MOHAMED HATTAB, wali de Béjaïa

«Replacer Béjaïa à la position qu’elle mérite»

DDK 23-10-2017 7447

«Replacer Béjaïa à la position qu’elle mérite»

Depuis son installation à la tête de la wilaya de Béjaïa il y a dix mois de cela, Mohamed Hattab tente de persuader de sa bonne foi et de sa volonté de rendre à la région son lustre d’antan. Dans cet entretien, il livre son constat et sa feuille de route.

La Dépêche de Kabylie : Des candidatures sur des listes électorales, actualité oblige, ont été rejetées par vos services. Pourtant, certains sont présentement des élus en poste…
M. Hattab : Il y a eu en tout 13 rejets, dont 9 en application de l’article 71 relatif à l’exclusion des gens qui peuvent représenter un danger à l’ordre public et cela suite à des enquêtes menées par les services de sécurité. Cinq d’entre eux ont formulé des recours et ont été déboutés par le tribunal administratif, alors que les quatre autres se sont abstenus de le faire. Et, enfin, pour les 4 restants des 13 rejets, ils l’ont été pour des affaires de droit civique.

Sur le même registre, est-ce que toutes les conditions sont réunies pour le bon déroulement du prochain scrutin ? Absolument. On organise deux en un et tous les modules sont prêts. Nous avons une administration qui a acquis une solide expérience en la matière, en plus du fait que les nouvelles technologies et l’outil informatique contribuent à donner de bons résultats.

Passons à autre chose si vous voulez bien. Peut-on connaître votre position vis-à-vis des interdictions de rencontres culturelles tels que les cafés littéraires d’Aokas et Béjaïa…
Il y a des lois qui régissent les associations dans lesquelles il est fait mention des droits et des devoirs. Ces derniers les sécurisent mais à la seule condition qu’ils soient respectés. C’est pour cela qu’il vaut mieux travailler dans un environnement réglementé, en collaboration avec tout le monde. Il y a des conférences qui ont été autorisées et d’autres qui ont été interdites. Tout le monde est pour la culture, mais à condition que l’événement ne soit pas récupéré à d’autres fins que celles pour lesquelles les responsables de l’association organisatrice l’ont programmé.

Vous avez déclaré, au lendemain de votre installation, que Béjaïa accuse du retard dans divers domaines; c’est du reste le constat fait par vos prédécesseurs. Selon vous, à quoi est due cette situation et comment comptez-vous vous y prendre pour remettre à niveau cette région ?
Ce n’est pas une déclaration mais un constat. C’est l’analyse d’indicateurs économiques qui le prouvent. À commencer par le gaz de ville dont Béjaïa traîne au bas du tableau avec 42% de taux de pénétration à janvier de l’année en cours, en passant par le nombre de structures de jeunes très dérisoire pour une wilaya qui alimente l’élite nationale, alors qu’elle ne dispose que de neuf terrains gazonnés. Il y a aussi l’hydraulique où, même si Béjaïa alimente les wilayas limitrophes de Sétif et Bordj Bou Arreridj, avec ses deux barrages et une deuxième position au niveau national en matière de pluviométrie, elle n’enregistre aucune commune qui alimente en H24 tous les foyers. Le raccordement au réseau d’AEP est de 95%, c'est-à-dire qu’il y a 50 000 citoyens qui ne sont même pas alimentés. De même pour l’assainissement où on enregistre 89% de branchements. C’est inimaginable que ce soit ainsi au 21e siècle. En regardant de près les chiffres, on peut dire que c’est un problème de gestion. Pour l’eau, par exemple, il est évident qu’il y a des ressources mais pas une bonne répartition pour passer au H24. La visite du ministre de l’Hydraulique nous a permis de bénéficier d’un programme d’urgence de 2,2 milliards de dinars pour juin prochain. Il nous permettra de raccorder l’ensemble de la population. Il faut souligner, aussi, l’importance du projet de réhabilitation de l’AEP de Béjaïa estimé à 147 milliards. Donc, comme il y a un problème de gestion, nous avons décidé de la confier à l’ADE et étendre cette gestion de l’agence à l’ensemble des communes de la wilaya.

Selon vous, pourquoi les nombreux projets structurants inscrits à l’indicatif de la wilaya n’ont pas été lancés du temps de l’embellie financière ?
Il faut tout d’abord dire que c’est une responsabilité partagée. Il faut compter les enseignements et qu’il y ait une relance du développement. La wilaya de Béjaïa avait bénéficié de 284 milliards de dinars pour 10 113 projets. Malheureusement, les grands projets structurants n’ont pas été lancés à temps pour diverses raisons. Tout projet inscrit doit être lancé et nous avons, justement, arrêté l’objectif de zéro programme zéro projet non lancé. Le programme de développement doit être inscrit durant l’exercice.

Y a-t-il un espoir que les projets du CHU, du téléphérique, de la plate-forme pétrochimique, du dédoublement de la voie ferrée et des RN 9 et 26 se concrétisent dans un avenir proche ?
Ce sont des projets reportés. C’est vrai que la situation économique du pays a poussé le gouvernement à prendre d’autres mesures, masi nous avons beaucoup d’atouts pour débloquer quelques projets et on fera en sorte d’œuvrer ensemble pour dégeler le CHU en priorité. Nous avons débloqué le CAC et dénoué la situation du gaz qui était en suspens depuis 15 ans. Il y a aussi des projets qui seront réalisés dans les secteurs de l’hydraulique, de la santé et de l’éducation.

