Adekar Elle abrite l’une des plus importantes stations thermales du pays

Assif El Hammam ne survit que par la force de sa nature

Karim Zenad 29-10-2012 11745

Assif El Hammam ne survit que par la force de sa nature

Assif El Hammam, dans la commune d’Adekar, à 60 kms à l'ouest du chef-lieu de la wilaya de Béjaïa et à 75 km à l'Est de Tizi-Ouzou, est l’une des plus importantes stations thermales de Kabylie, avec ses trois sources, faisant d’elle une destination incontournable pour un nombre important de visiteurs.

 

Les habitués à ces thermes et les fidèles de ces bains d’eau chaude ont fait de la localité un véritable coin touristique, créditant davantage les vertus médicinales du « Hammam ». Les riverains, comme les touristes venus des quatre coins de l’Algérie, témoignent de son efficacité et affirment que beaucoup de malades ont été soulagés de leurs souffrances, notamment ceux atteints de rhumatisme, de fièvres et de maladies dermatologiques et cutanées, à force de fréquenter les bains d’Assif el Hammam. Aux alentours de ces trois stations thermales, une multitude de villages installés sur des crêtes et des collines font de cette région montagneuse de la Kabylie un paysage fascinant, dominé par un pic rocheux nu, culminant à 800m d’altitude, d’où découle la principale source d’eau chaude. C’est au pied de cet imposant rocher que se trouvent les trois bains de la station thermale, deux pour les hommes et un pour les femmes.  

Une  station thermale négligée

Au beau milieu d’un paysage fascinant, une ancienne bâtisse, mal entretenue, abandonnée à son sort et insalubre fait office d’une station thermale. Elle nécessite, visiblement, un aménagement et une modernisation pour pouvoir accueillir ses fidèles visiteurs et touristes dans de bonnes conditions pour leur assurer un coin de baignade, de douche et de repos plus adéquat, plus confortable et moderne. Pour accéder à cette enceinte, un préposé à l’accueil réclame 15 DA comme frais d’accès, pour le compte de l’APC d’Adekar qui n’est présente, ici, que par ce ticket, autrement dit : « elle brille par son absence », peste un visiteur. Ni salles d’attente dignes, ni bancs pour s’asseoir en attendant son tour pour prendre un bain, devant l’afflux des visiteurs dans ces halls mal éclairés la nuit, sont autant de couacs qui s’ajoutent aux multiples manques, dans ce coin à vocation sanitaire et touristique. Les non habitués à ce climat décevant, se désistent et désertent les lieux pour aller tenter «Thahmamat», une deuxième source connue par « Hammam El-Fadha », car, en plus du bain, les visiteurs et visiteuses profitent pour « s’assurer de la fiabilité de leurs bijoux qui deviennent noir au contact de l’eau », raconte un autre jeune du village d’à coté, assis à même le sol. Les deux portes de la station donnent sur la ruelle principale de ce chemin communal, qui relie ce petit centre urbain qu’est Assif el hammam, à la RN12. Ce point de chute des villageois de Kiria, Hengued, Ait Yahia, Ait Malek, Hriz, Tazrout, Timri Mahmoud, Tighzert et Ighil Qroun, s’agrandit au fil du temps et accueille chaleureusement les touristes par ses multiples boutiques, ses divers hôtels presque improvisés (accessibles même aux petites bourses, chambres modestes cédées à 500 Da la nuitée), restaurants et cafeterias qui s’alignent au long de cette unique venelle, laissée à la marge du développement par les autorités locales, en l’absence de trottoirs et d’espaces de stationnement. Le peu de place restant des accotements, en face de la station d’El Hammam, est aujourd’hui occupé illicitement par ces boutiques de fortune mis en place par des vendeurs de bijoux et d’objets de souvenir et autres ustensiles de bains. 

