Virée au Lac noir…

Un paradis sur terre au cœur de l’Akfadou

DDK 11-06-2017 5895

Un paradis sur terre au cœur de l’Akfadou

Situé à 1200m d’altitude, le Lac noir, appelé communément Agoulmim aberkan, est un lieu paradisiaque en plein cœur de la forêt de l’Akfadou. Entouré de toutes sortes d’arbres, des chênes zen, des cèdres, des sapins et autres, il constitue un merveilleux tableau naturel, peuplé de rainettes qui offrent aux visiteurs une véritable symphonie.

Le mot Agoulmim désigne, probablement, dans ce cas, un lac. Le mot Aberkan signifie noir, ce qui justifie le nom en français «Le Lac noir». L’eau de ce lac parait de couleur noire. L’ombre de ces chênes géants qui l’entourent et leurs feuilles décomposées qui noircissent l’eau, lui donnent cette couleur. Par contre, on attribue un autre sens au nom Agoulmim dans le toponyme «Tamda Ouguelmim», qui se situe au cœur du Djurdjura. D’après les vieux, Agoulmim désignerait une sorte d’herbe qui pousse en abondance sur le site. Pour les besoins d’une virée sur place, des jeunes préfèrent faire le déplacement en équipe. Constitués de deux groupes de randonneurs, le premier venait de la localité de Tirmitine et ses environs, l’autre s’est déplacé de la ville de Tizi Ouzou, les promeneurs se sont donné rendez-vous, à 9h 30, à proximité de l’hôtel Tamgout. En cette journée du dernier jeudi de mai au temps printanir, tous les ingrédients d’une belle randonnée se joignaient à l’humour des occupants de deux fourgons réquisitionnés spécialement pour cette circonstance. Tellement l’ambiance était de la partie et que ces ‘’touristes’’ sont pour la majorité des novices, le trajet qui séparait Tizi Ouzou d’Azazga est vite consommé. D’une ville à une autre, d’un soleil printanier à une journée hivernal, l’entrée de la forêt de Yakourène met fin au printemps de la ville de Tizi Ouzou et invite les visiteurs à une autre saison de grisaille et de froid. Qu’à cela ne tienne ! si ce n’est ce manque de civisme infligé à cette nature tout au long des bordures de la route de cette majestueuse forêt. Des décharges sauvages à tout bout de champs et à perte de vue, des poubelles à ciel ouvert à chaque coin et recoin, sans que la conscience des uns et des autres ne soit bousculée ou interpellée, ne serait-ce que pour dénoncer ou condamner ces pratiques honteuses qui, au fil du temps, se sont banalisées. Ironie du sort ou coïncidence, même la chanson d’Ali Amrane qui accompagnait les randonneurs à hautes décibels abordait cet état de fait. «Kabylie, qui t’a privée du printemps ?», se demandait l’artiste, même si chacun pourrait l’interpréter à sa manière. Après la décennie noire, ou se promener dans cet endroit revenait à s’exposer à ces égorgeurs et à ces chasseurs de lumière, voire se suicider carrément, et après une période qu’on peut qualifier, plus au moins, de calme, qui permettrait aux citoyens de se ressourcer et de profiter du climat de ce coin paradisiaque, voilà un autre genre de criminels envahissent les lieux : la pollution a emboité le pas à la peur ; une vraie alternance et une concurrence aux préjudices de l’environnement, engendrée par ceux qui devaient, à priori, la protéger.

De Tamgout à Adekkar

Comme prévu, les deux groupes se sont rencontrés à 9h30 à côté de l’hôtel Tamgout. Et comme par miracle, le ciel commençait à se dégager. «Tout à l’heure, nous étions dans la 5e dimension. On ne voyait même pas à deux mètres devant nous. Ça nous a donné le tournis. En l’espace de quelques minutes de parcours, revoilà le beau temps», se réjouit Akli, ce petit militant écologiste. Bien que la dégradation de l’environnement domine les discussions des visiteurs, vu que la sortie est programmée pour les adhérents d’une association écologique, l’apparition subite des singes leur donnait un peu de joie, comme disait l’autre «Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes». «Même ces animaux n’ont pas échappé à cette catastrophe écologique. Ces touristes qui croient faire du bien en donnant toutes sortes de friandises aux singes, ont vraiment tort d’agir ainsi. Ces sucreries font des ravages chez les primates. D’abord, elles provoquent des carries dentaires chez ces singes, et puis le fait de les nourrir du matin au soir les éloigne de leur contexte naturel, ce qui ôtera, par ricochet, le côté sauvage et cet instinct animal qui les caractérisent», explique ce guide chevronné pour qui, preuve à l’appui, ce genre d’information est un secret de polichinelle. Chemin faisant, la circulation est plus au moins fluide, excepté ces quelques chauffards de camions de grand tonnage qui fantasmaient, le temps d’un dépassement, sur les petites cylindrées. Avec une touche de verglas en hiver dans cette zone humide, on devine aisément les conséquences de ces folies. Après la pollution et les singes, bienvenue au troisième sujet de discussion qui va rouler sa bosse jusqu’à la ville d’Adekkar.

