Moussa Zireg, recteur de l’université de Bouira

«Passer du quantitatif au qualitatif»

DDK 24-09-2017 1936

«Passer du quantitatif au qualitatif»

à l’heure de la rentrée universitaire 2017 - 2018, le Professeur Moussa Zireg, recteur de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira, revient dans cet entretien sur son plan d’action pour l’amélioration de la prise en charge scientifique et pédagogique des étudiants de cette jeune université. Il répond également aux questions d’actualité ayant trait à la vie de l’université et aux doléances des enseignants et des étudiants.

La Dépêche de Kabylie : C’est votre deuxième année à la tête de l’université. Quelle est votre évaluation de la précédente année universitaire ?
Moussa Zireg : C’était une année un peu spéciale. Malgré mon expérience dans le domaine, j’ai appris et découvert ici beaucoup de nouvelles choses. Je dirai que l’année 2016/2017 s’est terminée d’une manière acceptable, en dépit du manque de moyens et des circonstances, sans oublier non plus le contexte dans lequel j’ai été installé à la tête de cette université. Les responsables de chaque secteur, faculté et département commencent réellement à s’adapter à notre nouvelle stratégie. Ils commencent à assumer réellement leurs responsabilités administratives et de gestion. Les requêtes de nos étudiants, dont beaucoup sont légitimes, ont été prises en charge et tous les partenaires commencent à comprendre et à appliquer la nouvelle vision. Je dirai même qu’ils travaillent en harmonie avec cette vision. L’université de Bouira n’a pas été dans la pire position, comparée à ce qu’a vécu le secteur d’une manière générale, car nous suivons l’actualité de tous les établissements d’enseignement supérieur en Algérie. Il est vrai que nous avons été confrontés à certains mouvements de grèves, mais d’une façon générale l’année s’est terminée en bonne et due forme, dans pratiquement toutes les facultés, à part la faculté de droit qui a eu un léger retard. Il est aussi important de souligner que la faculté de droit était l’unique faculté, à l’échelle nationale, où les étudiants ont suivi leurs cours jusqu’au dernier jour avant les vacances. Le 6 juillet dernier, les étudiants étaient encore dans les amphithéâtres et dans les salles, et ils ont repris la semaine dernière pour achever l’année scolaire. Le staff administratif de cette faculté était en réunion, mardi dernier, et ont fixé le début de la nouvelle année 2017/2018 au mois de novembre. Pour les autres facultés, l’année s’est pratiquement déroulée sans entraves.

Quel est le nombre des nouveaux étudiants inscrits cette année ?
Pour cette année, et vu la non-réception des nouvelles places pédagogiques promises, notamment les 1 000 places pédagogiques au nouveau pôle, et dont le projet risque de trainer encore un peu, nous avons demandé à notre tutelle de limiter les effectifs des nouveaux bacheliers, surtout que nous manquons déjà d’infrastructures pédagogiques et d’encadrement. Les services du ministère de l’Enseignement supérieur ont répondus favorablement à notre demande. Nous avons donc reçus 3 800 nouveaux étudiants lors de la première phase d’orientation et puis nous avons accepté certaines demandes de transferts durant les mois d’août et septembre, pour arriver à un total de 4 324 nouveaux bacheliers qui seront inscris définitivement à l’université de Bouira. L’opération des inscriptions des nouveaux bacheliers s’est déroulée dans de très bonnes conditions avec un taux très appréciable, car nous avons dépassé le taux de 75% lors de la première semaine. Les différents responsables ont été mobilisés pour garantir les meilleures conditions à nos étudiants. Le nombre total des étudiants de l’université de Bouira sera porté à 24 979 inscrits dans différents cursus, au niveau de 11 facultés ou domaines, sachant que le nombre des étudiants recensés l’année dernière était de plus de 23 600. Il fallait assainir un peu les effectifs pour permettre à cette jeune université une meilleure évolution. Donc, je dirai que nous serons cette année dans des conditions acceptables, surtout au vu du nombre de places pédagogiques et des moyens dont nous disposons. Par cette occasion, nous remercions la tutelle qui a répondu favorablement à notre doléance et qui nous accompagne dans nos efforts et nos réformes.

Comment se déroule cette entame de l’année ?
Il faut préciser que nous avons entamé l’opération d’orientation, de pré-affectation et de confirmation depuis le 5 août dernier, soit juste après l’annonce des résultats du Baccalauréat. Ceci en plus de la campagne d’information et de sensibilisation des nouveaux bacheliers que nous avons lancée ici à l’université et même sur les ondes de la radio locale, car comme vous le savez, les démarches d’inscriptions peuvent s’avérer compliquées pour les nouveaux bacheliers. Nous avons réservé le siège de la bibliothèque centrale pour réussir cette opération. Celle-ci a été entamée et se passe dans de bonnes conditions. Je vous rappelle que nous avons inscrit, dès la première semaine, plus de 75% des étudiants affectés à notre université.