La wilaya atteindra 87% de taux de raccordement au gaz de ville d’ici l’an prochain. Ce pourcentage traduira le nombre de foyers réellement alimentés ou seulement la pose de canalisations comme c’est le cas aujourd’hui dans certaines communes ?
D’ici la fin de l’année en cours, on atteindra 56% et à fin 2018, ce sera du 87%. Il y a une commission qui travaille d’arrache pied pour alimenter toutes les localités en gaz de ville. Nous allons concrètement atteindre, d’ici l’année prochaine, le taux de 87% de foyers alimentés en gaz de ville car c’est un engagement de l’État qu’il va falloir honorer.

Vous parlez souvent de réflexion sur la ville de demain et vous impliquez les professionnels tels que l’ordre des architectes…
Les PDAU sont-ils, tous, élaborés et approuvés ? Nous avons des PDAU et beaucoup de POS en cours, mais c’est vrai qu’il y a un retard dans leur finalisation. Ce sont des outils d’urbanisme indispensables. Nous avons installé un comité d’architecture de la wilaya lequel, constitué de professionnels, se chargera de la cohésion des constructions avec l’aspect architectural de la région et sera le seul habilité à donner son quitus pour tout permis de construire, sans quoi il ne sera pas délivré.

Béjaïa recèle des potentialités importantes pour devenir une destination touristique par excellence. Pour cela, des projets entrant dans le cadre des ZET sont en attente de concrétisation. Sont-ils annulés ?
Le constat est là. 74 hôtels, dont 60 classés, d’une capacité de 4 726 lits pour une wilaya touristique par excellence, c’est insignifiant. Pour ce qui est des zones touristiques, il y a une commission ministérielle qui est passée et qui a rejeté quelques dossiers d’investissement et approuvé d’autres. Généralement, c’est lié au respect de l’environnement, c'est-à-dire de la bande boisée.

Ne peut-on pas faire appel aux groupes internationaux pour la réalisation d’hôtels de haut standing, à l’instar de certaines autres wilayas ?
Effectivement, on doit exiger quelques projets de grande envergure pour faire de la région un vrai pôle touristique de niveau international. Il y aura probablement Ibis qui s’y implantera et peut être même d’autres. En ce moment, il y a une firme saoudienne qui achève un grand hôtel, du côté des Oliviers au chef-lieu de wilaya, qui peut être de catégorie 4 étoiles. En guise de cadeau à la wilaya de Béjaïa, cette société prévoit de réaliser un Aquaparc pour un montant de deux millions d’euros.

Parlons maintenant des décharges sauvages qui pullulent à travers l’ensemble des contrées de la wilaya. Malgré l’inscription de plusieurs CET et de deux unités de recyclage, Béjaïa croule sous les ordures. Que comptez-vous faire pour mettre définitivement un terme à cela ?
Avant de parler de développement, il faut se mettre à l’idée que l’hygiène doit être la priorité des priorités et il faut absolument maîtriser ce volet. La saleté qui caractérise Béjaïa ne date pas d’aujourd’hui et d’ailleurs, il n’y a aucun CET dans les 52 communes de la wilaya. Celui d’Oued Ghir n’est pas fonctionnel. Donc, aujourd’hui et c’est malheureux de le dire, la wilaya de Béjaïa est une grande décharge à ciel ouvert. Il n’y a même pas de schéma de collecte des ordures et on doit, qu’on le veuille ou pas, annihiler cette lourde contrainte. On a avancé en ce sens que l’AND a entamé le travail et dans quelques jours, il y aura la naissance de ce schéma. Celui-ci va orienter les responsables locaux à prendre la décision en matière d’hygiène. Il faut penser à une gestion scientifique et moderne des déchets qu’on doit voir comme une ressource et non comme une charge. L’EPIC, créé à cet effet, doit gérer ce volet en passant, crescendo, du chef-lieu de wilaya aux autres communes. Le schéma directeur peut dicter les besoins nécessaires comme pour la ville de Béjaïa qui ne possède que 77 éboueurs pour 140 tonnes de déchets par jour. Pour ce qui est des unités de recyclage, celle d’Aokas sera lancée très prochainement. La contrainte du déplacement du gazoduc est levée. Pour ce volet de l’éradication des décharges, on a perdu beaucoup de temps avec le club 92 mais la chefferie du gouvernement nous a laissé le soin de régler le problème d’hygiène localement. À l’instar des autres régions du pays, on doit aller vers le tri sélectif tout en optant, dans l’immédiat, pour une bonne gestion du CET d’Oued Ghir. Bien entendu, entretemps, les projets de déchetteries et d’unités de recyclage sont en marche et le projet d’incinération est à l’étude. D’ici la fin de l’année, il y aura un début de solution.

Peut-être un autre sujet qu’on n’a pas évoqué jusque-là avant de conclure ?
On peut ensemble avancer et penser à un développement qui reflète les attentes de la population. Nous avons un programme en voie de réalisation et un autre pour l’exercice prochain. On doit s’inscrire dans une démarche positive pour que Béjaïa reprenne sa place car elle est une locomotive de plusieurs secteurs. Les gens nous jalousent et on doit prendre en considération les ressources que nous possédons qu’on doit exploiter, justement, pour un seul objectif qui n’est autre que l’intérêt des citoyens de la wilaya de Béjaïa.

Entretien réalisé par A Gana.

AUSSI DANS NOS ÉDITIONS...

Plus de Entretien