveau national, nos étudiants sont classés premiers. On est arrivés à décrocher 18 bourses. On a eu beaucoup d’offres d’emploi. Le dernier en date vient d’Ardis. Celui-ci nous a contactés pour être son principal fournisseur. On travaille aussi avec le FCE, mais beaucoup plus avec des particuliers. On a des chefs d’entreprise qui se rapprochent de nous pour recruter. L’université doit s’ouvrir sur le monde professionnel, la société civile...

Si l’on évalue le niveau de l’UMMTO par rapport aux résultats...
Je reste optimiste aussi parce que nous avons des potentialités. Quand on parle du niveau de l’étudiant, cela suppose le temps pédagogique à consacrer. Cette année, je le dis, vu la mobilisation de tous les acteurs, on a eu de la stabilité, mais aussi des activités. C’est important. Les étudiants ont travaillé dans la sérénité. L’administration aussi commence à changer ses méthodes de travail avec l’informatisation, ce qui a réduit les problèmes. Ça a donné un bon résultat. Je ne dirai pas qu’il y a eu manipulation, certains problèmes ont été créés de manière volontaire ou involontaire. Avec leur accumulation, il est difficile de les régler quand il n’y a pas de dialogue, de concertation et de transparence. Je trouve qu’on a réalisé une avancée sur ce plan-là.

Entretien réalisé par Kamela Haddoum.

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