Avez-vous prévu le recrutement de nouveaux enseignants ?
En effet, à l’instar d’autres universités du pays, nous avons prévu l’ouverture de nouveaux postes budgétaires cette année pour le recrutement de nouveaux enseignants au profit de plusieurs facultés. L’annonce d’un concours de recrutement de nouveaux enseignants sera affichée au cours de cette semaine. Nous avons 15 postes disponibles pour divers filières en plus d’une dizaine de postes disponibles que nous avons récupérés après des mutations. Donc, au total, nous avons 25 postes de différents grades, du doctorat jusqu’au poste professoral. Ces nouveaux postes viendront en renfort et combleront sérieusement notre manque en matière d’encadrement. Je dirai même, que nous avons été favorisés par la tutelle qui a accepté de nous reverser les postes des mutations. Nous avons aussi l’ouverture d’un concours pour le recrutement de 15 ATS (administrateurs, agents de sécurité et techniciens supérieurs), nous allons donc améliorer sensiblement l’encadrement pédagogique et administratif de l’université.

Le problème de l’insécurité a été posé avec insistance, l’an dernier, par les étudiants et mêmes les enseignants. Vous avez proposé la sous-traitance avec une société de gardiennage. Vous maintenez toujours cette option ? Effectivement, nous avions proposé l’installation d’une société de gardiennage, malheureusement nous n’avons pas pu l’appliquer par manque de finances. Il fallait avoir un budget supplémentaire pour le faire et comme je suis arrivé dans des conditions un peu spéciales, nous n’avons pas pu avoir le budget supplémentaire. Il faut savoir que la prise en charge de cette dépense se fait sur le chapitre des dépenses obligatoires, qui couvrent le fonctionnement, l’énergie et la restauration. C’est pour cela que nous avons procédé, l’année dernière, à la réorganisation de nos effectifs et du service de sécurité. Tout le personnel a été appelé à changer de poste ou de fonction. Nous avons réussi à instaurer une nouvelle organisation et on a favorisé surtout les accès extérieurs, pour protéger les campus. Nous avons par exemple réduit les accès, comme par exemple au niveau de l’ancien campus, qui disposait de quatre accès que nous avons réduits à trois. Nous avons aussi installé un seul responsable à la tête du secteur. Au fond, nous tablons sur la volonté de toute la communauté universitaire, pour prendre en charge ce problème qui nous préoccupe au quotidien. La proposition de l’installation d’une société de gardiennage demeure toujours, nous espérons avoir suffisamment de crédit en 2018 pour l’appliquer sur le terrain.

Certains syndicats estudiantins n’ont pas soutenu votre démarche de la révision de la carte scolaire de l’université cette année…
Cette décision importante et courageuse a été validée par le conseil scientifique de l’université. Elle s’inscrit dans le cadre de notre nouvelle approche pédagogique pour l’amélioration des conditions de prise en charge de nos étudiants. Nous évaluerons désormais en fonction des moyens dont nous disposons. L’enjeu est de taille, puisque nous voulons passer du quantitatif au qualitatif. Par ailleurs, le ministère de l’Enseignement supérieur a adopté cette année un nouveau mode d’orientation des nouveaux bacheliers, en introduisant de nouvelles inscriptions nationales et en fixant des moyennes spécifiques pour chaque département, même si c’est la même spécialité. Par exemple, la moyenne d’admission au département de droit de l’université de Bouira n’est pas la même moyenne exigée pour le département de droit de l’université de Djelfa. Cette nouvelle option, qui a été appliquée au niveau des toutes les universités, c’est la loi de l’offre et de la demande.

Projetez-vous l’ouverture d’une faculté de médecine à Bouira ?
C’est faisable à une seule condition : l’existence d’un centre hospitalo-universitaire (CHU) à Bouira. Comme vous le savez, en médecine, le terrain de stage des étudiants ce sont les services médicaux.

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle année ?
Pour cette année, nous essayerons de renforcer nos effectifs d’enseignants, d’abord au niveau de l’institut de technologie (IT). Nous allons aussi essayer d’élargir notre collaboration avec les universitaires français, afin de développer la formation dans cet institut. Ce sera le cas aussi pour d’autres facultés. Nous avons ouvert certaines nouvelles spécialités, telles la production animale, la technologie alimentaire et le contrôle de qualité, ainsi que des nouveaux parcours en Master qui sont la recherche opérationnelle et la production et l’alimentation animale. Nous avons aussi supprimé certaines spécialités qui ne sont pas demandées par les étudiants, à l’image du génie biomédical et l’électromécanique, qui ont été gelés en plein accord avec les comités pédagogies. Nous avons agi selon une étude d’auto-évaluation de notre université, dans le cadre de l’assurance-qualité. Nos enseignants ont diagnostiqué la situation globale des facultés, avec des propositions concrètes. Nous sommes donc en phase d’exploitation de ces données, au niveau local, mais aussi au niveau de notre tutelle, car après cette première évaluation, il y aura une expertise externe. Nous comptons valoriser cette évaluation, pour éradiquer ce qui ne va pas et encourager les domaines où nous avons des atouts.

Entretien réalisé par Oussama Khitouche

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