En 1926, les Français élevèrent la région au rang de parc national

Après quelques commissions de première nécessité au niveau de la ville d’Adekkar, les promeneurs devront parcourir 12 kms qui relient la ville à la destination prévue, sur une route non carrossable. Le guide avance alors deux choix : parcourir le trajet à pieds ou continuer en fourgon jusqu’au Lac. Après quelques ‘’tractations’’ entre les novices et les nantis, on décide de couper la poire en deux : on continue la moitié en fourgons, et l’autre moitié en marche. Le chemin qui mène au Lac noir est dans un état déplorable et des plus dégradants. Laissée à son sort, cette route nationale au temps de la colonisation française, subit des atrocités au quotidien de la part des engins de tout calibre, et par le poids de plusieurs décennies d’abandon de la part des autorités concernées. «À vrai dire, c’est mieux comme ça. Les gens sont contraints de marcher à pieds pour atteindre le Lac noir. Sans la pollution des voitures, ce dernier restera à son état sauvage», dira ce vieux, rencontré sur la route en lançant un conseil à ses vis-à-vis «Ne vous amusez pas à nager à l’intérieur du Lac. Il est plein de sables mouvants. Il y a quelques jours seulement, un jeune s’est noyé dedans». À mi-chemin de la destination, on quitte le transport en commun pour poursuivre le parcours à pieds, mais toujours en groupe, pour atteindre l’objectif. Entourés d’arbres de part et d’autre, où le soleil arrive difficilement à pénétrer la canopée, accompagnés par les chants des oiseaux, les craquettes des cigales et les beuglements des vaches, les randonneurs abordent le trajet restant en un moment à savourer et à découvrir, et non comme une tâche à exécuter ou à subir. Dans ce lieu angélique et en pareil circonstance, on ne peut ne pas se sentir en toute liberté et se lâcher complètement pour se distraire et se ressourcer, le temps d’un périple. Un lieu qui rappelle, si besoin est, le quartier général du colonel Amirouche, les passages des bandits d’honneur qui sont Arezki Lbachir et Ahmed Oumerri, en l’occurrence. La forêt d’Akfadou est élevée au rang de parc national en 1926 par la France, mais malheureusement, elle semble être oubliée par la loi relative à la protection de l’environnement après l’indépendance, où plusieurs parcs nationaux ont été créés à l’instar de celui de Chréa, El Kala, Tlemcen, entre autres, et le dernier en date de 2003 à Béchar. À quand son classement ? se demandait-on.

Les cerfs de Berbérie s’y sentent bien

«En 2005, le centre cynégétique de Zeralda, en collaboration avec la Conservation des forêts de la wilaya de Béjaïa ont mené une opération de réintroduction des cerfs de Berbérie», apprend-t-on d’un garde forestier. En effet, trois cerfs ont été ramenés et lâchés dans des enclos fermés comme première étape, avant de procéder, par la suite, au près-lâcher et aux lâchers définitifs dans la nature pour une reproduction. Cet animal en voie de disparition occupait, dans l’antiquité, une majeure partie de l’Afrique du nord, précisément en Algérie et en Tunisie, selon notre interlocuteur. Prisé par des randonneurs pédestres, des associations écologiques et même des familles, le Lac noir est un lieu de détente et de repos par excellence. Tout au long de ce lac d’une superficie de quelques hectares et qui culmine à 1 200 m d’altitude, les visiteurs s’offrent une place en groupe pour un pique-nique dans ce paysage. Grands et petits s’adonnent à des séances de photos pour immortaliser ces moments de détentes. On avait juste le temps de faire le tour du Lac et de contempler la beauté de ces arbres géants de plus de 60 m de hauteur, que le guide rappela ses troupes, et les invita à se préparer à rebrousser chemin. «Quand j’ai vu les photos du Lac noir sur Internet, je ne croyais pas que c’était en Kabylie. Tellement magnifiques et beaux, c’est avec ces sites qu’on peut promouvoir le tourisme de montagne en Kabylie», dira Kosseila, ce jeune écologiste. Le moment du retour est proche, il faut se remettre à l’évidence : toute belle chose a une fin, murmure-t-on.

Hocine Moula

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