Le pont et le chemin communal, le handicap de la localité 

La région d’Assif el Hammam est traversée par une rivière (d’où vient la moitié composante de son nom Assif) qui la divise en deux parties importantes, des villages situés à l’Est et d’autres à l’Ouest, à savoir Kiria et Ait Yahia. Ces deux ensembles de villages sont reliés depuis longtemps par un seul chemin, enjambé par un petit pont d’une seule voie, construit à l’ère coloniale. Aujourd’hui, le petit pont est devenu le point noir de la circulation automobile dans la bourgade, devant le nombre croissant de véhicules et de transporteurs qui le traversent quotidiennement pour atteindre l’un des deux bouts du chemin du douar pour rejoindre la RN12, sur une moyenne de 6 km (à l’ouest vers Tizi-Ouzou et à l’Est vers Béjaïa). Les camionneurs attendent toujours son élargissement pour pouvoir y circuler et transporter leurs marchandises facilement et sans perdre pied entre les deux rives d’Assif el Hammam. L’enclavement est toujours là, le chemin vicinal du douar Assif el Hammam, qui compte plus de 8000 habitants répartis sur une dizaine de villages, est détérioré et réduit à l’état de piste, après tant d’années de bricolage et de rapiècement de la chaussée, à défaut d’une prise en charge effective de ce tronçon et de son revêtement. Le laisser aller des services concernés et la non prise en charge des caniveaux et du nettoyage des fossés avant l’hiver, a provoqué plusieurs glissement sur une grande partie de la voie.

L’oléiculture, l’autre atout d’Assif El Hammam

En empruntant le chemin communal, depuis l’un des deux embranchements de la RN12, menant aux villages d’Assif el Hammam, les usagers doivent s’adapter à l’état de la chaussé et à son étroitesse, car truffée de nids-de-poule. Le visiteur se laisse frôler par les branches fléchis des oliviers chargés de leurs fruits et prêts à la cueillette du mois de novembre prochain. La saison prédit déjà une bonne récolte en olives pour les fellahs, qui s’adonnent aux dernières retouches de nettoyage de leurs exploitations. Ces champs d’oliviers effacent les limites entre voisins et dépassent les frontières entre plusieurs villages mitoyens de la bourgade, pour former des vergers ouverts sous forme de lanières. La localité d’Assif el Hammam occupe une place importante dans la daïra d’Adekar en production oléicole (près de 6000 quintaux d’olives la saison passée à l’échelle de la daïra), avec une superficie d’environ 300 hectares. Le rattachement de la population à cette activité, l’unique ressource de plusieurs familles, lui a permis de sauvegarder un héritage important d’arbres millénaires et de se doter de nouvelles exploitations. La localité se voit aussi lancée dans l’aviculture depuis, car son climat favorise ce créneau en expansion. Plusieurs jeunes investissent dans ce domaine et consacrent des parties importantes de leurs terres pour construire des poulaillers, notamment depuis que le prix du poulet s’est envolé. Reste l’artisanat, qui demeure le maillon faible de toute la région, engendrant, d’ailleurs, la fermeture de plusieurs boutiques proposant des produits artisanaux.

Des terres en jachère

La population du douar d’Assif el Hammam a atteint, aux dernières statistiques, près de 9 000 habitants, constituant, ainsi, l’un des villages les plus surpeuplés d’Adekar, perchés en général sur des collines et sur des sites défoncés pour préserver les terres utiles à l’agriculture, autrefois cultivées et mises en valeur, mais qui se sont transformées, aujourd’hui, en de vastes terrains en jachère. Dans l’attente d’un cadre de vie décent, qui tarde à venir sur ces terres non valorisées et non prises en compte par le plan du développement, selon le constat acerbe dressé par les citoyens que nous avons rencontrés le week-end dernier sur place, jour du marché hebdomadaire, les gens s’exilent à la recherche de cieux plus cléments dans les villes, où ils se permettront d’atteindre un minimum vital assuré par un petit emploi. Les habitants de cette région manquent de tout, mais surtout d’une vision globale pour relever leur bourg au rang d’une commune à part entière et la booster, parce que jusque-là, toutes les politiques précédentes semble avoir échoué dans cette bourgade qui recèle pourtant de tant de ressources naturelles. 

   

 

Karim Zenad

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